The Land voulait former les « leaders du réel ». Le campus nouait une alliance internationale entre Rennes, Bruxelles et Abu Dhabi et vantait encore récemment « la vision », « l’envie » et la « congruence ». Le retour au réel est autrement plus brutal pour The Land School of Management. L’établissement rennais a cessé son activité le 1er septembre. Des étudiants se retrouvent sans école et des salariés sur le carreau. Derrière les grandes ambitions affichées, les difficultés s’accumulaient pourtant depuis longtemps.
À The Land, on a toujours aimé les concepts. En mars 2024, Rennes Infos Autrement s’était déjà étonné de la présentation de cette institution singulière dirigée par Jean-Marc Esnault. The Land se définissait alors comme « un espace de formation, de réflexion, de culture, d’innovation sociale comme entrepreneuriale au service du développement des territoires ». Son « écosystème » était composé d’une trentaine d’entités articulées autour de cinq pôles. Nous avions osé un mot : « novlangue ».
Deux ans plus tard, le vocabulaire n’avait guère changé. The Land School of Management voulait développer « l’esprit du leader de demain » et « le goût du challenge ». À l’occasion du lancement de son alliance internationale Rennes-Bruxelles-Abu Dhabi, l’établissement relayait encore des réflexions sur le leadership, « la vision », « l’envie » et la « congruence ». Des valeurs censées permettre de former des professionnels « ouverts sur le monde, capables d’innover, de s’adapter et d’agir avec discernement. »
Depuis quelques jours, le vocabulaire est nettement plus terre à terre. Faute d’un nombre suffisant d’inscrits, le conseil d’administration a décidé, le 31 août, la cessation d’activité de The Land School of Management. Les étudiants ont été informés par mail. À quelques jours de la rentrée, certains se retrouvent sans établissement de référence. Bâtiments fermés, téléphone qui ne répond plus : sur le campus rennais, l’ambiance ressemble désormais davantage à un no man’s land.
De 400 étudiants à une centaine d’alternants
En quelques années, la chute des effectifs est spectaculaire. À sa création, le campus d’enseignement supérieur accueillait environ 400 étudiants à Rennes, répartis dans trois écoles. Trois ans plus tard, il ne comptait plus qu’une centaine d’alternants sur le site rennais, malgré la création de douze formations, dont certaines auraient compté à peine quelques inscrits.
Mais comment en est-on arrivé là ? Dans la presse locale, notamment Ouest-France et France 3, d’anciens salariés mettent en cause la stratégie suivie ces dernières années. Ils évoquent notamment le choix d’un recrutement passant par une plateforme numérique et la disparition progressive du travail de terrain auprès des étudiants et des entreprises.
Les chiffres concernant le personnel sont tout aussi impressionnants. Pour une vingtaine de postes au sein de l’école de management, environ 70 départs auraient été enregistrés en trois ans. Sur le plan financier, un déficit de 1,2 million d’euros est annoncé lors du CSE d’août 2025. La baisse des effectifs, mais également la construction de trois nouveaux bâtiments, dont une résidence étudiante, auraient contribué à le creuser.
Des tensions qui ne datent pas d’hier
Bien avant cette cessation d’activité, The Land avait déjà traversé de fortes turbulences. En mars 2024, Rennes Infos Autrement avait ainsi relaté la grève des personnels des lycées agricoles Saint-Exupéry. Les enseignants dénonçaient alors des « dysfonctionnements », un manque d’écoute de Jean-Marc Esnault et réclamaient notamment que leurs établissements soient séparés de The Land. Ils ont depuis quitté le giron du pôle d’enseignement supérieur et ne sont donc pas concernés par la cessation d’activité actuelle.
L’épisode restait néanmoins révélateur d’un malaise déjà ancien autour de la gouvernance de cet ensemble. À l’époque, les salariés demandaient même ouvertement le départ de Jean-Marc Esnault. Mais pour les étudiants de The Land School of Management, ces querelles appartiennent aujourd’hui presque au passé. Leur problème est beaucoup plus immédiat : que vont-ils devenir ? Certains se retrouvent sans solution de repli. Plusieurs témoignages recueillis font état de formations qui n’auraient pas été dispensées comme prévu, de changements répétés de direction et d’un manque d’informations.
Cet échec doit aussi interroger sur le foisonnement de toutes ces écoles privées.
Depuis quelques jours, des discussions seraient engagées avec plusieurs écoles et établissements d’enseignement supérieur du bassin rennais afin d’accueillir les étudiants. Des échanges collectifs et individuels sont également annoncés. Signe du climat actuel, les quelque huit salariés encore présents travailleraient à distance, notamment pour éviter de se retrouver directement confrontés aux mécontents.
Jean-Marc Esnault, dont le management était contesté depuis plusieurs années, n’a pas répondu aux sollicitations des médias ces derniers jours. Ancien étudiant en communication recruté en emploi jeune, il avait gravi les échelons jusqu’à devenir directeur du lycée agricole avant de créer The Land. L’histoire retiendra peut-être surtout le contraste. Il y a quelques mois encore, The Land School of Management parlait d’ouverture sur le monde, de leadership et de capacité à « s’adapter » et à « agir avec discernement ». Aujourd’hui, ce sont ses étudiants qui doivent appliquer la leçon en urgence : s’adapter et trouver une nouvelle école en pleine rentrée.
Mais cette histoire doit aussi interroger au-delà de The Land. Pendant des années, l’établissement a bénéficié d’une importante visibilité locale. Institutions, partenaires et médias ont volontiers relayé ses initiatives, ses nouvelles formations, ses événements et ses ambitions, notamment environnementales. Peut-être beaucoup ont-ils été séduits à tort par cette communication foisonnante sans suffisamment regarder derrière les concepts et les annonces parfois fumeuses. À l’heure où le campus est devenu un no man’s land, la question mérite au moins d’être posée. Les grands mots provoquent bien des maux…


