Les facteurs en ont assez. En juillet, ils avaient alerté sur le fait que La Poste leur demandait de prioriser certains envois, au détriment d’autres. À la fin de l’été, leur syndicat Sud PTT 35 bouillonne toujours.
Dans un message adressé aux facteurs en juin dernier, la direction de La Poste leur demande de faire des choix. La cause ? Une « charge de travail quotidienne impactée par des variations de flux ». Pour faire face à ce surcroît d’activité, une drôle de recommandation est alors faite, dans la revue interne des postiers : prioriser certains types de courrier, infographie à l’appui. Le procédé pourrait paraître logique, mais c’est l’ordre des priorités qui interroge.
Ainsi, les facteurs sont invités à livrer les colis en premier. En deuxième vient la publicité adressée (IP), puis les objets recommandés. N’arrivent qu’en quatrième position les lettres « imports » (les lettres envoyées hors de France) puis seulement en cinquième et sixième positions les courriers aux timbres rouge et vert. La presse quotidienne (qui si elle n’arrive pas le jour J ne sert plus à grand-chose) arrive en septième position dans l’ordre de distribution du courrier. Tout le reste est en queue de peloton. « Ainsi, la pub adressée est prioritaire sur les lettres recommandées ! Les imprimés publicitaires passent avant la distribution de journaux de la presse quotidienne ! Et les colis, qui ne font pas partie des missions de service public, passent avant le service universel postal », s’étouffe Olivier Gacon, secrétaire départemental SUD PTT pour l’Ille-et-Vilaine.
La Pub prioritaire par rapport au courrier ?
Le vrai problème : un manque de personnel ?
Ce « top 10 » des courriers à distribuer a été publié dans Ille Émeraude, le journal interne des facteurs d’Ille-et-Vilaine. S’il est signé Lucas Pétronin, le directeur local, le syndicat refuse de croire à une initiative locale. « La Poste affirme ne pas cautionner ? Son silence assourdissant et son absence totale de réactivité pour retirer et faire cesser immédiatement ces directives prouvent le contraire » dénonce Sud PTT.
Il est évident que ce flux en augmentation nécessite des mesures. Mais ce ne sont pas celles-ci qu’attendent nos facteurs. « Nous avons constaté nombre de tournées restées vacantes en pleine période estivale donc touristique… Par manque d’embauches », dénoncent les syndicalistes. Et d’ajouter : « Si les moyens et les effectifs étaient suffisants pour assurer l’intégralité du service postal, ces procédés n’existeraient pas. Prioriser, c’est choisir sciemment d’abandonner une partie du courrier et de léser les usagers ainsi que la presse quotidienne au profit de plis publicitaires ou autres prestations marchandes. »
Dans un communiqué du 24 août 2026, le syndicat brétillien demande la création de nouvelles tournées « pour garantir la distribution quotidienne de tout le courrier, de toute la presse, de tous les colis », mais aussi de remplacer les contrats précaires « par des embauches en CDI ». Sud PTT réclame également le respect strict du cadre légal des quatre missions de service public de La Poste et une augmentation de 400 euros nets pour tous les postiers et postières.


