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dimanche 11 octobre 2026
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Manifestations lycéennes : la « classe » politique se divise à Rennes

Depuis plusieurs jours, Rennes est agitée par une mobilisation lycéenne et étudiante d’une ampleur inhabituelle. Blocus d’établissements, affrontements avec les forces de l’ordre et dégradations à l’université Rennes 2 ont provoqué une succession de réactions politiques. À gauche, les élus défendent les revendications des jeunes et dénoncent certaines interventions policières. À droite, les responsables réclament la fin des blocages et le retour à l’ordre. Entre ces deux positions, le dialogue peine à s’imposer.

Après la mise en place d’un dispositif municipal de recueil de la parole lycéenne dans les MJC et les maisons de quartier,  la maire de Rennes Nathalie Appéré  a choisi de privilégier le dialogue. Elle a reçu, avec les élues Gaëlle Rougier et Nadira Dera Illa Salifou, une délégation d’une vingtaine de jeunes issus de différents établissements rennais. « J’en sors vraiment impressionnée », confie-t-elle sur le réseau Facebook. Elle aurait été convaincue non pas tant par les revendications, qu’elle estime connues depuis longtemps, mais par la maturité de ses interlocuteurs. « À 15, 16 ou 17 ans, ils ont posé tranquillement des principes politiques solides », souligne-t-elle.

En bonne politicienne, Nathalie Appéré met en avant les revendications lycéennes qui rejoignent les combats qu’elle défendrait depuis longtemps : les discriminations, la ségrégation scolaire, les questions climatiques et les inégalités. « À 15, 16 ou 17 ans, ils ont posé tranquillement des principes politiques solides », souligne-t-elle. Comme une découverte, la maire se dit surtout « impressionnée par leurs propos si structurés, matures, conscients », mais aussi par « cette convergence, par-delà les établissements, les quartiers ou les milieux. »

Marc Hervé, lors d’une manifestation.

Lors de cette échange avec elle, les lycéens ont notamment demandé la suppression de Parcoursup, l’abrogation de la réforme Blanquer, davantage de moyens pour l’éducation, des classes moins chargées, des professeurs remplacés et des bâtiments entretenus. « La voilà leur attente la plus forte : ils veulent changer les choses », rapporte Nathalie Appéré. Et pas question de se contenter de quelques ajustements. « Pas de manière cosmétique, avec quelques pansements qui seraient posés sur une plaie béante. En profondeur et durablement. » Pour illustrer cette exigence, elle reprend les mots des jeunes : « Qu’on arrête de vouloir boucher les trous avec des petits cailloux… Qu’on bâtisse sur de la roche, solide. »

Mais les échanges ont également porté sur les interventions policières. « Unanimité pour évoquer une répression autoritaire du mouvement. Les témoignages pleuvent », affirme la maire, évoquant « la peur, le désarroi, l’indignation face à certaines interventions policières ». Selon elle, la première demande des lycéens est de « faire stopper sans délai ces violences, parfaitement illégitimes dans un État de droit. On ne répond pas aux attentes sociales par un dispositif policier. Encore moins quand on s’adresse à des mineurs. »

L’élue rapporte également le sentiment de ne pas être entendus exprimé par ses interlocuteurs. « Manifester, bloquer, c’est nous disent-ils aujourd’hui tout ce qui leur reste comme moyen d’expression. Pourtant, ils ont tellement à dire, à proposer. » Elle promet de porter leurs voix auprès des autorités locales et nationales et de pérenniser les dispositifs de dialogue. Avant de conclure, en détournant un célèbre vers d’Arthur Rimbaud : « On est très sérieux quand on a 17 ans. Alors prenons les jeunes comme tels, au sérieux. »

Députée insoumise Marie Mesmeur, régulièrement présente aux côtés des manifestants, adopte un discours plus offensif à l’égard des forces de l’ordre et du gouvernement.  Après les affrontements survenus en marge des rassemblements, elle a dénoncé plusieurs blessures attribuées aux interventions policières sur son réseau social Facebook. « Hier, encoreà Rennes, un jeune a perdu un bout de doigt après une charge des CRS, en marge de la manifestation pacifique. Ces jeunes viennent défendre leurs droits. Ils repartent mutilés. Cette violence d’État est insupportable. Des poursuites doivent permettre d’établir les faits et les responsabilités.  », a-t-elle déclaré. 

Sur le fond, Marie Mesmeur soutient les revendications des lycéens, notamment sur le manque de personnels, l’état des établissements, les conditions d’apprentissage et Parcoursup. initialement prévue le vendredi 9 octobre à Rennes et à Bruz, l’annulation de la visite du ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray lui a donné une nouvelle occasion d’interpeller l’exécutif. « Monsieur le Ministre, je vous invite à venir à Rennes et à aller à la rencontre des lycéens avec moi ! À un problème politique, il faut une réponse politique ! Assumez, et venez », a-t-elle lancé.

