Le 11 décembre dernier, sous l’égide de la FNSEA et la Coordination rurale, plusieurs centaines d’agriculteurs s’étaient rassemblés devant les grilles de la préfecture (voir notre article). Leur objectif était de protester contre l’interdiction à venir de certains herbicides prévue dans le nouveau Schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) de la Vilaine. Du foin avait été déversé devant le bâtiment de l’État. Face à la pression, le préfet avait accepté de suspendre sa signature sur le document officiel.
Il faut qu’on se donne du temps pour travailler avec l’ensemble des partenaires », avait déclaré le préfet.
Un mois plus tard, changement de décor. Ce samedi, à l’appel de collectifs écologistes, de la Confédération paysanne, d’Eau et Rivières de Bretagne et de partis de gauche, plusieurs centaines de personnes ont manifesté dans les rues de Rennes. Pancartes à la main, les slogans fleurissaient en nombre dans le cortège. L’on pouvait lire : «binez plutôt que débinez », « Les pesticides, ce n’est pas sage pour la Vilaine », ou encore « L’eau ne coule plus de source ». Dans le défilé, on remarquait aussi la présence de figures de la majorité municipale socialiste-écologiste, comme Gaëlle Rougier ou Ludovic Brossard.
Au micro, l’un des organisateurs a tenu à marquer la différence avec la mobilisation de décembre. « Nous sommes opposés à tout coup de force, nous voulons négocier », a-t-il lancé. « L’eau est au cœur de nos préoccupations. Continuons à en user sans en abuser. Aujourd’hui, ce sont des centaines de personnes, des associations de consommateurs, des syndicats, des partis politiques, qui protestent contre le coup de force du 11 décembre. » Et de poursuivre : « Il y a soixante ans, des visionnaires ont voulu une politique plus respectueuse de l’environnement en créant les comités locaux de l’eau. Soixante ans plus tard, leurs héritiers ont effectué quatre ans de travail pour élaborer ce SAGE. Et aujourd’hui, un certain syndicalisme remet tout en cause. »
Le SAGE prévoyait d’encadrer l’usage des herbicides, de mieux protéger les zones humides et de limiter l’artificialisation des sols. »
Entre les deux camps, deux visions de l’agriculture semblent désormais irréconciliables. « Le 11 décembre, la démocratie a été bafouée», assurent les organisateurs dans leur communiqué. «Sous la pression de la FNSEA, des Jeunes Agriculteurs et de la Coordination rurale, le préfet a annulé la réunion de la Commission locale de l’eau du bassin de la Vilaine », expliquent-ils. En refusant l’adoption du SAGE, la FNSEA et ses soutiens continueraient de défendre « un modèle d’agriculture chimique qui épuise les sols, pollue les nappes phréatiques, et met en danger la santé des agriculteurs eux-mêmes ».
Plus grave encore, les manifestants écologistes accusent le préfet de s’être « aligné sur ces positions. «Il a trahi la mission de l’État : protéger le bien commun, et non les intérêts de l’agro-industrie Nous, nous refusons ce déni démocratique. Nous refusons que notre eau, notre santé et notre avenir soient sacrifiés. Il faut agir maintenant, avec des décisions courageuses. » Mais la tension ne semble pas près de retomber. Le 16 janvier prochain, les agriculteurs de la FDSEA et de la Coordination rurale envisagent à leur tour de nouvelles mobilisations, faute d’avancées sur le dossier.


