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mercredi 20 mai 2026
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Stellantis-Dongfeng : ce que l’on sait du projet chinois à Rennes-La Janais

C’est un tournant qui pourrait rebattre les cartes pour Rennes-La Janais. Ce mercredi 20 mai, Stellantis et le groupe automobile chinois Dongfeng ont officialisé leur intention de créer une nouvelle coentreprise européenne consacrée aux véhicules à énergies nouvelles (NEV), autrement dit électriques et hybrides rechargeables. L’annonce, faite conjointement depuis Amsterdam et Wuhan, marque une nouvelle étape dans le partenariat historique entre les deux groupes, engagé depuis 34 ans en Chine.

Dans le cadre du projet, une nouvelle entité basée en Europe serait créée, détenue à 51 % par Stellantis et à 49 % par Dongfeng, avec Stellantis aux commandes. Cette structure serait chargée des activités de vente, distribution, production, achats et ingénierie des véhicules électriques de Dongfeng sur plusieurs marchés européens ciblés. Elle aurait notamment pour mission de développer en Europe la marque premium électrique Voyah, filiale haut de gamme de Dongfeng, en s’appuyant sur le réseau commercial et l’expertise après-vente de Stellantis.

Un modèle Voyah

Encore peu connue du grand public européen, Voyah constitue la vitrine premium de Dongfeng dans les véhicules à énergies nouvelles. Lancée en Chine en 2020, la marque commercialise plusieurs modèles électrifiés, dont le SUV Voyah Free, la berline Voyah Passion et le monospace haut de gamme Voyah Dream. Positionnés sur le segment premium, ces véhicules visent une clientèle comparable à celle de Tesla, BMW ou Mercedes, avec des motorisations électriques ou hybrides rechargeables, de fortes autonomies annoncées et un accent mis sur les technologies embarquées et la connectivité.

À ce stade toutefois, Stellantis ne précise pas quel modèle pourrait être produit à Rennes, ni même si le futur véhicule assemblé à La Janais appartiendra directement à la gamme Voyah. La direction du site évoque seulement un “véhicule à énergie nouvelle au sens large”, autrement dit électrique ou hybride rechargeable, destiné à l’Europe mais aussi à l’international. À Rennes, cette annonce pourrait toutefois redonner du souffle à un site de La Janais longtemps considéré comme fragile. Les deux partenaires disent ainsi envisager « la production potentielle de véhicules NEV Dongfeng dans l’usine de Rennes en France, conformément à la réglementation européenne et aux exigences “Made in Europe” ».

Derrière cette annonce industrielle se joue aussi une bataille économique mondiale. Face à des constructeurs chinois capables de produire des véhicules électriques moins coûteux et technologiquement compétitifs, Stellantis cherche manifestement une formule permettant de conjuguer production européenne, respect du “Made in Europe” et accès à un écosystème industriel chinois particulièrement avancé dans l’électrique. Dans son communiqué, Stellantis explique vouloir combiner son empreinte industrielle mondiale avec « l’écosystème très compétitif des véhicules électriques chinois de Dongfeng ».

Au-delà de la seule production, le projet prévoit aussi des activités communes d’achats et d’ingénierie, signe d’un rapprochement technologique plus large autour des batteries, des composants électriques et des coûts de développement. Directeur général de Stellantis, Antonio Filosa présente cette coopération comme une accélération stratégique. « Les projets annoncés aujourd’hui donnent une nouvelle dimension à notre coopération récemment renforcée avec Dongfeng, au bénéfice des clients dans le monde entier ». Et d’ajouter : « Avec ce nouveau chapitre de notre collaboration, nous offrirons à nos clients un choix encore plus large de produits compétitifs et de prix attractifs, en combinant le meilleur de l’empreinte mondiale de Stellantis avec l’accès de Dongfeng à l’écosystème avancé des véhicules électriques en Chine. »

Côté chinois, le ton est tout aussi affirmé. Le président de Dongfeng, Qing Yang, assume clairement une ambition internationale et inscrit même ce partenariat dans la stratégie économique chinoise d’ouverture. « Dongfeng renforcera et développera davantage son partenariat avec Stellantis, en s’alignant étroitement sur les stratégies nationales chinoises visant à promouvoir l’ouverture économique », affirme-t-il, avant de poursuivre : « Cette coopération permettra de libérer davantage de valeur au sein de la coentreprise, d’accélérer l’expansion internationale de Dongfeng et de soutenir l’évolution stratégique mondiale de Stellantis, ainsi que sa présence en Chine. »

Prudence toutefois : à ce stade, Stellantis et Dongfeng ont uniquement signé un « protocole d’accord non contraignant ». La réalisation du projet reste soumise à la signature d’accords définitifs sur les principes économiques et opérationnels ainsi qu’aux validations réglementaires. À Rennes, le projet a été présenté ce mercredi matin lors d’un Comité social et économique (CSE) extraordinaire. Premier syndicat du site avec 52 % des voix et majoritaire au CSE, la CFDT Métallurgie Cœur Bretagne accueille favorablement le principe du partenariat, estimant que le site rennais doit diversifier sa production pour garantir sa pérennité. Mais le syndicat pose aussi plusieurs garde-fous et résume sa position par un message clair : « oui, mais pas à n’importe quel prix ».

