À quelques mètres du lycée Émile-Zola, là même où s’est tenu en 1899 le procès en révision de l’affaire Dreyfus, la ville de Rennes a inauguré ce vendredi 19 juin une nouvelle plaque de rue. Désormais, la rue du Capitaine-Alfred-Dreyfus porte officiellement la mention « Général Alfred Dreyfus », en application de la loi du 7 novembre 2025 qui a élevé à titre posthume l’officier au grade de général de brigade.
Autour de Nathalie Appéré, maire de Rennes, une vingtaine de descendants d’Alfred Dreyfus avaient fait le déplacement. Parmi eux, Charles Dreyfus, âgé de 99 ans, est le dernier petit-fils encore vivant du célèbre officier injustement condamné pour trahison en 1894 dans un contexte d’antisémitisme (voir l’article dans Le Monde).
Pour la maire de Rennes, cette inauguration revêt une portée particulière. « Il nous a semblé important aujourd’hui, après le vote de la loi du 7 novembre 2025, qui élève Alfred Dreyfus au rang de général de brigade, que nous puissions avoir cette réparation. Je crois que non seulement une injustice d’État, une machination, mais aussi une part de notre histoire et de votre histoire familiale trouve aujourd’hui réparation. »
La symbolique est forte et non sans raison. Rennes occupe une place singulière dans l’histoire de l’affaire Dreyfus. « Cette rue a une résonance particulière, y compris dans l’histoire intime d’Alfred Dreyfus autant que dans l’histoire de l’affaire Dreyfus, puisque nous sommes à quelques pas du lycée qui porte désormais le nom d’Émile Zola et c’est ici, en 1899, qu’a lieu le procès de Rennes, le procès en révision », a rappelé Nathalie Appéré.
À ses côtés se trouvait également Edmond Hervé, ancien maire de Rennes, qui avait participé à l’inauguration de cette même rue au début des années 1980. Pour la municipalité actuelle, cette nouvelle plaque vient ainsi compléter un long travail de mémoire autour de l’affaire Dreyfus, marqué notamment par l’ouverture, aux Champs Libres, d’une exposition permanente consacrée à cette page majeure de l’histoire française.
Avant le dévoilement de la plaque, la parole a été donnée à Théo, élève du lycée Émile-Zola, qui a participé cette année à une reconstitution du procès en appel organisée avec le barreau de Rennes. Son intervention a particulièrement retenu l’attention de l’assistance. « Grâce au barreau de Rennes et au lycée Émile-Zola, j’ai eu la chance de participer à une reconstitution du procès en appel d’Alfred Dreyfus que nous honorons ici. À cette occasion, j’ai pu en apprendre plus sur l’injustice dont il a été victime, sur ses acteurs et sur la cause humaine qu’elle a soulevée. »
Le lycéen a surtout insisté sur la nécessité de transmettre cette histoire aux nouvelles générations. « Nous sommes tous capables de résumer l’affaire Dreyfus (…) mais il est impossible de ressentir tout le poids, toute l’émotion, toute la douleur provoquée par des événements qui touchent une vie qui n’est pas la nôtre.» Par cette nouvelle plaque, Rennes poursuit donc son travail de mémoire autour de l’une des plus grandes erreurs judiciaires de l’histoire française.


