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vendredi 25 septembre 2026
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Fusillade de Maurepas : les avocats de la défense tentent d’instiller le doute

Ce jour de juin 2022, allée de Brno, dans le quartier de Maurepas, deux hommes en noir, à bord d’un scooter, tirent en rafale sur des vendeurs de stupéfiants et des policiers. Quatre ans plus tard, deux accusés et leurs comparses sont jugés devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine. Hier soir, il était tard, très tard, lorsque leurs avocats sont arrivés à la barre. Maître Olivier Pacheu s’est présenté le premier pour défendre le pilote du puissant TMax. « La justice n’est pas une histoire de croyance. Elle doit démontrer qu’il est coupable ou pas », a-t-il asséné d’emblée.

Dans cette affaire, l’avocat craint par-dessus tout un mécanisme bien connu dans les enquêtes judiciaires : le biais de confirmation. «Cela consiste à partir d’une hypothèse initiale et de  regarder dans le dossier tout ce qui peut la confirmer, en écartant ce qui ne va pas dans ce sens. Or, ce chemin des hypothèses est dangereux. C’est celui qui peut conduire à l’erreur judiciaire. Pour s’en prémunir, il nous faut chercher à analyser les preuves et ce qui est reproché aux accusés. »

Le biais de confirmation

Pour lui, les témoins de la fusillade n’ont pas été en mesure d’identifier le conducteur. « Il n’y a pas de reconnaissance formelle. Il n’y a pas non plus d’ADN, de traces de poudre. À ce stade, nous n’avons pas la preuve de sa présence sur les lieux. Personne ne le désigne comme le conducteur. » Allant plus loin, la défense s’interroge sur le comportement du pilote au moment de la fusillade. « Peut-on établir qu’il s’est arrêté délibérément pour permettre au passager de tirer ? Et surtout, peut-on démontrer qu’il connaissait le projet du tireur et y adhérait ?»

« J’ai du mal à comprendre qu’un téléphone rallumé deux heures après les faits soit la preuve qu’il ait commis de tels faits. »

Devant les jurés, Olivier Pacheu a plaidé l’acquittement de « ce gamin », âgé de 16 ans au moment des faits. «Il  n’a pas les épaules pour être sur une scène de meurtre… Je me demande ce qu’il fait là-dedans, à tout juste 16 ans! » Pour lui, la vraie question est de savoir si l’on doit croire ou non son client lorsqu’il nie être le conducteur. « Nous sommes dans l’intime conviction, mais une intime conviction qui ne doit pas s’affranchir de trois grands principes : la présomption d’innocence, la pleine conscience et le doute. Soit on est dans la certitude qu’il est coupable, soit on est dans l’incertitude et on ne peut pas le déclarer coupable. »

Même appel à la prudence chez Jérôme Stéphan, avocat du tireur présumé du scooter. Il met notamment en garde contre le risque, selon lui, d’une conviction déjà arrêtée avant la fin des débats. « La défense doit, elle aussi, avoir toute sa place dans les débats. Si c’est déjà décidé, il n’y a pas de procès. » Au passage, il demande aux jurés de ne pas se fier aux faux-semblants. « Mon client a peut-être montré une attitude de défense maladroite. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Devant la cour, les mots et les réponses ne sont pas souvent celles que l’on attend. On s’exprime comme on peut, avec la peur que tout ce que l’on pourrait dire soit interprété différemment. On s’exprime comme on peut aux côtés d’autres qui sont attentifs à ce que l’on va dire. On s’exprime comme on peut face à ceux qui vont décider de notre sort. Ce n’est pas son attitude qui doit vous dire qu’il est coupable. »

Une différence considérable dans les qualifications

Pour Jérôme Stéphan, la présence des policiers sur les lieux a pesé lourd dans la qualification criminelle retenue dans ce dossier. « Si nous n’avions pas eu des fonctionnaires de police dans ce dossier, il aurait été traité différemment. Les faits auraient peut-être été qualifiés en violences avec arme. » Longuement, Jérôme Stéphan s’interroge aussi sur la réelle volonté du tireur. Même à supposer que son client ait été le passager du scooter, estime-t-il, encore faudrait-il démontrer une intention de tuer. A-t-il ciblé délibérément les policiers ou cherchait-il à protéger sa fuite ? « Je suis convaincu que le passager du scooter n’a pas voulu tuer, ni même viser les policiers. Je l’affirme parce que ce n’était pas la préoccupation de ceux qui voulaient déloger les trafiquants.» Jérôme Stéphan propose alors une autre lecture de la scène. Il s’appuie pour cela sur les déclarations de témoins venus à la barre. « Le passager-tireur aurait repéré un autre individu se dirigeant vers une tour de Maurepas et aurait tiré en direction de cet homme. »

La défense revient ensuite au cœur de la question de la culpabilité : qui se trouvait sur le scooter ?  « La vérité, c’est que mon client n’est pas identifié comme le tireur. Et surtout certains éléments présentés comme des indices ne peuvent, selon moi, en être véritablement. » Durant quelques minutes, Jérôme Stéphan s’attarde sur les écoutes téléphoniques – des « raccourcis hasardeux »- et sur les propos contradictoires de « la balance ». Il met surtout en garde contre un raisonnement consistant à transformer le silence des accusés en élément à charge. « S’ils ne parlent pas, ce serait qu’ils cachent quelque chose ; et s’ils cachent quelque chose, ce serait nécessairement en rapport avec la fusillade.»

La défense critique au passage la sélection de certains passages d’écoutes et d’enregistrement. Une conversation avec un codétenu aurait été ainsi réduite à «dix secondes», sans prendre en compte que cet échange était avant tout une chanson de rap ! Pour l’avocat, tous ces éléments doivent conduire la cour et les jurés à revenir à la question posée au début de sa plaidoirie : sur quoi peut se construire l’implication d’un homme ? Et de s’interroger publiquement. « Après trente années d’exercice, je me demande encore comment se forge une intime conviction juste et équitable lorsqu’elle se nourrit de simples apparences. » Le verdict est attendu ce vendredi soir.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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