Nathalie Appéré, âgée de 50 ans, repart pour un troisième mandat à la tête de la capitale bretonne. Demain, elle installera son nouveau conseil municipal. À l’issue de ce mandat, elle aura dirigé une grande ville pendant près de vingt ans. Socialiste dans l’âme, elle a connu une trajectoire sans accroc depuis ses débuts en politique. Sa carrière commence chez les jeunes socialistes en 1995. En 2001, elle entre au conseil municipal pour ne plus le quitter, avant de devenir maire en 2014. Dans l’ombre d’Edmond Hervé, son mentor, puis aux côtés de Daniel Delaveau dont elle fut la directrice de campagne, elle s’impose progressivement comme une figure incontournable du socialisme rennais.
Une femme à poigne
En quelques années, cette gestionnaire rigoureuse, qui aurait sans doute fait une excellente directrice générale de service ou une cheffe de cabinet reconnue, s’est mise au service de l’intérêt général. Avec un certain talent, il faut bien l’admettre. Pas toujours avenante dans les représentations officielles, elle sait en revanche se montrer accessible auprès des Rennais qu’elle rencontre. « C’est une femme qui sait se mettre à la hauteur des gens, elle peut être très chaleureuse », confie un proche.
Femme à poigne, Nathalie Appéré a trouvé dans le management une forme d’accomplissement. Femme de dossiers, elle sait mieux que beaucoup — notamment grâce à sa formation à Sciences Po — synthétiser, trancher, décider. Ses prises de parole publiques sont d’ailleurs calibrées, préparées avec soin. Mais elle n’est jamais aussi convaincante que lorsqu’elle s’éloigne de la novlangue technocratique et des éléments de langage trop travaillés.
Face à son rival régulier, Charles Compagnon, Nathalie Appéré s’est souvent montrée cinglante, y compris durant cette campagne. Malgré les difficultés de son dernier mandat — retards dans l’inauguration du métro, lenteurs autour de l’usine de valorisation, critiques sur certains choix budgétaires — elle n’a jamais toutefois été réellement mise en danger. Sans doute aussi parce que ses opposants n’ont pas su en tirer profit. Comme si, au fond, Nathalie Appéré avait neutralisé toute opposition avant même l’entrée en campagne.
Pour ce nouveau mandat, les grands projets ne manquent pas totalement : transformation du palais du commerce, extension du stade Rennais, développement des trambus, poursuite des pistes cyclables, enjeux de logement. Mais il manque peut-être une vision d’ensemble. Une ambition claire pour Rennes, capitale régionale. La maire semble s’appuyer sur des modèles déjà connus — ville archipel, mobilités durables — qui peinent désormais à incarner un programme d’avenir. Or il faudra bien penser la cité du XXIe siècle autrement, imaginer de nouvelles façons de vivre, de se déplacer, de cohabiter. Mais une autre question se pose déjà : celle de sa succession. Marc Hervé est souvent cité. Certains évoquent même un possible passage de relais en cours de mandat, qui permettrait à Nathalie Appéré de se projeter vers d’autres fonctions, comme le Sénat ou le Parlement européen. Mais l’hypothèse interroge. Marc Hervé est reconnu pour sa maîtrise des dossiers, sa disponibilité, son sérieux. Beaucoup moins pour son charisme.
Au-delà de ce scénario, la relève peine à émerger. Dans son équipe, rares sont les profils capables d’incarner une nouvelle génération à la hauteur. Il faut dire que Nathalie Appéré a aussi construit son pouvoir en écartant, au fil des années, les figures susceptibles de lui faire de l’ombre. Certains en ont fait les frais, comme Emmanuel Couet. Aujourd’hui, peu de noms s’imposent clairement. Indéniablement, Nathalie Appéré a su porter ses ambitions personnelles au sommet de la vie politique locale. Mais à force de contrôle, elle prend peut-être le risque de fragiliser ce qui faisait la force du socialisme rennais depuis des décennies : sa capacité à se renouveler.



