Série d’été : où sont nos statues ?
Tout au long du mois d’août, découvrons les oeuvres d’arts rennaises… que l’on croise parfois sans y prêter attention. Aujourd’hui, zoom sur les Baigneuses, place de Bretagne.
Installée en 2000 sur la place de Bretagne, en plein cœur de Rennes, Des baigneuses pas très académiques est une œuvre de l’artiste français Gérard Collin-Thiébaut. Composée de quatre sculptures placées au centre des fontaines de la place, elle détourne avec audace les codes de la sculpture classique.
Les figures représentent des baigneuses inspirées de deux œuvres du XVIIIe siècle de Christophe-Gabriel Allegrain : Diane surprise au bain et Vénus au bain. Reproduites en double, ces silhouettes féminines sont ici réinterprétées dans un matériau contemporain. D’abord réalisées en résine, puis refondues en bronze après des dégradations, elles se distinguent surtout par leurs couleurs vives (jaune, bleu, vert) issues de peintures automobiles. Chaque sculpture, d’environ 300 kg, repose sur un socle au cœur des bassins, créant un contraste saisissant entre héritage classique et esthétique industrielle.
Entre patrimoine et modernité
Ce choix de matériaux et de couleurs n’est pas anodin. À l’origine installées sur un espace alors occupé par un parking, les baigneuses empruntent directement leur palette au monde automobile. L’artiste joue ainsi sur le décalage : figures académiques, mais traitement résolument contemporain. Une manière d’interroger notre rapport au patrimoine et à sa transformation dans l’espace urbain.
L’histoire de l’œuvre est elle aussi mouvementée. Vandalisées, restaurées, démontées lors du réaménagement de la place en 2012, puis réinstallées en 2013, les sculptures continuent d’évoluer avec la ville. En 2024 encore, elles ont été temporairement retirées pour restauration, avant de retrouver leur éclat après nettoyage et nouvelle mise en peinture.
Né en 1946, Gérard Collin-Thiébaut est une figure singulière de l’art contemporain français. Son travail explore la mémoire des formes, les citations et les détournements d’œuvres existantes. Avec ces baigneuses, il inscrit à Rennes une œuvre à la fois familière et déroutante, qui invite à regarder autrement les héritages du passé.


