À l’audience du tribunal correctionnel de Rennes, ce 12 janvier, son ami pose une main sur son épaule. Ce geste anodin et tendre tranche avec l’agression qu’elle a subie ce 11 novembre 2025. Ce soir-là, la jeune femme rentre à vélo de son cours de théâtre. Boulevard Albert-Ier, il est 22 h 30. C’est à ce moment-là que Kenjura G., âgé de 34 ans, surgit de nulle part dans la pénombre. Il fait chuter la cycliste, tente de glisser un doigt dans son vagin sous sa jupe. Projetée à terre, la victime se débat, se bat. Dans la mêlée, ses lunettes se brisent. Elle est mordue, reçoit des coups. « Heureusement, ce soir-là, je portais des collants », confiera-t-elle plus tard aux enquêteurs.
J’ai vu un grand type arriver dans la rue », assure-t-elle.
Une seconde fois, l’agresseur revient à la charge. Il tente de voler son deux-roues. Là encore, la jeune femme résiste tant bien que mal pour récupérer son bien. « La scène est d’une violence inouïe », souligne la représentante du ministère public, Margaux Raoul. Alerté par les cris, un voisin, Hugo, sort précipitamment de chez lui. Il ceinture l’agresseur qui parvient à se dégager et s’enfuit en courant. « Il ne parlait pas. Il était complètement déconnecté », racontera plus tard ce courageux témoin. Les policiers retrouveront Kenjura G. peu après, dans un état second, le torse nu.
Quelques jours auparavant, le même homme avait déjà tenté de voler le sac d’une contrôleuse de Keolis, dans le métro. Il avait tenté une balayette pour la faire chuter. Là encore, la victime avait crié, attirant l’attention des passants. « Ma cliente est très marquée », indique l’avocate de l’employée du Star, Me Marie Peloil. « Cela aurait pu être pire. Elle a eu de la chance dans son malheur par rapport à la première victime. Mais elle se souviendra toujours du regard glaçant de son agresseur. »
Derrière une vitre blindée, le prévenu, à l’allure costaude, reste impassible. Il a déjà été condamné à plusieurs reprises pour violences et outrages. Sous le flot des questions de la présidente du tribunal, il finit par rompre le silence. « Ce soir-là, j’ai fait une crise d’angoisse. Je n’avais pas pris mes médicaments. J’avais consommé de la marijuana. J’ai fait un bad trip. C’est la première fois que ça m’arrive. Je ne voulais pas la violer, juste la caresser… » Quelques jours avant les faits, l’accusé s’était présenté aux urgences, puis au centre hospitalier Guillaume-Régnier. Les médecins avaient décidé de ne pas l’interner. Dans le même temps, sa mère avait appelé les numéros d’urgence pour demander de l’aide. En vain.
Pourtant, le rapport de l’expert psychiatre, rendu public à l’audience, est sans équivoque. Le prévenu souffre d’une pathologie schizophrénique accompagnée d’hallucinations. « Il présente une dangerosité », admet le psychiatre. « Il doit faire l’objet d’un transfert vers l’hôpital. » De l’autre côté de la version, ce discours reste difficilement « entendable ».
« C’est un choc. Un chamboulement. Une agression sexuelle particulièrement violente pour ma cliente », plaide Me Maud Cousin. « Le prévenu s’est jeté sur elle. Il a mis tout son poids sur elle. Récemment, elle a revécu la scène chez son ostéopathe, au moment où il soignait ses lésions. Aujourd’hui, elle souffre de troubles du sommeil et de perte d’appétit. »
Même condamnation du côté du parquet. « Ce sont des faits extrêmement graves », insiste la procureure, Margaux Raoul. « C’est une agression sexuelle en pleine rue, contre une victime choisie au hasard. Je veux aujourd’hui retenir la combativité et le courage de cette jeune femme, dans une scène de violence absolue. Elle a su crier pour alerter un voisin, Hugo. Je veux lui exprimer toute notre solidarité et lui souhaiter de pouvoir se reconstruire. »
Je m’excuse au plus profond de moi-même et c’est la dernière fois, je l’espère. » Le Prévenu.
Avocat du prévenu, Me Pierre Rodius, avait la tâche délicate. Il a insisté sur le « refus d’hospitalisation » opposé à son client quelques jours avant les faits, dans un contexte de tension extrême au sein des services hospitaliers. « Il a exprimé des mots forts d’excuse à l’égard des victimes », a-t-il précisé. Le tribunal a reconnu la matérialité des faits. Mais il n’est pas entré en voie de condamnation, estimant le prévenu pénalement irresponsable. Celui-ci sera inscrit au fichier des auteurs d’infractions sexuelles. Il lui est interdit de détenir une arme pendant douze ans et de paraître au domicile de la victime pendant dix ans. La fixation des indemnités a été renvoyée à une date ultérieure, à l’exception de la victime de la tentative de vol, qui obtient 400 euros d’indemnisation ainsi que le remboursement de ses frais d’avocat.