Dans un communiqué diffusé ce mercredi, la CFDT rappelle que le site rennais, aujourd’hui centré sur le Citroën C5 Aircross, évolue dans un contexte européen marqué par la surcapacité industrielle, la concurrence accrue sur le véhicule électrique et une forte pression sur les coûts. Pour le syndicat, l’arrivée d’un nouveau modèle pourrait constituer une opportunité pour renforcer durablement l’activité de La Janais. « L’usine Stellantis de Rennes-La Janais franchit une nouvelle étape : elle accueillera prochainement la production d’un véhicule du constructeur chinois Dongfeng », écrit la CFDT.

Mais le syndicat refuse de signer un chèque en blanc. Laurent Valy, délégué syndical CFDT, fixe une ligne rouge : « Le cadre juridique de la coentreprise (49/51), pilotée par Stellantis, doit garantir la sécurisation et le développement de l’emploi sur le site. » Une préoccupation centrale alors que plus de 2 000 salariés travaillent aujourd’hui à La Janais, sans compter les nombreux emplois de la sous-traitance. Pour la CFDT, le partenariat ne pourra être considéré comme une réussite que s’il s’accompagne de garanties concrètes, non seulement pour les salariés de Stellantis Rennes, mais aussi pour les entreprises de sous-traitance qui gravitent autour du site.

Le calendrier de cette annonce n’échappe pas non plus aux représentants du personnel. La communication intervient à la veille de la présentation du plan stratégique de Stellantis, prévue jeudi 21 mai, un rendez-vous particulièrement attendu à Rennes pour mesurer les ambitions réelles du groupe sur l’avenir industriel de La Janais. Car les contours précis du projet restent encore flous. Quel véhicule sera produit ? Quand ? À quels volumes ? Avec quelles conséquences pour les salariés ? Les employés de Rennes-La Janais resteront-ils tous salariés de Stellantis ou certains pourraient-ils demain dépendre de la future coentreprise ? L’usine elle-même pourrait-elle être transférée à cette structure commune ?

Sur ce point, le directeur du site rennais, Guillaume Olivari, n’exclut rien totalement : « C’est une possibilité. Mais il faut retenir que Stellantis reste le pilote avec 51 % des parts. »Une certitude toutefois : l’arrivée éventuelle d’un véhicule Dongfeng à Rennes ne se fera pas à court terme. « Nous sommes très en amont du projet », prévient la direction du site. Le modèle lui-même reste inconnu. Selon Guillaume Olivari, il s’agira d’un véhicule à énergie nouvelle au sens large, incluant aussi bien des modèles électriques que des hybrides rechargeables, destiné à l’Europe mais aussi à l’international.

Une stratégie chinoise

Autre élément important : le futur véhicule serait produit sur une plateforme différente de celle utilisée pour le nouveau Citroën C5 Aircross assemblé à Rennes. Un détail loin d’être anodin puisqu’il laisse entendre qu’il ne s’agirait pas nécessairement d’un remplacement de production existante mais potentiellement d’une activité complémentaire. Le directeur assure par ailleurs que le site rennais, fortement réduit ces dernières années, dispose encore de capacités industrielles suffisantes pour accueillir un nouveau modèle.

L’annonce rennaise s’inscrit aussi dans un mouvement plus large. Ces derniers mois, Stellantis a multiplié les rapprochements avec des groupes automobiles chinois, notamment avec Leapmotor, dont plusieurs modèles électriques doivent être diffusés en Europe. Plus tôt ce mois-ci, Stellantis et Dongfeng avaient déjà annoncé le renforcement de leur coentreprise historique en Chine, Dongfeng Peugeot Citroën Automobile (DPCA), qui produira de nouveaux modèles Peugeot et Jeep à Wuhan à partir de 2027 pour le marché chinois et l’export. Depuis sa création, cette coentreprise a produit plus de 6,5 millions de véhicules Peugeot et Citroën en Chine.

Selon plusieurs médias économiques chinois, cette dynamique pourrait aller encore plus loin. Le géant chinois BYD discuterait également avec plusieurs industriels européens, dont Stellantis, pour reprendre ou exploiter des usines « sous-utilisées » sur le continent. Une source proche de BYD citée par le média 21st Century Business Herald affirme ainsi que des discussions sont en cours « avec Stellantis et d’autres constructeurs européens concernant la reprise d’usines insuffisamment exploitées ».

Dans la presse économique chinoise, le partenariat Stellantis-Dongfeng est présenté comme un symbole de la montée en puissance des technologies automobiles chinoises en Europe. L’idée avancée est simple : produire localement permettrait aux constructeurs chinois de contourner les barrières douanières tout en renforçant leur crédibilité sur le marché européen. Vu de Pékin, des sites comme Rennes-La Janais apparaissent désormais comme des plateformes industrielles potentielles pour cette nouvelle offensive électrique.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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