Ce dimanche matin, Rennes présente deux visages. Boulevard de la Liberté, à l’occasion de Rennes sur roulettes, des familles ont chaussé leurs rollers. L’atmosphère est légère, presque insouciante. À quelques centaines de mètres pourtant, dans le centre-ville, le décor raconte une toute autre histoire. Rue de Toulouse, les passants restent silencieux devant les stigmates d’une nuit de violences (voir notre article). Devant le magasin Transfert, les dégâts sautent aux yeux. Même constat chez l’opticien Taillandier, enseigne dirigée par Laurence Taillandier, présidente de l’association des commerçants du Carré Rennais. Là aussi, les vitrines ont été condamnées en urgence après des attaques survenues dans la nuit.
Un peu plus loin, devant la boutique Iona, le propriétaire paraît dépité. Téléphone à la main, il tente de joindre tour à tour la police municipale, son assureur puis un menuisier. Il raconte avoir découvert les dégâts au petit matin. « J’ai été alerté par une de mes vendeuses qui passait par hasard », souffle-t-il. « Que voulez-vous que je vous dise ! J’ai déjà été cambriolé trois fois, maintenant ce sont des dégradations… » À quelques mètres de là, un adolescent croisé dans le centre-ville reste encore marqué par ce qu’il a vu quelques heures plus tôt. « J’ai vu au moins deux personnes se faire taper à terre devant moi pour leur téléphone », raconte-t-il, encore choqué.
Dans un communiqué publié ce dimanche matin, la préfecture d’Ille-et-Vilaine est revenue en détail sur les événements survenus dans la nuit de samedi à dimanche. Selon les services de l’État, peu après la victoire du PSG en Ligue des champions, plusieurs centaines de personnes se sont regroupées place Sainte-Anne, dans le centre-ville de Rennes. « Très vite, les policiers et les gendarmes mobiles présents ont été pris à partie », indique la préfecture.
Au cours de cette soirée, les forces de l’ordre ont essuyé des jets de projectiles, tandis que plusieurs feux de poubelles ont été allumés. Du mobilier urbain a également été dégradé. Le bilan communiqué par la préfecture fait état de six magasins dont les devantures ont été attaquées et qui ont fait l’objet de tentatives de vol. Trois établissements ont effectivement subi des vols. « Conformément aux ordres du ministre de l’Intérieur, mis en œuvre localement par le préfet, les policiers et les gendarmes sont intervenus immédiatement, à chaque tentative, pour mettre fin à ces débordements, protéger les biens puis disperser ces voyous hors du centre-ville », souligne le communiqué préfectoral.
Les autorités insistent sur la rapidité d’intervention des forces de sécurité. « Sans l’action des policiers et des gendarmes mobiles, ces débordements auraient eu des conséquences plus lourdes encore », estime Franck Robine, préfet de la région Bretagne et préfet d’Ille-et-Vilaine. Une interpellation a été réalisée au cours de la soirée et un mineur a été remis à ses représentants légaux, selon la préfecture. Au passage, le représentant de l’État a tenu à saluer les policiers, les gendarmes mobiles ainsi que les sapeurs-pompiers mobilisés durant la nuit, tout en adressant son soutien « aux commerçants victimes des dégradations ou de vols ». Des enquêtes ont depuis été ouvertes sous l’autorité de la justice afin d’identifier les auteurs des violences et des pillages.
« Rennes ne doit pas s’habituer à ces violences »
Dans la foulée, le leader du groupe d’opposition municipale Vivre Rennes, Charles Compagnon, a vivement réagi sur les réseaux sociaux. « La victoire du PSG aurait dû être un moment de fête populaire. Elle s’est malheureusement terminée à Rennes par des pillages de commerces, des dégradations et des violences inacceptables au cœur du centre-ville », écrit-il. Pour l’heure, il apporte son soutien « aux commerçants dont les vitrines ont été brisées et les magasins pillés, ainsi qu’aux riverains qui subissent régulièrement ces scènes de violence et d’insécurité. Dans ce contexte, entendre l’adjoint à la sécurité civile déclarer que “l’on a vu pire” est profondément choquant. C’est une forme de résignation face à une situation qui ne cesse pourtant de se dégrader. C’est aussi une marque de mépris involontaire pour celles et ceux qui ont vu leur outil de travail dévasté cette nuit », estime l’élu d’opposition.
En filigrane, l’élu accuse la majorité municipale de banaliser progressivement l’insécurité. « Après des années de déni et de renvoi de responsabilité, la majorité municipale semble désormais banaliser l’insécurité. Nous refusons cette logique », écrit-il encore. Avant d’ajouter : « Les Rennais ne doivent pas s’habituer aux violences urbaines ou aux pillages à l’occasion des grands rassemblements populaires. Rennes mérite mieux que cette accoutumance à la violence. L’État renforce ses moyens face à une situation devenue préoccupante. La municipalité doit désormais mobiliser avec la même détermination tous les leviers dont elle dispose pour protéger les habitants, les commerçants et l’attractivité de notre ville. On attend a minima une condamnation sincère et un soutien aux victimes de cette violence. »
Maire de Rennes, Nathalie Appéré a pris la parole ce dimanche matin dans les colonnes du jouirnl Ouest-France. « Je condamne ces actes malveillants, qui n’ont aucunement leur place dans une soirée de célébration sportive », a-t-elle déclaré. L’édile rennaise assure suivre la situation avec attention alors que commerçants et riverains tentent déjà de mesurer l’ampleur des dégâts. Son adjoint, Cyrille Morel, était présent cette nuit sur les lieux, au milieu des agents de la police municipale. Voir la vidéo publiée par Charles Compagnon sur place :
https://www.facebook.com/reel/1702580060776424


