29.8 C
Rennes
dimanche 2 août 2026
AccueilActualitésRoger-Edgar Gillet, la redécouverte d'un peintre breton

Roger-Edgar Gillet, la redécouverte d’un peintre breton

Il aura fallu plus de vingt ans après sa disparition pour qu’une grande rétrospective rende enfin justice à Roger-Edgar Gillet. Présentée conjointement par le musée Estrine de Saint-Rémy-de-Provence et le Musée des Beaux-Arts de Rennes, cette exposition est la première d’une telle ampleur depuis la mort de l’artiste en 2004, dans la région. C’est une occasion rare de découvrir, ou de redécouvrir, un peintre majeur du second XXe siècle français, longtemps célébré par les critiques mais resté étonnamment méconnu du grand public.

Ce rendez-vous rennais possède une saveur particulière. Car si Roger-Edgar Gillet est né à Paris en 1924, c’est en Bretagne qu’il a choisi de vivre les dernières décennies de son existence. Dès 1958, il achète avec son épouse une maison à Saint-Ideuc, près de Saint-Malo, où la famille passe ses étés. Le couple s’installe ensuite définitivement à Saint-Suliac, sur les bords de la Rance, en 1991. C’est là que l’artiste s’éteint le 2 octobre 2004, après avoir profondément renouvelé sa peinture au contact des paysages bretons.

La visite débute par ses années de formation. Élève de l’école Boulle puis de l’École nationale des Arts décoratifs, futur professeur de dessin à l’Académie Julian, Roger-Edgar Gillet acquiert une remarquable maîtrise technique. Dans le Paris de l’après-guerre, il rejoint naturellement le mouvement de l’abstraction lyrique, défendu par les critiques Michel Tapié et Charles Estienne. Comme Nicolas de Staël, auquel on pense souvent devant certaines toiles, il privilégie le geste, la matière et l’émotion plutôt que la représentation fidèle du réel.

Ses premières œuvres frappent par leur puissance. Travaillées au couteau, enrichies parfois de sable et de colle de peau, elles multiplient les empâtements, les griffures et les jeux de matière. Les couleurs semblent surgir de la toile, tandis que les formes restent volontairement insaisissables. Dès 1953, il expose à la galerie Craven, avant de présenter ses œuvres aux côtés de Georges Mathieu (lui aussi pape de l’abstraction). En 1955, une bourse lui permet même de partir aux États-Unis où il rencontre Jackson Pollock, autre figure majeure de l’expression gestuelle.

Mais Roger-Edgar Gillet n’est pas homme à suivre les tendances. À la fin des années 1950, un visage apparaît progressivement dans ses compositions. Puis un regard. Au début des années 1960, alors que l’abstraction domine encore largement la scène artistique, il effectue un spectaculaire retour à la figuration. Ce choix, incompris par une partie des galeristes et des critiques, ne constitue pourtant pas un renoncement. Il affirme au contraire vouloir retrouver « la force du regard humain ».

Ses personnages deviennent alors inoubliables. Juges, huissiers, foules anonymes, cortèges carnavalesques, silhouettes faméliques composent une immense comédie humaine où l’humour côtoie la cruauté. Derrière la dérision apparaît pourtant une profonde compassion pour l’homme. Comme le souligne le commissariat de l’exposition, Roger-Edgar Gillet invente peut-être une véritable peinture d’histoire du XXe siècle, nourrie par les guerres, les famines, la surpopulation et les bouleversements de son époque.

Cette liberté s’accompagne d’un dialogue permanent avec les grands maîtres. Peintre iconophage », il dévore les images. Rembrandt lui inspire ses clair-obscur, Goya sa puissance dramatique, Zurbarán son dépouillement, Manet et Ensor certaines compositions. Léonard de Vinci apparaît lui aussi en filigrane dans plusieurs œuvres. L’artiste ne copie jamais ; il absorbe, transforme, réinvente. Son œuvre entretient ainsi un dialogue constant avec plusieurs siècles de peinture européenne.

Puis vient la Bretagne. Les dernières salles comptent parmi les plus émouvantes de l’exposition. Les paysages de Saint-Malo, les brise-lames, les tempêtes, les bateaux ivres ou les rivages de la Rance nourrissent une peinture plus épurée, plus libre encore. Les séries des Tempêtes et des Bateaux ivres renouent avec les élans de l’abstraction sans jamais abandonner totalement le réel. Quelques coups de brosse suffisent à faire surgir une vague, une lumière ou le souffle du vent. Ces toiles, d’une remarquable intensité, montrent combien la Bretagne fut bien davantage qu’un lieu de résidence : elle est devenue une véritable source d’inspiration.

Mission accomplie. Cette rétrospective rennaise remet à sa juste place un artiste qui mérite de figurer parmi les grandes figures de la peinture française de la seconde moitié du XXe siècle. Pour les Bretons, elle permet aussi de retrouver celui qui fit des paysages de Saint-Ideuc, de Saint-Suliac et de la côte malouine l’un des derniers grands chapitres de son œuvre. Mains l’on retiendra surtout la dérision de l’artiste, thématique de l ‘exposition qu’il résume en ces quelques mots : « Je ne crois pas au scandale mais à la dérision. J’ai l’impression que tout est dérisoire. On ne sait pas ce qui restera de l’homme et on ne peut pas le savoir. C’est ça la grande dérision ! Et j’aime bien rire des choses… pour ne pas avoir à en pleurer. » 

Pratique. L’exposition est présentée au Musée des Beaux-Arts de Rennes, 20 quai Émile-Zola. Le musée est ouvert du mardi au dimanche, de 10 h à 18 h. L’accès aux collections permanentes est gratuit. L’exposition temporaire est proposée au tarif de 5 € (plein tarif) et 3 € (tarif réduit). L’entrée est notamment gratuite pour les moins de 26 ans, les étudiants, les bénéficiaires des minima sociaux, les titulaires de la carte Sortir ! ainsi que les personnes en situation de handicap.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

// Dernières nouvelles publiées

Palais Saint-Georges : chut, la police de la tranquillité travaille…

Juste devant les bureaux de la police municipale, au Palais Saint-Georges, un immense « CHUT » accueille les visiteurs. Le rappel à l'ordre est...
- Advertisement -
- Advertisement -

// Ces articles peuvent vous intéresser