Responsable de l’unité de pneumologie et du nouveau plateau d’oncologie pluridisciplinaire du CHU de Rennes, le Dr Hervé Léna revient sur l’ouverture de cette nouvelle structure. Il détaille les ambitions d’un projet qui doit simplifier le parcours des personnes atteintes d’un cancer.
Pourquoi avoir créé ce nouveau plateau d’oncologie ?
Dr Hervé Léna : « Nous avions déjà une activité historique de prise en charge des cancers du poumon au CHU, mais elle était éclatée sur plusieurs étages. Les patients n’avaient pas tous un accès identique aux soins de support (ou d’accompagnement), alors qu’on sait aujourd’hui qu’ils sont essentiels pour que les prises en charge se passent le mieux possible. Pour les cancers digestifs, il n’y avait pas non plus d’unité de traitement au sein du CHU. Les spécialistes se déplaçaient au Centre Eugène-Marquis pour assurer les soins de leurs patients. L’idée était donc de profiter des locaux libérés par le nouveau schéma directeur immobilier pour créer, au sein du CHU, un lieu unique où les patients atteints d’un cancer digestif ou thoracique soient pris en charge du diagnostic jusqu’au suivi après-cancer, avec tous les traitements et tous les soins de support. »
Qu’est-ce qui va changer concrètement pour les patients ?
« Les patients qui étaient sous traitement oral étaient vus uniquement en consultation. Les soins d’accompagnement étaient en revanche dispersés dans le temps et dans différents endroits. Désormais, sur une même demi-journée, ils pourront rencontrer tous les professionnels qui les accompagnent : psychologue, assistante sociale, infirmière de coordination, activité physique adaptée, pharmacien…
Pour les patients qui reçoivent un traitement injectable, nous avons là aussi mis en place une organisation qui permet d’anticiper les prescriptions afin que leur temps passé dans la zone de traitement soit le plus court possible. Cela concerne les différents traitements administrés par injection.
Prenons l’exemple de l’immunothérapie…
Elle a permis énormément de progrès ces dix dernières années. Mais la contrepartie, c’est que certains traitements peuvent durer jusqu’à deux ans. Les patients reviennent parfois toutes les trois ou quatre semaines. Ils ont aujourd’hui très envie que cela dure le moins longtemps possible, pour qu’on respecte la vie en dehors de l’hôpital, qui est la vie la plus importante. »
Vous avez même prévu un fauteuil pour les traitements rapides…
« Oui. Nous avons un fauteuil dédié aux administrations rapides. Certaines immunothérapies s’administrent aujourd’hui en quelques minutes seulement. L’objectif est que le patient arrive, reçoive son traitement et puisse repartir en une trentaine de minutes. Quand on se débrouille bien, c’est même moins. Cela participe aussi à préserver sa qualité de vie. »
Cette organisation simplifie-t-il le travail des soignants ?
« Oui. Tout est centralisé sur un seul lieu. Le patient ne se déplace plus d’un service à l’autre et nous n’avons plus à organiser des prises en charge compliquées pour faire intervenir les différents professionnels. Le plateau a été entièrement rénové. Nous le ressentons tous comme plus agréable et plus efficace. »
Certains pourraient y voir une concurrence avec le Centre Eugène-Marquis…
« Pas du tout. Le Centre Eugène-Marquis reste notre partenaire incontournable. Il demeure notre partenaire pour la radiothérapie, la médecine nucléaire, les essais thérapeutiques et de nombreuses innovations. Nous continuons à travailler ensemble. Avec l’augmentation du nombre de cancers, on n’a jamais trop de places pour prendre en charge les patients. »
Avez-vous mis en place une filière de diagnostic rapide ?
« C’est une excellente question, parce que c’est une de nos préoccupations. Lorsqu’un médecin détecte une anomalie suspecte, nous essayons d’organiser un premier contact dans la semaine, puis de réserver rapidement les examens nécessaires : IRM, PET-Scanner, biopsies, imagerie interventionnelle. Cette période d’incertitude est bien souvent extrêmement dure à vivre. « Ai-je ou n’ai-je pas un cancer ? Si j’en ai un, qu’est-ce qui va se passer ? Quel traitement va-t-on me proposer ? » Nous essayons vraiment de réduire au strict minimum cette période d’incertitude. C’est un élément essentiel de la qualité de vie des patients et c’est aussi ce qu’ils nous disent. »
Vous avez associé des patients à la conception du projet…
« C’est une première pour moi. Nous avons travaillé avec des patients partenaires, des personnes qui sont passées par la maladie. Nous pouvons imaginer qu’une organisation est positive, mais qu’en pensent les patients ? Leur regard est précieux. Ils nous éclairent sur ce qui est réellement attendu de nous et nous aident à construire une prise en charge plus humaine. »
En quoi les soins de support sont-ils devenus indispensables ?
Il y a la nutrition, mais aussi l’activité physique adaptée. On sait aujourd’hui, avec certitude, que maintenir une activité physique lorsqu’on est atteint d’un cancer digestif améliore le pronostic et augmente les chances de guérison. Il y a également toute la question du maintien dans l’emploi. Il y a vingt ou trente ans, cette question se posait peu parce que les traitements étaient moins efficaces. Aujourd’hui, certains patients vivent avec leur cancer comme avec une maladie chronique. Il faut les accompagner pour qu’ils puissent poursuivre leur activité professionnelle lorsque c’est possible. »
L’oncogériatrie (traitement du cancer pour les ainés) fait-elle aussi partie du projet ?
« Un tiers des cancers surviennent chez des personnes de plus de 70 ans. Mais il ne faut surtout pas considérer que parce qu’une personne est âgée, elle ne pourra pas bénéficier des mêmes traitements qu’une personne plus jeune. Il faut prendre en compte son état de santé dans sa globalité et mettre en place, si nécessaire, davantage de soins de support. »
Les progrès contre le cancer vous rendent-ils optimiste ?
« Aujourd’hui, on guérit des patients qu’on était incapables de guérir auparavant. Les thérapies ciblées et l’immunothérapie ont profondément changé les résultats. De nouvelles générations de traitements arrivent déjà, avec les anticorps bispécifiques ou les thérapies cellulaires de type CAR-T. Nous espérons qu’elles permettront de franchir un nouveau cap. Mais ce que permet ce plateau, c’est d’améliorer l’organisation des soins et de préserver la qualité de vie des patients, pour que même s’ils ont une maladie cancéreuse grave, ils puissent poursuivre leurs projets et continuer à vivre le mieux possible tout en recevant leurs traitements. »


