Deux manifestations, deux ambiances, ce jeudi 5 novembre, à Rennes. D’un côté, un cortège syndical a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes dans une atmosphère plutôt bon enfant. De l’autre, des individus masqués ont multiplié les dégradations, les tirs de mortiers et les affrontements avec les forces de l’ordre. Retour sur une nouvelle journée de tensions dans les rues de la capitale bretonne.
Il y a bien eu deux visages de la contestation à Rennes, ce jeudi 5 novembre. L’un, réunissant près de 30 000 personnes selon les estimations rapportées par Rennes Infos Autrement, s’est déroulé dans une ambiance plutôt bon enfant. L’autre a pris une tournure autrement plus virulente. Dès 14 h 30, des individus s’en sont pris à l’hôtel Saint-Antoine, avenue Janvier. Les vitrines ont été dégradées et l’intérieur de l’établissement vandalisé. « Bourgeois, tremblez ! », pouvait-on lire sur la façade.
Sur les lieux, la tension était extrême, y compris entre syndicalistes et casseurs. Les premiers souhaitaient poursuivre la manifestation, tandis que les seconds réclamaient leur solidarité. Très vite, la situation a dégénéré. Essuyant des jets de projectiles, policiers et gendarmes ont chargé des manifestants, dans les nuages de gaz lacrymogènes. « Cassez-vous ! », ont répliqué certains protestataires les plus virulents. Pendant de longues minutes, la situation a semblé figée. Seuls quelques cris hostiles aux forces de l’ordre troublaient ce face-à-face. C’était le calme avant de nouvelles interventions policières, dont une opération d’encerclement, une « nasse », le long des anciens locaux d’Ici Armorique.
En renfort, le canon à eau est entré en action vers 15 h. À l’arrière, les policiers procédaient à des interpellations sous les yeux de témoins passablement énervés. La tension était à son paroxysme. Mais finalement, le cortège a repris sa progression. Plus loin, peu avant 17 h, la place de Bretagne disparaissait à son tour sous les nuages de lacrymogènes, sous le regard impassible des Baigneuses, les sculptures bien connues des Rennais. La situation est même devenue dantesque lorsque des mortiers d’artifice ont été tirés en direction des forces mobiles, sous les vivats et les applaudissements de certains manifestants. Vers 17 h, gendarmes et CRS ont toutefois fini par reprendre le contrôle de la place, tandis que plusieurs poubelles brûlaient encore dans les rues adjacentes.
Plusieurs dizaines d’interpellations
À 15 h 25, les services de l’État ont dressé un premier bilan de leurs opérations. « L’intervention des forces de sécurité intérieure a permis d’interpeller plusieurs dizaines d’individus qui avaient participé aux dégradations d’un hôtel avenue Janvier et effectué de nombreux jets de projectiles sur les policiers. » La préfecture rapportait également des violences contre des membres du cortège syndical. « Alors que le cortège syndical reprenait sa déambulation, les syndicalistes ont été violemment attaqués par des individus masqués. »
À 18 h, les sapeurs-pompiers ont communiqué à leur tour un premier bilan. Ils sont intervenus pour cinq secours à personne, dont trois ont abouti à un transport au CHU. Plusieurs incendies sur la voie publique ont également été constatés, sans gravité ni risque de propagation. Ils n’ont pas nécessité l’engagement des secours. Dans la capitale bretonne, cette nouvelle journée de mobilisation a montré, une nouvelle fois, le contraste entre un mouvement social largement pacifique et des groupes venus en découdre avec les forces de l’ordre.


