Le bras de fer se poursuit autour de l’usine d’incinération de Villejean, à Rennes. Accusée par Rennes Métropole d’être responsable d’une partie des retards et des difficultés techniques du chantier, l’entreprise italienne Ruths sort du silence. Dans un communiqué diffusé ce mercredi 14 octobre 2026, ses avocats contestent fermement les accusations de la collectivité. Documents techniques, équipements défectueux, expertises : les deux parties s’opposent désormais sur presque tous les points.
Pour comprendre cette nouvelle passe d’armes, il faut revenir au chantier de modernisation de l’usine d’incinération de Villejean. Cet équipement doit permettre de brûler les déchets ménagers pour produire de l’énergie. Mais les travaux ont pris du retard et les relations entre Rennes Métropole et l’entreprise Ruths, chargée d’une partie des installations, se sont considérablement dégradées. La collectivité a fini par résilier son marché avec la société italienne. Depuis, chacune des parties défend sa version des faits, tandis que plusieurs procédures restent en cours devant le tribunal administratif de Rennes.
Le dernier épisode remonte au conseil métropolitain du 8 octobre. Ce soir-là, Soazig Rouillard, vice-présidente chargée des déchets et de l’énergie, a vivement critiqué Ruths. Pas de doute, pour elle, l’entreprise aurait tardé à transmettre plus de 300 documents indispensables à l’achèvement du chantier. « Sur plus de 300 documents, seuls deux documents envoyés par Ruths sont utilisables en l’état », a-t-elle affirmé. Pis encore, la Métropole assure avoir dû refaire des études et des plans, entraînant de nouveaux travaux et des retards supplémentaires.
Mais Ruths conteste cette présentation. Par la voix de ses avocats du cabinet GB2A, l’entreprise assure n’avoir jamais refusé de transmettre les documents réclamés. Elle s’appuie notamment sur une décision du tribunal administratif d’avril 2025, qui aurait limité ses obligations à la communication de six notes de sécurité supplémentaires. Ses conseils rappellent au passage que la procédure engagée pour obtenir l’exécution de cette décision a été depuis classée en mars 2026. Pour eux, « le grief d’obstruction est ainsi écarté par la juridiction elle-même ». Une interprétation contestée par Rennes Métropole, qui estime que ce classement ne tranche pas la question de la qualité technique des documents.
Autre sujet de discorde : les énormes grappins chargés d’attraper les déchets et de les transporter vers les fours. Lors du conseil métropolitain, Soazig Rouillard a assuré que leur conception ne permettait pas d’alimenter correctement les installations. Leurs dimensions figurant sur les plans ne correspondaient pas à la réalité, obligeant la collectivité à faire modifier certains équipements pour éviter des collisions. A l’inverse, d’après Ruths, les plans existaient depuis 2022 et avaient été examinés et approuvés par Rennes Métropole avant la construction. « Aucune réserve significative n’a été formulée sur ces équipements lors des opérations de réception», affirment en substance les Italiens.
La bataille porte aussi sur les expertises techniques. Rennes Métropole s’appuie sur des rapports de Bureau Veritas pour dénoncer des défauts. Ruths en conteste la portée, estimant que cet organisme, mandaté par la seule collectivité, n’a pas véritablement examiné ses réponses. Ses avocats préfèrent mettre en avant une autre expertise, réalisée dans un cadre judiciaire, qui aurait conclu en mai 2024 à la conformité de ses chaudières aux normes applicables.
Pendant ce temps, l’usine de Villejean poursuit ses essais en vue de sa mise en service. Le 8 octobre, Soazig Rouillard a refusé de s’engager sur une date précise, expliquant que les vérifications techniques étaient toujours en cours. Pour les habitants, l’enjeu reste pourtant simple : savoir quand cet équipement pourra enfin fonctionner normalement et à quel coût. Quant aux responsabilités dans les retards et les difficultés rencontrées, elles restent au cœur d’un contentieux qui est loin d’être éteint.


