Lors du festival étonnants voyageurs, ce lundi 9 juin, François-Henri Désérable débarque sur scène avec l’allure d’un Beigbeder de gauche ou d’un BHL qui aurait troqué la chemise blanche pour les rails de la transiranienne. Cet homme-là n’est pas qu’un écrivain en vogue. Il est devenu un grain singulier qui vous séduit, en contant l’histoire de son contrôleur iranien qui hurlait « barbichette » à 4 h du matin.
Car avec lui, tout commence, ou presque, à bord d’un train improbable du Balouchistan à Téhéran (27 heures de voyage). Entre le sable qui ensable la voie et les soirées partagées avec un Kurde, deux Balouches et un Afghan, le « chouchou » du Magazine littéraire tisse une anecdote digne d’un road movie en…tchou-tchou iranien. Mais derrière l’humour affleure la mélancolie. Celle qu’il appelle le chagrin d’un chant inachevé (le nom de son dernier bouquin).
Durant huit mille kilomètres, François-Henri Désérable est parti cinq mois sur les routes cabossées, pour suivre les traces du jeune Ernesto Guevara. De Buenos Aires à Caracas, il a ressuscité le voyage mythique du Che, la fougue et l’insouciance du futur révolutionnaire. Mais ce n’est pas la révolution qui séduit le jeune français, mais l’idée du départ. Cette envie de voyage que l’on rêve allongé sur un tapis entre 10 et 13 ans, à plat ventre devant un atlas. « Je ne pouvais pas me mesurer au Che Guevara. Je n’avais pas l’étoffe d’un révolutionnaire, mais j’espérais avoir celle d’un vagabond », confie-t-il.
Pour lui, le voyage-vagabond, c’est une affaire de lenteur et d’attention aux rencontres. François-Henri ne voyage pas pour faire joli. Il rencontre. Ce n’est pas le paysage qui l’intéresse — « les extases devant la nature, moi, ça m’emmerde un peu », avoue-t-il sans détour — mais les visages et les hasards. Il revendique le vagabondage lent, les frontières où l’on est bloqué des heures durant. « Il faut accueillir la mésaventure comme l’aventure », dit-il. «Un coucher de soleil sur le lac Titicaca, aussi beau soit-il, ne donne pas un paragraphe. Un carnet de voyage perdu, oui.»
Avec lui, le bon récit de voyage est une langue. De cette petite musique propre à chaque écrivain. « Si vous me mettez une page de Nicolas Bouvier sous les yeux, je le reconnais tout de suite. C’est la singularité de la voix. Et la littérature, au fond, c’est cela : une voix qu’on entend même quand on ferme les yeux. » François-Henri raconte avec panache. Il est en passe de devenir une voix.




