À Vern-sur-Seiche, près de Rennes, une déclaration du maire Stéphane Labbé sur les gens du voyage provoque la colère de plusieurs sections de la Ligue des droits de l’homme (LDH). Dans un communiqué publié le 8 octobre 2026, elles dénoncent des propos « stigmatisants et inacceptables » et envisagent une action en justice. L’élu reconnaît avoir tenu ces propos dans les colonnes d’Ouest-France, mais assure qu’ils ont été sortis de leur contexte et qu’il n’avait aucune intention discriminatoire.
À l’origine de cette polémique, une phrase rapportée par Ouest-France, le 7 octobre dernier. Interrogé par l’opposition municipale sur les alternatives aux armes létales, le maire de Vern-sur-Seiche aurait déclaré, lors d’une réunion de travail : « Le taser est inefficace quand quelqu’un a une corpulence comme les gens du voyage. » Une sortie qui a suscité la réaction des sections de la Ligue des droits de l’homme du pays de Rennes, du pays de Fougères, de Saint-Malo et du pays malouin, ainsi que de l’association ROVY.
Dans leur communiqué commun, les organisations ne mâchent pas leurs mots. « Cette formule associe une communauté entière à une caractéristique physique supposée et la présente comme une menace pour laquelle il faudrait adapter l’armement policier en les équipant d’armes létales. De telles paroles sont stigmatisantes et inacceptables, particulièrement lorsqu’elles sont prononcées par un élu dans l’exercice de ses fonctions ».
Pour la LDH, les gens du voyage ne constituent pas une communauté uniforme. « Les gens du voyage ne forment pas un groupe homogène. Les réduire à une “corpulence” et les lier de fait à la criminalité, c’est reprendre et renforcer des préjugés qui alimentent depuis trop longtemps les discriminations dont ils et elles sont victimes. » Les associations ne contestent pas pour autant la nécessité de débattre des moyens de protection des policiers municipaux. Mais elles refusent les généralisations. « La sécurité des agents publics mérite un débat sérieux, fondé sur des faits et des besoins précis et pas sur l’assignation d’une communauté à une image fantasmée et discriminatoire. »
Une action en justice envisagée
Au-delà de cette déclaration, les signataires dénoncent un climat dans lequel les gens du voyage seraient régulièrement désignés comme responsables de difficultés collectives. « Rien ne saurait justifier ni l’amalgame ni la stigmatisation de la communauté des voyageurs », insistent-ils. Avant d’ajouter : « Les personnes concernées sont des citoyen·nes français·es et ont droit au respect de leur dignité. »
Les organisations demandent désormais à Stéphane Labbé de « clarifier publiquement ses propos et de rappeler que les gens du voyage ne peuvent être réduits à des stéréotypes ». Au passage, la Ligue des droits de l’homme prévient qu’elle entend réagir à ce type de discours. « Notre organisation, membre de la commission départementale d’accueil des gens du voyage, ne laissera plus passer les paroles discriminatoires dans le débat public. » Elle affirme vouloir continuer à les dénoncer et à agir, « juridiquement s’il le faut ».
Cette perspective pourrait prendre une tournure judiciaire. « La LDH et son service juridique étudient la possibilité d’entamer une action juridique contre ces propos discriminatoires », précisent les signataires. À ce stade, aucune procédure engagée n’est annoncée. Contacté par Ouest-France, Stéphane Labbé ne conteste pas avoir prononcé cette phrase. Mais selon le maire de Vern-sur-Seiche, ses propos ont été « totalement tirés de leur contexte ». Pour dissiper le malentendu, l’élu, réélu dès le premier tour des élections municipales de 2026, propose aux représentants de la Ligue des droits de l’homme et de l’association ROVY de venir le rencontrer en mairie. Une invitation au dialogue, alors que la LDH étudie toujours la possibilité d’une action en justice. Photo d’illustration.


