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jeudi 25 juin 2026
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ÉDITORIAL. Le dédain de Paris pour la Bretagne se lit-il aussi dans la valse des préfets ?

Il y a des symboles et des décisions qui parlent davantage que les discours. En Bretagne, à peine un représentant de l’État a-t-il commencé à s’ancrer dans le territoire qu’il est déjà appelé vers d’autres fonctions. En moins de trois ans, la région aura vu se succéder Amaury de Saint-Quentin, Philippe Gustin, Franck Robine et désormais Emmanuelle Dubée. Quatre préfets. Quatre personnalités. Quatre méthodes. Quatre façons d’incarner l’État, mais avec à chaque fois le même rituel : des poignées de main qui succèdent aux poignées de main, des prises de contact aux prises de contact, des feuilles de route aux feuilles de route.

Comme si la Bretagne n’était qu’une étape dans les grandes carrières administratives.

Le cas de Franck Robine résume à lui seul cette instabilité préfectorale. Arrivé à Rennes, il repart déjà, à sa demande, au bout de sept mois… Sept mois pour découvrir les principaux dossiers, rencontrer les élus, les responsables économiques, les syndicats agricoles, les associations, les forces de sécurité, les services de secours et les représentants des collectivités. Le temps, surtout, de commencer à tisser des liens de confiance, de fixer ses priorités, notamment en matière de sécurité, avant de refaire ses cartons aussi vite qu’il est arrivé.

Son départ n’a d’ailleurs rien d’anodin. Franck Robine rejoint le candidat républicain aux présidentielles, Bruno Retailleau comme directeur de campagne. Personne ne contestera l’importance de ces nouvelles responsabilités. Il est essentiel que des hauts profils s’engagent en effet en politique. Mais ce départ interroge. Quelle image ce départ renvoie-t-il de la fonction préfectorale ? Celle d’un représentant durable de l’État, profondément ancré dans un territoire, ou celle d’une étape dans une carrière appelée à se poursuivre ailleurs ?

À force de voir les préfets partir presque aussi vite qu’ils sont arrivés, c’est l’autorité même de la fonction qui finit par perdre de sa force symbolique. Pourtant, la Bretagne n’est pas une région comme les autres. C’est une région où les enjeux sont immenses. Son agriculture est confrontée à des mutations profondes. Son littoral est l’un des plus vastes de France. Au-delà, les défis liés à la transition écologique, aux risques climatiques, à la sécurité, aux mobilités, au développement économique ou encore à la cohésion territoriale exigent du temps, de la mémoire et une véritable connaissance du terrain.

À Paris, on répondra que l’État est permanent. On invoquera le principe de continuité. Juridiquement, c’est vrai. Les secrétaires généraux, les directeurs, les sous-préfets et l’ensemble des fonctionnaires assurent avec professionnalisme la permanence du service public. Mais la continuité administrative ne remplace jamais totalement la stabilité humaine. Car chaque nouveau préfet arrive avec sa personnalité, ses méthodes, ses priorités, ses habitudes de travail. Les dossiers sont réexpliqués. Les arbitrages sont parfois revus. Les maires, les parlementaires, les présidents d’intercommunalité, les chambres consulaires, les organisations professionnelles doivent, une fois encore, reprendre les mêmes explications. Ce temps perdu ne figure dans aucun rapport administratif. Pourtant, il existe bel et bien.

Au fil des années, un sentiment finit par s’imposer chez nombre d’élus, d’acteurs économiques et de responsables associatifs : celui d’un certain dédain de Paris envers la Bretagne. Non pas un dédain revendiqué, mais celui qui consiste à considérer qu’un territoire peut toujours attendre quelques mois de plus, qu’il s’adaptera encore à un nouveau visage, à une nouvelle méthode, à une nouvelle organisation. Comme si les Bretons avaient vocation à accueillir sans cesse des préfets de passage.

L’arrivée d’Emmanuelle Dubée illustre à son tour cette logique. Ancienne camarade de promotion à l’ENA d’Emmanuel Macron, elle possède une solide expérience administrative et préfectorale. Personne ne met en cause ses compétences. Mais sa nomination intervient dans un calendrier particulier. Dans moins d’un an, les Français éliront un nouveau président de la République. Or chacun sait qu’une alternance s’accompagne traditionnellement d’un vaste mouvement préfectoral. Autrement dit, avant même d’avoir pleinement découvert la Bretagne, rencontré tous ses acteurs et imprimé sa marque, la nouvelle préfète pourrait, elle aussi, être appelée vers d’autres fonctions au printemps 2027. Une valse de plus.

Balzac écrivait que « la stabilité est le premier besoin des sociétés ». La Bretagne aurait sans doute besoin qu’on s’en souvienne. Heureusement, les Bretons, eux, ne vivent pas au rythme des mouvements administratifs. Ils restent fidèles à leur pays. Ils ont les pieds dans la glaise, le regard tourné vers la mer et savent qu’une région se construit dans la durée, avec de la patience, de la constance et de la fidélité. Les préfets passent. La Bretagne demeure.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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