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vendredi 4 septembre 2026
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Fabrice Lerestif : « Il faut remettre la vie à l’endroit »

À quelques semaines de quitter ses fonctions de secrétaire départemental de Force ouvrière en Ille-et-Vilaine, Fabrice Lerestif n’a rien perdu de son mordant. Pour sa dernière rentrée à la tête de FO 35, il s’inquiète de « l’atonie » du mouvement social et interpelle les confédérations syndicales, y compris la sienne. Pouvoir d’achat, services publics, environnement, extrême droite, présidentielle : il appelle les salariés à « prendre leur destin en main ». Entretien.

Comment abordez-vous cette rentrée sociale ?

Si je devais lui donner un titre, ce serait celui de mon dernier édito : « remettre la vie à l’endroit ». Je trouve qu’on va vers un monde à l’envers, où les priorités ne sont plus vraiment les bonnes. Si la priorité, c’est de faire du profit, de servir les profits des actionnaires, ce n’est pas cela qui va donner une perspective à la jeunesse.

Pour moi, la question Des incendies, pour moi, c’est aussi celle des priorités que l’on se donne. Bien sûr, il y a la question des moyens pour les pompiers. Mais il faut aussi s’interroger sur ce qui nous amène au réchauffement climatique. Quelle est cette société mortifère où l’on sait qu’on va dans le mur et où l’on nous explique qu’il faudra simplement être résilients, s’adapter à l’insupportable ? Cela devrait être un électrochoc.

Pourtant, vous ne sentez pas une grande effervescence sociale en cette rentrée ?

Il faut bien le constater : je ne vais pas dire que c’est l’effervescence partout. Cela semble plutôt en attente. Mais le message fort que je veux faire passer, c’est que nous ne voulons pas être les subsidiaires de la campagne présidentielle. On va nous expliquer que ce qui pourrait nous sauver, c’est une sauveuse, un sauveur, un grand gourou qui sortirait des urnes. Ce n’est vraiment pas ma conception du syndicalisme.

C’est aux salariés, aux travailleurs, à la jeunesse, à tout le monde d’avoir une intelligence collective et de se dire : si on s’en sort, ce sera ensemble. Il faut réinventer des choses, de nouveaux modèles sociaux. Nous, nous voulons véritablement réinventer des « jours heureux ».

Vous êtes également sévère avec les confédérations syndicales…

Ce qui me fait un peu peur, c’est cette atonie, y compris des confédérations syndicales. Qu’est-ce qui est prévu au niveau interprofessionnel à la rentrée ? Je le dis aussi à ma propre confédération.

J’ai rencontré le secrétaire général de Force ouvrière à Paris. On a discuté et cela a été assez rude. Parce que c’est quand même incroyable : rien n’est prévu. Rien. Strictement rien. Donc tout va bien…

Les syndicats travaillent dans les entreprises, je le vois bien. C’est un gros boulot et je ne m’en prends absolument pas aux syndicalistes. Mais comment donne-t-on une unité à tout cela ? Est-ce que le public va agir de son côté, le privé du sien ? Les retraités, sur lesquels on tape de manière éhontée, feront ce qu’ils pourront ? Les jeunes se débrouilleront ? Et on continuera à taper sur les chômeurs ?

Sur les perspectives générales, c’est aux confédérations de prendre leurs responsabilités. Et elles ne les prennent pas. Elles laissent la place aux politiques.

Vous craignez justement que la présidentielle prenne toute la place ?

Oui. On verra la campagne présidentielle, les manœuvres, les candidatures, les ego… Ce n’est pas là que peut naître un espoir. La question, c’est de savoir si les gens prennent leur destin en main ou s’ils délèguent, une fois de plus, un chèque en blanc.

Je le rappelle souvent : les congés payés, ce n’est pas le Front populaire qui les a donnés. Il n’a fait qu’entériner le résultat d’une bagarre, d’une grève massive des salariés, des travailleuses et des travailleurs dans les usines et les commerces. C’était une gigantesque conquête sociale que l’on disait impossible, utopique.

