Près de dix-huit mois après le meurtre de Mickaël X dans le quartier du cimetière de l’Est, à Rennes, le principal suspect demeure en détention provisoire. Vendredi 3 juillet, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes a rejeté sa demande de remise en liberté. Mis en examen pour meurtre, cet homme de 55 ans reste incarcéré pendant la poursuite de l’information judiciaire.
L’affaire remonte au 11 janvier 2025 (voir notre article). Vers 14 heures, un riverain alerte la police. Les deux chiens de son voisin errent dans la rue. Immédiatement, les policiers se rendent rue Alexandre-Ribot où la porte de la maison du riverain est ouverte en grand. En pénétrant dans le logement décrit comme insalubre, ils découvrent l’horreur. Mickaël X est allongé sur le dos, « dans une mare de sang », les yeux et la bouche « grand ouverts ». Prévenus, les secours ne peuvent que constater son décès.
L’autopsie révèle une profonde plaie de 18 centimètres sur 6 au niveau de la carotide, blessure à l’origine de sa mort.
Âgé de 45 ans, la victime est connue dans le quartier pour ses problèmes d’alcool et de stupéfiants. Elle vivait dans une grande précarité et faisait régulièrement la manche devant un bureau de tabac. Rapidement, les enquêteurs reconstituent rapidement les derniers déplacements de la victime grâce aux images de vidéosurveillance de la ligne 11 du réseau STAR.
Sur la vidéo, l’on voit la victime montant dans un bus à l’arrêt République dans la soirée du 9 janvier 2025. À l’arrêt suivant, un homme d’une quarantaine ou d’une cinquantaine d’années monte à son tour, lui fait la bise et s’assoit près de lui. Les deux hommes semblent se connaître, mais la conversation devient progressivement plus tendue. Avant de descendre, le second homme pointe ostensiblement du doigt la victime. Les policiers l’identifient rapidement comme étant le quinquagénaire aujourd’hui mis en examen.
Plus tard, le 20 janvier 2025, un nouvel élément apparaît dans l’enquête. L’ancienne compagne de Mickaël X rapporte aux policiers les propos d’un ami du principal suspect. Selon ce témoignage indirect, le prévenu lui aurait affirmé avoir tué « Micka » parce que ce dernier avait refusé de l’héberger. Il se serait également vanté de l’avoir « découpé » puis d’avoir « bouffé un bout » de son corps, tout en exhibant deux couteaux. Ces déclarations sont toutefois formellement contestées par le mis en examen. Mais circonstances aggravantes, les analyses scientifiques mettent en évidence la présence de son ADN sur le sweat-shirt porté par la victime, lors de leur trajet commun en bus.
Devant la chambre de l’instruction, le quinquagénaire reconnaît avoir fréquenté Mickaël X et se reconnaît sur les images de vidéosurveillance. En revanche, il affirme ne jamais s’être rendu chez lui le soir des faits et nie toute implication dans son meurtre. A l’audience, largement consacrée à sa personnalité et à son état de santé mentale, deux experts psychiatres concluent à une psychose schizophrénique évolutive, associée à un délire persécutif. «Le prévenu présente une dangerosité psychiatrique et criminologique manifeste, aggravée par un état d’ébriété aigu», indiquent en substance les deux spécialistes.
Selon ses proches, le suspect présenterait « deux personnalités » : calme et agréable lorsqu’il suit son traitement, mais violent et harcelant sous l’effet de l’alcool ou des stupéfiants. Cette maladie l’a conduit notamment à interrompre sa formation hôtelière et il n’a, depuis, que très peu travaillé. Son avocate, Me Valérie Castel-Pagès, appelle cependant les magistrats à ne pas confondre maladie psychiatrique et passage à l’acte criminel. « Ce n’est pas parce qu’on souffre de troubles psychiques qu’on commet des crimes ou des délits », plaide-t-elle. Elle juge au passage « un peu excessif » de présenter son client comme dangereux. « Si son casier judiciaire comporte deux condamnations pour violences conjugales et dégradations, celles-ci sont anciennes et réhabilitées de plein droit», rappelle-t-elle.
Pour la défense, son client présente aujourd’hui de réelles garanties de représentation. Il suit en détention un traitement par injection retard destiné à stabiliser son état de santé, reste en lien quotidien avec sa mère et sa tutrice et dispose toujours du logement qu’il occupait avant son incarcération. « Si, à l’époque, il passait souvent la nuit sur un banc du parc Oberthür, ce n’était pas parce qu’il était sans domicile», explique encore Me Castel-Pagès, mais parce que « cela le rassure d’être à l’extérieur ». Dans ces conditions, un placement sous contrôle judiciaire lui paraît « parfaitement adapté ».
« Si je suis remis en liberté, je respecterai les demandes au pied de la lettre. » Le prévenu.
Le ministère public demande au contraire le maintien en détention. « La situation du quinquagénaire demeure incertaine et problématique » et « ne peut pas être prise à la légère par l’institution judiciaire », estime l’avocate générale, Sophie Mercier. Dans une formule qui résume sa position, elle lance : « On ne va pas courir après lui dans l’ensemble des parcs de la ville. » Les magistrats suivent finalement ces réquisitions et confirment le maintien en détention provisoire du mis en examen. L’information judiciaire se poursuit désormais afin de déterminer les circonstances exactes de la mort de Mickaël X. À ce stade de la procédure, aucune date de procès devant une cour d’assises n’a encore été fixée. Avec l’agence PressPepper.


