Au Centre hospitalier universitaire de Rennes, les violences et tensions auxquelles les soignants sont confrontées au quotidien ne sont plus un sujet marginal et banal. Depuis le début de l’année 2025, 36 plaintes ont déjà été déposées par des membres du personnel hospitalier, signe d’un climat parfois difficile dans certains services. C’est dans ce contexte que le préfet de Bretagne, la maire de Rennes et la directrice générale du CHU ont signé, ce vendredi 29 mai, un protocole santé-sécurité-justice dit « renforcé ». « Ce document amènera plus de sécurité pour les forces de l’ordre, les soignants et les patients », a indiqué le préfet de Bretagne, Franck Robine. « Il permettra de prolonger la coopération entre l’hôpital, les forces de l’ordre et la justice afin de mieux gérer les situations sensibles.»
Du concret pour la protection de tous
Concrètement, le protocole doit permettre aux personnels confrontés à des violences d’être mieux accompagnés au quotidien. En cas d’agression d’un soignant, les démarches pour porter plainte doivent être facilitées et les procédures de signalement rendues plus simples. Un accompagnement renforcé des victimes est notamment prévu dans les cas de violences sexistes et sexuelles (VSS). Plus précisément, ce texte précise les modalités d’intervention des forces de l’ordre aux abords du CHU, lors des missions du Service d’aide médicale urgente (SAMU) et des équipes du SMUR, parfois appelées dans des contextes tendus. Certaines prises en charge font même désormais l’objet d’un cadre plus clair, comme celles de patients placés sous bracelet électronique ou de personnes détenues nécessitant des soins.
A l’occasion de cette signature, cela a permis de rappeler combien les liens entre le CHU, la police, la gendarmerie et la justice sont devenus essentiels dans de nombreuses affaires. Directeur interdépartemental de la police nationale, Yannick Blouin a salué le travail des équipes hospitalières, évoquant une prise en charge « rapide et discrète » des policiers blessés lors d’interventions. Le professeur Renaud Bouvet a lui précisé le rôle des praticiens dans les procédures judiciaires. « Les constats médicaux facilitent le travail du service de médecine légale et pénitentiaire », a-t-il souligné. Pour le colonel Nicolas Benevent, commandant du groupement de gendarmerie départemental d’Ille-et-Vilaine, les échanges avec l’hôpital peuvent souvent devenir décisifs dans certains dossiers sensibles. « Le partage de ces informations revêt un intérêt capital dans le cas de disparitions inquiétantes », a-t-il expliqué.
Un espace de droit, de soins et d’humanité
Pour le CHU, l’enjeu dépasse la seule question de la sécurité. « Tout le monde se tient à nos côtés pour que l’hôpital reste ce qu’il doit être : un espace de droit, un espace de soins et surtout un espace d’humanité », a déclaré Virginie Valentin, directrice générale de l’établissement. Même volonté affichée du côté de la Ville de Rennes. « Elle permet à chacun d’être plus réactif et plus efficace dans ses missions, avec une coopération facilitée », a souligné la maire, Nathalie Appéré. « Il s’agit de garantir la protection de tous ceux qui y vivent, travaillent, soignent ou guérissent », a ajouté Virginie Valentin.
Au niveau national, les conventions santé-sécurité-justice, conclues en 2005 puis renforcées en 2010, organisent la coopération entre le ministère de l’Intérieur et celui de la Santé. À Rennes, cette collaboration a été formalisée dès 2018 à travers un premier protocole réunissant le CHU, les forces de l’ordre et le procureur de la République. En 2026, ce dispositif renforcé intègre désormais un quatrième partenaire : la mairie de Rennes. Si le protocole signé en 2018 a permis d’installer une culture du signalement et du dépôt de plainte, les violences et incivilités restent bien présentes. Environ 600 signalements ont été transmis à l’Observatoire national des violences en santé, contre 477 en 2024, preuve que les tensions persistent dans le quotidien hospitalier.


