Le 22 juin 2022, deux hommes à scooter avaient ouvert le feu à l’arme automatique dans le quartier de Maurepas, à Rennes, avant que des tirs ne soient dirigés vers trois policiers. Ce mercredi, au cinquième jour du procès devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine, l’un des accusés, soupçonné d’être le tireur, a longuement été interrogé sur son emploi du temps le jour des faits. Entre téléphones éteints, partie de football et départ précipité pour la région parisienne, la cour a tenté de reconstituer sa journée presque heure par heure.
Avant d’aborder directement la journée du 22 juin 2022, le président Nicolas Leger Larue de Tournemine est revenu sur le parcours de l’accusé et sur ses antécédents. Quelques semaines avant la fusillade, le jeune homme avait déjà été interpellé à la gare de Rennes en possession d’un pistolet et de stupéfiants. Des faits qu’il n’a pas niés, mais qu’il a aussitôt relativisés. « J’ai acheté l’arme sur Leboncoin en pensant qu’elle était factice. Je cherchais un truc pour intimider », a-t-il expliqué. Pourtant, trois balles avaient été découvertes à l’intérieur. « Je ne l’ai pas touchée », s’est-il défendu à la barre.
Même ligne de défense lorsque le président s’est intéressé aux notes enregistrées dans son téléphone. Les enquêteurs y avaient retrouvé certains mots associés au trafic de stupéfiants, comme « ZIP », qui désignerait des barrettes de cannabis, ou « guet », pour les guetteurs. Cette fois, l’accusé a reconnu son passé dans le trafic, tout en assurant que cette époque était bel et bien révolue. « Je me suis jamais caché d’avoir été dans le trafic de stupéfiants. Mais tout cela s’est arrêté avant ma majorité parce que je ne voulais plus rien avoir avec le trafic », a-t-il assuré devant les jurés.
Une journée retracée presque heure par heure
Venant au cœur des débats, le président lui a alors demandé où il se trouvait le 22 juin 2022 au moment de la fusillade. Le jeune homme a expliqué avoir passé toute la matinée chez sa tante, à L’Hermitage. « J’étais interdit de séjour à Rennes », a-t-il rappelé. Après avoir été rejoint par l’un des coaccusés, il affirme avoir quitté les lieux à scooter pour se rendre au centre commercial de Saint-Grégoire vers midi.
À chaque fois, l’accusé a réponse à tout. Pour expliquer son emploi du temps dans l’après-midi, il a assuré être allé jouer au football. « Je suis allé à Beaulieu », a-t-il raconté. Mais, là encore, impossible pour la cour de vérifier cet alibi. Car interrogé sur l’identité de ses partenaires de jeu, le jeune homme a refusé tout bonnement de donner leurs noms. Une seule certitude demeure toutefois : à 19 h 12, les téléphones des deux hommes se sont rallumés, plusieurs heures après la fusillade.
C’est alors que les événements se sont enchaînés. Dans la soirée, l’accusé avait cherché sur Internet à savoir ce qui s’était passé à Maurepas. Sa mère avait également été agressée à son domicile par une douzaine d’hommes qui, selon lui, étaient en réalité à sa recherche et voulaient le tuer. Craignant de les recroiser, il avait préféré prendre la poudre d’escampette dès le lendemain pour se réfugier en région parisienne.
« T’as tiré sur les keufs »
En fin d’audience, les explications du jeune homme ont été une nouvelle fois mises à l’épreuve par un autre élément du dossier. Le président s’est longuement attardé sur des enregistrements réalisés entre l’accusé et son codétenu. « Ouais frérot, j’ai commencé à pera, j’étais trop trixma. J’arrive en rafale », pouvait-on notamment entendre. « S’ils mettent des micros en cellule, on est b***. » Son codétenu lui avait répondu : « C’est toi qui es b***, t’as tiré sur les keufs. »
Diffusés devant la cour, ces mots ont donné lieu à deux interprétations radicalement différentes. Pour Me Jérôme Stéphan, l’avocat de la défense, ces échanges ne constituaient nullement un aveu de participation à la fusillade. Les deux hommes auraient tout simplement parlé de rap et de la préparation d’un morceau ou d’un clip. Pour étayer cette lecture, l’avocat a d’ailleurs cité d’autres passages de la conversation, notamment cette phrase : « Dans le clip, on fera ça. »
Mais au fil de l’audience, un sentiment commençait à poindre : les éléments semblaient s’accumuler contre l’accusé. Mais face à chaque preuve, devant chaque fait, l’accusé a opposé une explication ou encore une dénégation. Durant des longues heures d’interrogatoire, il n’a jamais varié sur l’essentiel. Il n’était pas présent sur les lieux. Demain, le procès entrera dans sa dernière ligne droite avec les réquisitions de l’avocate générale et les plaidoiries de la défense.


