Un an après son ouverture, le 14 avril 2025, la Maison Jaïa est encore récente, mais elle s’impose déjà comme un lieu clé pour celles et ceux qui, après des traitements lourds contre le cancer, doivent réapprendre à vivre avec leur corps et leur quotidien. « Nous accueillons des hommes et des femmes pour les accompagner dans leur rétablissement », explique Florence Lévêque, la directrice de l’établissement, installé au cœur de Maurepas.
Pour rompre la solitude de l’après-cancer
Derrière ce projet, une idée simple : la fin des traitements ne marque pas la fin du parcours. À la Maison Jaïa, on ne soigne pas la maladie. On s’occupe de l’après, celui qui reste souvent dans l’ombre. «Nous proposons des soins non médicamenteux pour améliorer la qualité de vie : psychologie, diététique, activité physique adaptée, réflexologie ou encore esthétique. »
En moyenne, les parcours proposés comptent « 13 soins sur 4 à 5 mois ». Mais ici, rien n’est standardisé. Chaque accompagnement est construit sur mesure, à partir d’une question centrale : qu’est-ce qui est important pour vous maintenant ? « Nous avons 100 réponses différentes », souligne Florence Lévêque. «Cette approche permet l’hyperpersonnalisation. Le premier échange se fait d’ailleurs avec un patient partenaire, qui a été formé pour accompagner d’autres patients. »
Mais ce rôle va plus loin qu’un simple échange. Le patient partenaire comprend sans avoir besoin de longues explications. Il met des mots sur ce que son aller-ego n’arrive pas encore à formuler. «Dans un moment où beaucoup se sentent décalés, parfois incompris par leur entourage ou même par le corps médical, cette relation entre pairs permet de recréer un lien immédiat et de lever certaines résistances.»
Si la Maison Jaïa a vu le jour, c’est aussi parce que, une fois les traitements terminés, beaucoup de patients se retrouvent seuls, loin du suivi hospitalier. «Le post-traitement, c’est une vraie rupture existentielle », insiste Florence Lévêque. «Le rythme des soins s’arrête, les rendez-vous s’espacent, et avec eux le cadre qui structurait le quotidien. Le regard des autres change aussi : pour l’entourage, c’est fini.»
Mais pour les patients, rien n’est vraiment terminé. Il faut composer avec un corps transformé, une fatigue qui dure, une identité parfois fragilisée. «Aujourd’hui, vous ne voyez pas que je suis dans l’après-cancer. Mais moi, je le sens. Beaucoup de nos patients se plaignent de fatigue persistante, de douleurs, d’anxiété, de perte de repères… autant de réalités difficiles à exprimer et souvent invisibles.»
En un an, dans ce haut-lieu de la santé, 130 personnes ont été accueillies, et 100 parcours ont été engagés. Au fil des accompagnements, l’équipe de Jaïa a accumulé une matière précieuse : les témoignages des bénéficiaires. «En prenant vraiment le temps de les écouter, nous avons recueilli une richesse d’informations énorme. Ce travail d’analyse est en cours, avec une ambition claire : rendre visible l’invisible, c’est-à-dire mieux comprendre ce que vivent les personnes dans l’après-cancer. Donner une forme à ces vécus permet non seulement de mieux accompagner les patients, mais aussi de faire reconnaître cette phase de l’après comme un véritable enjeu de santé.»
Le lieu accueille également les proches aidants, souvent oubliés dans ces parcours.
Mais contrairement à certaines idées reçues, la Maison Jaïa n’est pas réservée aux femmes. « On a toujours été ouverts à tous. Il n’y a pas moins d’hommes touchés par le cancer. Mais ils sont peut-être un peu moins à l’aise pour dire qu’ils ont besoin d’aide. » Ce modèle se veut accessible avec une adhésion annuelle de 35 euros, puis une contribution de 100 euros pour l’ensemble du parcours. « Et si la personne ne peut pas payer, le parcours est gratuit. Ce fonctionnement solidaire est rendu possible notamment par les dons. »
Avec 35 intervenants et 23 disciplines proposées, la structure continue d’évoluer au fil des mois. « Nous sommes une start-up associative. On est dans le test and learn, la méthode des petits pas », résume Florence Lévêque. L’enjeu désormais est de démontrer l’efficacité du dispositif. « On évalue l’impact sur la qualité de vie, la satisfaction, l’expérience. » Ces données sont encore en cours de consolidation, mais elles pourraient à terme permettre d’aller plus loin. « Nous aimerions dupliquer ce projet dans d’autres villes. » En un an, la Maison Jaïa a posé les bases d’un accompagnement différent, centré sur l’humain et le vécu. Un projet de publication scientifique est envisagé, pour donner une visibilité plus large à ce travail encore peu exploré.


