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mardi 16 décembre 2025
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Rennes devient la première ville jumelée avec Diyarbakir

Ce 1er décembre, le conseil municipal de Rennes a approuvé à l’unanimité le jumelage avec la ville kurde de Diyarbakir, en Turquie. Cette décision, présentée comme l’aboutissement de plus de quarante ans de liens, a suscité des réserves dans l’opposition sur la méthode et le contenu.

« Depuis la signature du premier accord avec la cité anglaise d’Exeter en 1956, Rennes n’a cessé d’élargir son horizon », rappelle Flavie Boukhenoufa, adjointe en charge de l’action internationale. De Rochester à Sendai, de Sétif à Poznan, jusqu’à Jinan en 2002, chaque jumelage « porte la marque de son époque ». Entre réconciliation franco-allemande, construction européenne, solidarité ou dialogue avec l’Asie, il favorise « un même objectif : l’ouverture à l’autre, l’interconnaissance, la paix et les droits humains ».

Un lien ancien avec la ville kurde

Avec Diyarbakir, Rennes concrétise des années de relation. « Notre histoire commune n’est pas récente. Elle remonte à 1979 lorsque Rennes répondit à l’appel du maire de l’époque en offrant plusieurs bus à la ville », rappelle Flavie Boukhenoufa. Ce geste a ensuite débouché sur un partenariat durable, notamment avec un projet de réhabilitation du quartier de Ben U Sen conduit avec l’Agence française de développement entre 2009 et 2011.

En 2016, les liens institutionnels sont brutalement interrompus avec la destitution et l’emprisonnement des élus successifs de Diyarbakir, remplacés par des administrateurs. « Pour autant, notre action, et tout particulièrement celle de notre maire, ne s’est jamais arrêtée. Nathalie Appéré a constamment rappelé la nécessité du respect des droits humains au Kurdistan turc », insiste encore l’adjointe.

En 2024, le contexte moins tendu a ravivé le projet. « Ce n’est pas un hasard si les co-maires, démocratiquement désignés au printemps 2024, ont immédiatement souhaité renouer les relations avec Rennes et les officialiser par un accord. Pour eux, c’était une évidence, Rennes devait devenir la première ville jumelée avec Diyarbakir », explique Flavie Boukhenoufa.

Une opposition favorable au principe, mais sceptique sur le texte

Dans l’hémicycle, l’élu d’opposition Henri-Noël Ruiz tient à distinguer le principe et le contenu de la délibération. Il est favorable au jumelage de Rennes avec d’autres villes. Mais il juge le document « fragile » sur plusieurs points. « La première faiblesse est financière. Ce texte ne présente aucune donnée de cette nature, ni budget, ni estimation, ni engagement prévisionnel, alors que la mairie annonce des coopérations techniques autour de la gestion des déchets ou de l’environnement. Aucun élément ne permet d’évaluer le coût pour la collectivité. C’est pour le moins surprenant », critique l’élu.

Henri-Noël Ruiz pointe ensuite « une gouvernance » qui manque de clarté. « On ne trouve ni comité de pilotage, ni responsable identifié, ni échéancier. On doit se contenter d’une succession d’intentions très globales, sans aucune obligation réciproque ». L’opposant va jusqu’à estimer que le texte ressemble davantage à « un document de communication d’autopromotion » politique. « C’est un accord extrêmement généraliste, politiquement marqué, administrativement incomplet et diplomatiquement fragile ».

La majorité assume un choix politique fort

Des critiques que balaie partiellement Flavie Boukhenoufa. « Aucun accord ne comprend ce type de données », répond-elle. « Les bilans des coopérations passées, établis il y a dix ans, sont à votre disposition auprès des services, mais ils ne sont pas systématiquement rappelés, puisqu’un rapprochement peut entraîner une relation de plus de 50 ans. » Elle regrette pour l’heure le scepticisme de l’élu d’opposition. « Heureusement, les citoyens rennais fortement engagés en matière de solidarité internationale ne le sont pas, eux. Ils savent faire preuve d’autant d’enthousiasme que de ténacité quand nos partenaires subissent le recul de leurs droits. Cet accord prolonge les engagements historiques de Rennes pour la promotion de la paix, la défense de la démocratie et des droits humains”.

“Fidèles à la tradition d’engagement international de Rennes »

Au nom du groupe écologiste, Jean-François Monnier assume lui aussi la dimension politique de ce jumelage. « Cette proposition vient valoriser les liens de solidarité entretenus avec la ville de Rennes depuis 1979 », rappelle-t-il. Au passage, l’élu revient longuement sur la situation des Kurdes en Turquie, la destruction d’une partie du centre historique de Diyarbakir en 2016-2017 et l’absence de reconnaissance de la langue kurde. 

La maire, Nathalie Appéré, insiste, elle aussi, sur la portée symbolique de ce vote. « Ce jumelage s’est imposé comme la suite logique de notre partenariat débuté en 1979. Il s’agit d’une nouvelle étape indispensable pour faciliter et renforcer les échanges et les coopérations futures », explique-t-elle. « En devenant, et ce n’est pas rien, la première cité au monde jumelée avec Diyarbakir, nous sommes fidèles à la tradition d’engagement international de Rennes », poursuit l’édile rennaise.

Nathalie Appéré accueillera à Rennes  Gültan Kışanak, ancienne co-maire de Diyarbakir destituée en 2016 puis condamnée à douze ans de prison. « J’aurai l’immense plaisir de la recevoir ici, à l’hôtel de ville, avant de signer l’accord de jumelage avec la délégation de Diyarbakir. Sa présence parmi nous sera le symbole d’un espoir pour la démocratie, pour la liberté. » Au moment du vote, aucun élu ne s’oppose ni ne s’abstient. « Merci de cette unanimité », a conclu la maire. Un geste en faveur d’une communauté très active à Rennes. 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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