Il est tout jeune, mais déjà plein d’aplomb. Élève au lycée Émile Zola, il incarne Ferdinand Esterhazy, le traître, dans Dreyfus rejoué, une pièce écrite par Olivier Maunaye. « Je n’ai jamais vraiment joué sur les planches », confie-t-il. « Je voulais toujours le faire, mais je n’avais jamais trouvé le temps de m’engager pleinement. Ma prof d’anglais m’a proposé de participer à ce grand projet théâtral, et je me suis dit : autant saisir l’opportunité. C’est important de faire vivre sur scène l’affaire Dreyfus. »

Devant la presse, le jeune comédien savoure l’expérience. Bientôt, il montera sur scène dans le gymnase du lycée Émile Zola — un lieu hautement symbolique, puisqu’il abrita le second procès du capitaine Dreyfus du 7 août au 9 septembre 1899. « J’adore ! Il faut réussir à exprimer des émotions fortes, montrer la frustration, incarner vraiment le “vilain” qu’était Esterhazy », explique-t-il, le regard pétillant. Comme lui, plusieurs élèves se sont lancés dans cette aventure singulière aux côtés de professionnels du droit, le bâtonnier du barreau de Rennes, Paul Delacourt et l’avocat Patrick Boquet. « C’est une histoire réelle, avec de vrais personnages », souligne un autre lycéen Arthur.
« Il était important de rendre visible et concret le deuxième procès de Dreyfus », explique le proviseur, Jean-François Lamarche.
Sous la direction de la metteuse en scène Rozen Trégoat, les lycéens et les avocats travaillent depuis plusieurs semaines. « Cette pièce plonge dans les manigances de l’époque », précise-t-elle. « Il fallait du cran pour défendre le capitaine Dreyfus», insiste le bâtonnier. «L’un de ses défenseurs, maître Labori, a même été victime d’une tentative d’assassinat sur le quai Richemont. » Pour l’homme de loi, cette reconstitution dépasse la simple commémoration et reste un combat d’actualité. « Cet événement doit nous faire réfléchir. » Un message que partage Loïg Chesnais-Girard, président du conseil régional et partenaire du projet. « Dans une période où resurgissent l’antisémitisme et le racisme, nous avons besoin de temps et de profondeur pour redire notre confiance en la justice et en nos valeurs républicaines. »
Un partenariat fédérateur autour d’un devoir de mémoire vivant
Le projet Dreyfus rejoué est le fruit d’un partenariat entre la région Bretagne, le Barreau de Rennes, le lycée Émile Zola et la compagnie Théâtre Ostinato. Il émane du Barreau de Rennes, désireux de commémorer, sous la forme d’une reconstitution théâtrale, le second procès de l’affaire Dreyfus — là même où il s’était tenu, il y a plus d’un siècle. Depuis la mi-octobre, chaque mercredi après-midi, les répétitions rassemblent trois avocats et une dizaine de lycéens, sous la direction de Rozen Trégoat. Trois représentations publiques auront lieu du 25 au 27 mars dans le gymnase du lycée, également appelé « salle Dreyfus », pouvant accueillir jusqu’à 200 spectateurs.
Au-delà du spectacle, le projet revêt une dimension pédagogique forte. Environ 300 lycéens sont impliqués à divers niveaux : certains comme comédiens, d’autres à travers des ateliers de théâtre, de costumes, de communication ou d’éloquence. Deux classes de Première travaillent cette année sur le devoir de mémoire, en lien avec leurs cours d’Histoire et de spécialité HLP (Humanités, Littérature et Philosophie). Le choix du lieu, chargé d’histoire, permet de rappeler combien ce procès fut essentiel dans la construction de la justice française et dans la lutte contre les discriminations. À travers L’affaire Dreyfus ou le procès de Rennes, Olivier Maunaye montre aujourd’hui comment un fait historique, vieux de plus d’un siècle, trouve encore écho dans notre société contemporaine. Représentations gratuites : 25 et 27 mars : ouvertes au public. 26 mars : représentation réservée aux élèves.


