Présenté succinctement dans l’exposition La jeunesse des Beaux-Arts, le parcours de Charles François Bouttier éclaire le destin d’un artiste rennais du XIXᵉ siècle dont l’œuvre, longtemps restée dans l’ombre, refait aujourd’hui surface. Charles François Bouttier naît à Rennes le 3 avril 1818. Après une première formation dans la capitale bretonne, il poursuit son apprentissage aux Beaux-Arts de Paris, comme de nombreux provinciaux cherchant à parfaire leur art.
Un portraitiste entre art et réseaux intellectuels
Portraitiste, Charles François Bouttier s’inscrit dans une tradition académique. Il fit notamment le portrait de Louis Hamon, avocat, homme de gauche, fondateur du journal Le Progrès et préfet d’Ille-et-Vilaine entre février 1848 et janvier 1849. Cette oeuvre témoigne des liens de Charles-François avec les cercles politiques et intellectuels rennais de son époque, au-delà de sa seule pratique artistique. Charles François Bouttier fut d’ailleurs franc-maçon, un engagement fréquent au XIXᵉ siècle, dans la loge de la Parfaite Union, où il fut élevé au grade de maitre.
Après ses années de formation, Charles François Bouttier s’installe sur l’île de Jersey, dans les îles Anglo-Normandes. Depuis son passage, le Jersey Museum and Art Gallery conserve un autoportrait de l’artiste (en une), réalisé au pastel et daté du milieu du XIXᵉ siècle. Cette œuvre le représente de buste, vêtu d’un manteau noir, d’un gilet bleu foncé, d’une chemise blanche à col cassé et d’une cravate noire. Signé de son nom, elle comporte au verso une inscription manuscrite précieuse. On y apprend que l’artiste résidait au 4 Minden Place, face au marché aux bestiaux de Saint-Hélier. On y découvre encore qu’il recevait plusieurs jours par semaine pour donner des cours particuliers de dessin, au crayon, à l’huile et au pastel.
Les collections de Jersey conservent également un portrait de Louisa Margaret Amy, réalisé vers 1854 par Charles Bouttier. Ce tableau, représentatif de l’ère victorienne met en valeur la finesse du dessin, le soin apporté aux étoffes et la douceur du traitement du visage. Si Louisa Margaret Amy est elle-même mentionnée comme artiste, aucune source ne permet toutefois d’établir un lien direct ou une collaboration entre elle et le peintre rennais.
Charles François Bouttier meurt le 28 décembre 1861 à Saint-Hélier, à l’âge de 43 ans, comme l’attestent les registres paroissiaux de Jersey. Son épouse, Mary Ann Ahier, lui survit jusqu’en 1882. Tous deux se seraient mariés en mars 1859, en l’église Saint-Saviour. Son parcours, relativement bref, illustre celui de nombreux peintres provinciaux du XIXᵉ siècle, formés dans le cadre académique, actifs hors des grands centres parisiens et aujourd’hui redécouverts par fragments lors d’expositions. La jeunesse des Beaux-arts, au Musée des Beaux-Arts.


