Deux petits mots, « Bonjour Agathe », ont suffi à provoquer un conflit entre une enseignante et sa hiérarchie. Dans un collège, à Rennes, une professeure documentaliste s’est estimée humiliée par la manière dont une responsable lui avait adressé cette formule de politesse. Elle a demandé la reconnaissance d’un accident du travail. L’Éducation nationale a refusé. Saisi de l’affaire, le tribunal administratif de Rennes a donné raison au rectorat, le 13 octobre 2026.
Tout commence le 16 novembre 2023. Ce jour-là, la directrice adjointe de la section d’enseignement adapté (Segpa) de l’établissement discute avec un élève lorsqu’elle croise la professeure documentaliste, en poste dans l’établissement depuis septembre 2020. Elle lui lance un « Bonjour Agathe ». Rien de plus, selon les éléments rapportés dans le jugement. Mais l’enseignante vit mal cet échange. Elle estime avoir été saluée « sur un ton cassant et humiliant ». Huit jours plus tard, elle déclare un accident survenu dans le cadre de son travail. Le rectorat refuse de reconnaître cet incident comme un accident professionnel. Après un premier recours infructueux, la professeure saisit la justice.
Pour défendre sa position, l’enseignante présente notamment le témoignage d’une collègue. Cette dernière évoque des relations difficiles avec la directrice adjointe de la Segpa. Mais les magistrats relèvent une faiblesse : la collègue n’a pas assisté à la scène et son témoignage ne concerne pas directement les relations entre les deux protagonistes. Surtout, les juges constatent qu’« aucune pièce versée au dossier ne vient en outre attester du caractère malveillant des propos précités ». À leurs yeux, ce « Bonjour Agathe » relève des échanges ordinaires entre collègues et ne présente pas, en lui-même, de caractère violent.
L’enseignante évoque également un autre incident, survenu une semaine auparavant. Le 9 novembre 2023, un élève de quatrième aurait commis un outrage sexiste à son encontre, pendant un cours auquel elle n’assistait pas. Le tribunal relève toutefois l’absence de cet épisode dans sa déclaration d’accident professionnel. La direction du collège avait par ailleurs sanctionné l’élève par une exclusion temporaire. Pour les magistrats, cet événement distinct ne permet donc pas de justifier la reconnaissance de l’accident déclaré le 16 novembre.
Pour être reconnu comme un accident de service dans la fonction publique, il doit notamment présenter un caractère soudain et violent. Or, selon le tribunal, « L’échange verbal du 16 novembre 2023 (“Bonjour Agathe”) ne saurait ainsi en aucun cas être regardé comme un évènement soudain et violent susceptible d’être qualifié d’accident de service ». La requête de l’enseignante est donc rejetée, tout comme sa demande de remboursement de 1 500 euros de frais de justice. En clair, un salut ressenti comme humiliant ne suffit pas, à lui seul, à faire reconnaître un accident professionnel.