À droite, Thomas Rousseau réclame de la fermeté

À l’opposé, Thomas Rousseau, secrétaire départemental des Républicains et ancien candidat aux municipales rennaises, concentre ses critiques sur les blocages et les dégradations commises à l’université Rennes 2. « L’université de Rennes 2 une nouvelle fois saccagée par l’extrême gauche ! », dénonce-t-il. Selon lui, les étudiants sont privés d’enseignement en raison de blocages qu’il considère comme « noyautés par l’extrême gauche et la France insoumise qui attise le chaos et souffle sur les braises. Face à ces violences sans limites, la droite appelle au retour de l’ordre pour que l’université retrouve son utilité première : enseigner et transmettre », affirme-t-il.

Sans doute, Thomas Rousseau demande une réaction de la municipalité et une réponse ferme à l’encontre des auteurs de dégradations. « Ce n’est pas aux Rennais de payer l’addition », insiste-t-il. Même tonalité chez les Jeunes Républicains de Bretagne, dirigés par Marc Glédel. Dans un communiqué du 9 octobre, ils dénoncent une nouvelle semaine de blocages, de violences et de dégradations dans les lycées. « Nous pouvons entendre les revendications des lycéens : davantage de professeurs, de meilleures conditions d’enseignement, plus de moyens pour réussir », reconnaissent-ils. Mais ils s’interrogent sur la contradiction entre ces demandes et les destructions constatées. « On ne peut pas réclamer plus de moyens d’un côté et saccager son lycée de l’autre. Le droit de manifester n’a jamais été un permis de tout casser », concluent-ils.

Charles Compagnon défend le droit d’étudier

Le président du groupe d’opposition municipale Vivre Rennes, Charles Compagnon, a vivement réagi aux violences survenues le 30 septembre au lycée Coëtlogon. « Si le fait de revendiquer, de manifester ou d’être en colère est légitime, cela ne justifie pas de frapper, d’incendier, de saccager ou d’agresser ceux qui viennent porter secours ! » Mais au-delà des violences, Charles Compagnon s’en prend à certains responsables politiques, auxquels il reproche d’attiser les tensions. « Je veux dénoncer avec la même force une autre dérive : la récupération politique de la jeunesse et la surenchère de certains “irresponsables” politiques autour de ces blocages. »

Au passage, Charles Compagnon évoque notamment les appels à étendre les blocages et les consignes données par Jean-Luc Mélenchon à ses élus et militants pour qu’ils « s’interposent » face aux forces de l’ordre. « La jeunesse n’est pas une réserve de colère dans laquelle des responsables politiques peuvent venir puiser pour servir leur stratégie électorale », affirme-t-il. Avant d’ajouter : « Quand on est élu, notre responsabilité n’est pas de mettre de l’huile sur le feu. Elle est précisément d’éviter que le feu prenne. »

Pour autant, Charles Compagnon ne remet pas en cause le droit des lycéens à exprimer leur mécontentement. « On ne doit pas enfermer notre jeunesse dans une alternative caricaturale : se radicaliser ou se taire. On peut être jeune, engagé, révolté même, sans brûler une école. On peut contester sans casser. On peut manifester sans frapper. »  Quelques jours plus tard, le 6 octobre, son groupe est revenu sur les blocages de l’université Rennes 2. Le conseiller municipal et métropolitain Jelle Lemaitre a appelé à la reprise des enseignements. « Une assemblée générale permet de débattre et d’exprimer des revendications. Elle ne peut toutefois prétendre représenter, par la seule présence de ses participants, l’ensemble de la communauté universitaire. La liberté de manifester doit être respectée. Celle de suivre ses cours, d’enseigner et de travailler doit l’être également..

Charles Compagnon défend parallèlement l’ouverture d’un dialogue avec les représentants élus des étudiants et des personnels. « Les difficultés de l’enseignement supérieur exigent cependant des réponses. La reprise des cours doit s’accompagner d’un dialogue avec les représentants élus des étudiants et des personnels, dans les instances de l’université », explique-t-il. Son groupe propose notamment davantage d’autonomie pour les universités, des financements pluriannuels, une meilleure participation étudiante et une amélioration des conditions de vie sur les campus.

Le Département d’Ille-et-Vilaine a, lui aussi, choisi de répondre à la mobilisation par le dialogue avec les acteurs de la jeunesse. Le jeudi 8 octobre, son président, accompagné de Gaëlle Mestries, vice-présidente déléguée à la jeunesse, et de Marion Le Frêne, conseillère départementale déléguée à l’éducation populaire, a réuni dix fédérations d’éducation populaire à la maison de quartier de La Bellangerais. Cette rencontre a permis d’échanger sur les préoccupations des jeunes et sur les réponses à leur apporter. Elle a également été l’occasion de signer une convention de partenariat pour la période 2026-2029 avec dix fédérations. Le Département consacrera une enveloppe annuelle de 100 000 euros à ces structures afin de soutenir l’engagement citoyen, l’accès aux droits, l’éducation et l’égalité des chances. Reste une interrogation commune : comment sortir d’un mouvement qui perturbe depuis plusieurs semaines la vie des établissements scolaires et universitaires ? Ce mardi, une nouvelle manifestation est prévue dans la capitale bretonne, ce mardi. 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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