Derrière la vitre du box, trois visages encore juvéniles. Ihab Choukri Sebay, Yahia Cissé et Souareba Cissé n’ont que 19 ou 20 ans. Mais leur apparence est trompeuse. Ce mardi 28 juillet, ils répondent devant le tribunal correctionnel de Rennes de leur participation à un trafic d’héroïne implanté rue d’Uppsala, dans le quartier du Blosne, là où, il y a peu, une fusillade a fait la une des journaux.
Une petite entreprise bien huilée, ouverte sept jours sur sept, sur fond de menaces et de violences.
Les faits s’étendent du 1er septembre 2025 au 17 mars 2026, date de l’interpellation des trois jeunes hommes par la police rennaise. Dans ce réseau, chacun aurait tenu sa place. Ihab Choukri Sebay est présenté comme le gérant du point de deal. Yahia Cissé aurait été son bras droit. Souareba Cissé, lui, aurait occupé un rôle de vendeur.
En règle générale, leur drogue était notamment stockée dans l’appartement de M. R, leur « nourrice ». Mais à la barre, cet homme parait encore apeuré. Il raconte avoir été menacé et frappé, notamment avec une matraque télescopique. Au point de lui donner envie de fuir son propre logement. Une version contestée par le trio. « On était posés chez lui, tranquillement », assurent-ils.
Rue d’Uppsala, leur point de vente ne connaissait guère de répit. Il fonctionnait de 11 h à près de 1 h du matin et accueillait environ 200 clients par jour pour des recettes oscillant entre 1 500 et 1 900 euros quotidiennement. Pour Anaïs Morin, représentante du parquet, le trafic avait tout d’« une entreprise très organisée, ouverte sept jours sur sept ».
Particulièrement violents, les trafiquants ne supportaient pas la moindre incartades. Leurs rappels à l’ordre ne passaient pas jamais par des avertissements écrits. Le trio serait allé jusqu’à exercer « des pressions et des violences à l’encontre des mauvais payeurs ou des mauvais éléments ». Plusieurs policiers ont d’ailleurs décrit de jeunes vendeurs « terrorisés », craignant les représailles et cherchant parfois auprès des forces de l’ordre une porte de sortie. « C’était une véritable mafia », résume un témoin.
Face aux juges, les certitudes du réseau ont laissé place aux regrets. Ihab Choukri Sebay, considéré comme le gérant, a tenté de convaincre le tribunal qu’il a changé du tout au tout. « Je regrette ce que j’ai fait. J’avais 20 ans. La prison m’a mis un choc. » Yahia Cissé a livré lui une explication plus désabusée. « Je ne faisais rien de ma vie. On m’a proposé, j’ai accepté. Je gagnais 150 euros par jour. » Enfin, Souareba Cissé a affirmé n’avoir joué qu’un rôle minime. Il a reconnu seulement avoir vendu quelques grammes de cocaïne pour gagner un peu d’argent.
Tous les trois avaient déjà rencontré la justice, avant ou après leur majorité. Le parquet a réclamé six ans de prison contre Ihab Choukri Sebay, quatre ans contre Yahia Cissé et deux ans contre Souareba Cissé. De l’autre côté de la barre, Me Pierre Leguillon, avocat de Souareba Cissé, a tenté de tenir son client éloigné du cœur de l’organisation. « Il n’est pas logisticien dans cette affaire, n’a aucun contact avec la nourrice et n’a commis aucun fait de violence. » Le jeune homme a été condamné à deux ans de prison, dont un an ferme et un an avec sursis probatoire pendant deux ans.
Sans avocat, Yahia Cissé a demandé « une peine pas trop dure ». « Je veux me réinsérer quand je sortirai de prison», a-t-il ajouté. Il écope de quatre ans d’emprisonnement et d’une interdiction de séjour à Rennes pendant trois ans. Avocate d’Ihab Choukri Sebay, Me Pauline Kerloegan, a pointé les trous laissés par les investigations. « On n’a qu’une petite partie du réseau dans le box des prévenus. L’ampleur du réseau les dépasse largement. » Une interprétation contestée par la présidente de l’audience, Eve Rapilly. « M. Choukri Sebay était tout de même gérant d’un point de deal. » Le jeune homme est condamné à cinq ans de prison ferme. Pendant trois ans, il lui sera également interdit de séjourner à Rennes.


