«Cette boîte aux lettres était très pratique», explique une avocate rennaise. «Je n’avais pas besoin de descendre de mon vélo pour mettre les courriers !» Mais depuis quelques jours, il n’est plus possible de poster ses lettres. Il faut désormais se rendre à l’entrée du bureau de poste. « C’est dommage ! », confie un passant d’une soixantaine d’années. « Je l’ai toujours connue. J’ai l’impression qu’elle appartient au passé. Je n’ose imaginer le nombre de plis qui sont passés par là ! »
Iconique, cette boîte aux lettres aux trois ouvertures métalliques différenciait les envois à Rennes, en Ille-et-Vilaine et dans les autres départements. Sur la façade du Palais du Commerce de Rennes, au cœur de Rennes, elle se fondait dans ce décor familier. Sur la pierre patinée, l’on repère encore les lettres rouges « BOÎTES AUX LETTRES ». Mais juste en dessous, les ouvertures ont été recouvertes de feuilles imprimées, fixées à la hâte, annonçant désormais : «Boîte à lettres fermée définitivement. Déplacée à l’entrée du bureau de poste. »
Pour comprendre l’importance de ce vestige du quotidien, il faut remonter à l’histoire du Palais du Commerce. À la fin du XIXe siècle, la ville engage une transformation profonde de son centre. Dès 1887, le chantier s’ouvre pour accueillir en un même lieu la Poste centrale, les services des télégraphes et diverses activités commerciales. Les premiers services postaux s’y installent dans les années 1890, alors que les travaux se poursuivent encore jusqu’en 1929, à une époque où le tri est manuel et les levées se succèdent tout au long de la journée.
Pendant plus d’un siècle, lles boîtes aux lettres extérieures permettent de déposer son courrier à toute heure, dans un geste simple, presque machinal. Elles traduisent une organisation du tri héritée d’avant l’automatisation, où chaque flux est séparé dès le dépôt. La boîte aujourd’hui condamnée ne date vraisemblablement pas de l’origine du bâtiment. Par son dessin et sa typographie, elle renvoie plutôt à une installation du milieu du XXe siècle, venue moderniser des équipements plus anciens. Sa fermeture s’inscrit en tout cas dans une évolution plus large : recul du courrier papier, transformation des pratiques, réorganisation progressive des services de La Poste. Une page se tourne, discrètement, sur la façade d’un bâtiment qui, pendant plus d’un siècle, aura été le cœur battant des échanges rennais.


