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lundi 7 septembre 2026
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Rennes, on n’avait jamais vu autant de plantes invasives dans la Vilaine

Impossible de les manquer dans la capitale bretonne. Cet été, les plantes invasives ont pris leurs aises dans la Vilaine. Jussie et élodée forment par endroits d’immenses tapis verts et jaunes. Tous les supporters du Stade Rennais qui ont longé le fleuve lors du dernier match au Roazhon Park ont même pu constater le phénomène. Pour l’association La Nature en Ville, présidée par Pascal Branchu, cette situation traduit un manque d’anticipation des collectivités. Mais des opérations sont engagées pour tenter de contenir la prolifération.

Les photos prises ces derniers jours parlent d’elles-mêmes. Elles témoignant de l’invasion ! À certains endroits, les berges disparaissent presque sous la végétation. Autour des péniches, dans les bras plus cachés de la Vilaine ou en direction de la Prévalaye, des masses vertes et jaunes occupent désormais des surfaces considérables. Les propriétaires de bateaux avaient déjà tiré la sonnette d’alarme au début du mois d’août, certains assurant n’avoir « jamais vu ça » dans le journal du Télégramme.

Parmi les espèces en cause figure notamment l’élodée dense (Egeria densa), mais aussi la jussie, reconnaissable à ses petites fleurs jaunes. Leur présence dans le bassin de la Vilaine n’est pas nouvelle. Un diagnostic environnemental de Rennes Métropole signalait déjà leur capacité à proliférer rapidement et à concurrencer la flore locale. La jussie peut former un véritable ruban végétal sur les berges, au détriment des autres espèces et de la vie aquatique.

La Nature en Ville met en cause l’entretien de la Vilaine

Le phénomène prend toutefois cette année une ampleur particulièrement spectaculaire à Rennes. Et il n’est pas sans conséquence : navigation compliquée, accès aux péniches difficile, modification des milieux aquatiques et concurrence avec les espèces indigènes. L’association Eaux & Vilaine classe d’ailleurs les espèces exotiques envahissantes parmi les menaces importantes pour la biodiversité du bassin.

Pour Pascal Branchu, président de l’association La Nature en Ville, cette prolifération est aussi le résultat d’un manque d’anticipation des pouvoirs publics. Dans un communiqué particulièrement sévère, il rappelle avoir adressé, le 17 février dernier, une lettre ouverte aux membres du conseil municipal et du conseil métropolitain. « Depuis, aucune réponse », déplore-t-il.

L’association établit notamment un lien entre l’accumulation des sédiments et l’essor des végétaux aquatiques sur les zones peu profondes. Selon elle, l’absence de curage suffisamment important de la Vilaine et du canal d’Ille-et-Rance aurait créé des secteurs favorables à leur implantation. « La Ville et la Métropole devraient davantage intervenir, même lorsque la gestion du domaine fluvial relève d’autres collectivités», aime-t-il à répéter.

La Nature en Ville va plus loin et accuse les responsables locaux de manquer de volonté politique. Elle appelle les élus à être « plus francs du collier » et à agir davantage sur l’entretien des cours d’eau. Ces accusations doivent toutefois être à nuancer selon certains scientifiques : le lien direct avancé par l’association entre l’absence de curage et l’ampleur exceptionnelle de la prolifération observée cet été demanderait notamment une expertise scientifique spécifique.

Une nouvelle espèce découverte en 2026

L’inquiétude ne concerne d’ailleurs plus seulement la jussie et l’élodée. Le 17 février 2026, la DREAL Bretagne et le Conservatoire botanique national de Brest ont annoncé la découverte du myriophylle hétérophylle (Myriophyllum heterophyllum) entre Bruz et Guichen. Originaire d’Amérique du Nord, cette espèce était observée pour la première fois dans le bassin de la Vilaine. Elle est classée parmi les espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union européenne.

Sa capacité à former des tapis particulièrement denses inquiète les spécialistes. En se développant, elle peut réduire la lumière et l’oxygénation disponibles pour les espèces indigènes et perturber les usages du cours d’eau. Cette découverte confirme surtout que la lutte contre les invasives ne se limite plus à une seule plante.

Que font la Ville et Rennes Métropole ?

Les collectivités n’ont cependant pas totalement abandonné le terrain. En avril 2026, Rennes Métropole a lancé un marché public spécifiquement consacré au « faucardage et au traitement d’Egeria densa ou autres plantes aquatiques envahissantes ». Il associe Rennes Métropole, la Ville de Rennes et Cesson-Sévigné. Un premier lot porte sur le faucardage et le transport des végétaux, un second sur leur chargement, leur transport et leur valorisation.

Le faucardage consiste à couper et retirer mécaniquement la végétation aquatique. Mais la technique a ses limites : elle ne signifie pas l’éradication de la plante et doit être menée avec précaution, car certains végétaux peuvent se reproduire à partir de fragments dispersés dans l’eau. Une seconde passe de faucardage a d’ailleurs été programmée cet été sur la Vilaine face à la prolifération constatée.

D’autres techniques existent suivant les espèces et les secteurs : arrachage mécanique ou manuel, récupération minutieuse des fragments, exportation des végétaux puis compostage ou méthanisation. Dans le cadre des travaux d’aménagement de la Vilaine, les prescriptions administratives prévoient ainsi un arrachage de la jussie avant certaines interventions et la possibilité d’installer des filets pour empêcher sa dispersion.

Rennes Métropole connaîtrait d’ailleurs parfaitement le problème. Son guide consacré à la végétalisation répertorie de nombreuses espèces invasives présentes en Bretagne, dont l’élodée dense, plusieurs jussies, l’azolla de Caroline ou encore le myriophylle aquatique. Reste une évidence en cette fin d’été 2026 : rarement la prolifération aura été aussi visible à Rennes. Sur plusieurs centaines de mètres, la Vilaine donne parfois l’impression de se transformer en prairie flottante. De quoi relancer le débat sur la fréquence des interventions, les moyens consacrés au faucardage et, plus largement, sur la stratégie à adopter pour contenir des plantes que personne ne semble désormais imaginer pouvoir faire disparaître totalement.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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