Les utopies d’hier peuvent devenir la réalité si on prend notre destin en main. Mettre un petit bulletin dans l’urne en se disant que quelqu’un va nous sauver, cela ne s’est jamais passé comme ça.

Dans ce contexte politique, quelle est votre position sur l’extrême droite ?

Nous essaierons d’impulser, de manière intersyndicale, une grande initiative contre l’extrême droite et contre les idées d’extrême droite. On sait historiquement où elles nous ont amenés.

Pour les syndicats, ce serait extrêmement grave. Ce serait la fin des syndicats, la fin de la grève. On voit déjà, dans des communes où ils sont arrivés au pouvoir, ce que vivent les syndicalistes et les salariés. Ils s’attaqueront aux syndicats, c’est clair.

Mais pour que ces idées soient véritablement renvoyées aux poubelles de l’Histoire, il faut surtout redonner une perspective aux salariés et aux travailleurs. Ce n’est pas un bulletin de vote qui suffira. Nous ne militons pas pour tel ou tel candidat. Ce n’est pas notre problème.

Quels sont alors vos grands combats sociaux pour cette rentrée ?

D’abord, l’inflation. Il y a le prix des carburants, bien sûr, mais plus largement les prix qui vont s’envoler. Le pouvoir d’achat et donc l’augmentation des salaires sont extrêmement importants.

Le deuxième axe, ce sont les services publics. Je suis passé quasiment dans tous les hôpitaux du département. On voit des choses invraisemblables. On met des couvertures de survie parce qu’on n’a plus de stores qui fonctionnent. Il n’y a plus de moyens. On mise sur la conscience professionnelle et le dévouement des personnels.

C’est la même chose dans l’Éducation nationale. Il n’y a pas les moyens non plus. Pourtant, l’école est justement un moyen de donner du sens, une perspective. Il faut des moyens pour les services publics, mais aussi pour préserver l’environnement et pour les pompiers.

Mais avec la dette et l’état des finances publiques, où trouvez-vous l’argent ?

Arrêtez avec cette question de la dette ! On est capable, dans le budget de la France, de donner 211 milliards chaque année aux entreprises, sous forme d’exonérations et d’aides, sans contrepartie.

Nous ne sommes pas contre les aides publiques aux entreprises, à partir du moment où elles servent l’emploi ou des objectifs environnementaux, justement pour éviter d’aller dans le mur. Mais il y a plein d’exemples où ces aides ne sont pas conditionnées à cela.

Et quand on est capable de prévoir un budget d’armement de plus en plus considérable, il faut aussi faire des choix. Ce sont des budgets pour la mort. Nous, nous voulons des budgets pour la vie. Si on doit choisir entre les Rafale et l’hôpital, on choisit l’hôpital.

Quelles seront les prochaines échéances à Rennes ?

Il y aura la journée fonction publique du 29 septembre. Nous organiserons auparavant un meeting à Rennes, le 22 septembre, pour préparer tout cela et défendre les services publics. Il aura lieu dans les locaux de Rennes Métropole, avec un ou deux responsables nationaux.

Mais quand je parle des services publics, je ne m’adresse pas simplement aux agents de la fonction publique. La question de l’hôpital ne concerne pas uniquement ceux qui y travaillent. Elle concerne tous ceux qui peuvent en avoir besoin, c’est-à-dire vous, moi, tout le monde.

Pour l’école, c’est pareil. Si on veut une école à la hauteur, une école qui donne l’instruction et la capacité d’avoir une pensée libre, il faut s’en donner les moyens. Ce sont de grands enjeux de société.

Cette rentrée est enfin particulière pour vous. Vous allez bientôt passer la main…

Je suis dans la préparation du congrès. Je sais que les copains me préparent plein de surprises, parce que je vois bien que, de temps en temps, il y a des conciliabules ! Mais je n’ai pas d’inquiétude. Il y aura beaucoup de monde et ce sera surtout super sympa.

Pour l’instant, je suis totalement dans ma rentrée. Je ne suis pas retraité. Et je ne le serai d’ailleurs pas totalement après non plus. Je resterai militant, mais à ma place, on va dire.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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