Née le 25 octobre 1920, à Saint-Jean-de-Valériscle, dans les Cévennes, Geneviève de Gaulle-Anthonioz est la nièce du général Charles de Gaulle. Fille de Xavier de Gaulle, le frère de Charles, petite-fille de l’écrivain populaire Pierre Gourdon, elle grandit dans une famille où la culture et le sens du devoir se mêlent naturellement.
En 1935, après avoir vécu dans la Sarre occupée, sa famille s’installe à Rennes, au 10 rue de Robien, une adresse devenue depuis un lieu de mémoire (voir notre photo). En 1939, la jeune Geneviève s’inscrit à la faculté d’histoire en 1939, avec l’ambition d’intégrer l’École nationale des chartes, comme son oncle Julien-Philippe. Mais la guerre va bouleverser ses projets et transformer sa vie.
À Rennes, Geneviève entre très tôt en Résistance, dès 1940, sous le nom de Germaine Lecomte. À tout juste 19 ans, elle refuse la résignation. Dans les rues de la capitale bretonne, elle arrache un fanion nazi, déchire des affiches allemandes, fabrique des croix de Lorraine et distribue des tracts hostiles au régime de Vichy. Rennes devient ainsi le berceau de son engagement : une ville où l’étudiante timide se mue en résistante déterminée.
En 1941, la jeune femme rejoint Paris pour poursuivre ses études et s’intègre au Groupe du musée de l’Homme, l’un des premiers réseaux parisiens. Elle y participe à des actions de renseignement et à la diffusion de journaux clandestins. En 1978, elle confiait à la télévision. « Quand nous avons vu arrêter les familles juives, les petits enfants emmenés au Vélodrome d’Hiver, nous avons serré les dents. Nous nous sommes dit que nous combattrions jusqu’à ce que des familles puissent ne pas être ainsi arrachées à leur patrie. »
Le 20 juillet 1943, Geneviève est capturée par la Gestapo française à la suite d’une trahison. Après plusieurs mois d’interrogatoires et de détention à Fresnes, elle est déportée en janvier 1944 au camp de concentration de Ravensbrück, en Allemagne du Nord, réservé aux femmes. Là-bas, elle côtoie d’autres figures de la Résistance, parmi lesquelles Germaine Tillion, Anise Postel-Vinay et Jacqueline Péry d’Alincourt. Ensemble, elles partagent la faim, le froid, la peur, mais aussi la solidarité et la foi en l’humanité.
Geneviève survivra à l’enfer du camp jusqu’à sa libération par l’Armée rouge en avril 1945. De cette expérience, elle tirera un témoignage sobre et bouleversant : La Traversée de la nuit. Après la guerre, elle rejoint l’Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance (ADIR) pour aider les rescapées à se reconstruire. Mais une rencontre change le cours de son existence : celle du père Joseph Wresinski, fondateur du mouvement ATD Quart Monde.
En visitant le camp des sans-logis de Noisy-le-Grand, elle découvre une misère qui lui rappelle celle vécue à Ravensbrück. Touchée par les conditions de vie des familles pauvres, elle s’engage totalement dans le mouvement. De 1964 à 1998, elle en est nommée la présidente, donnant à ATD Quart Monde une reconnaissance nationale et internationale. Sous son impulsion, le combat contre la pauvreté devient une cause politique majeure. En 1998, elle contribue à l’adoption d’une loi d’orientation relative à la lutte contre les exclusions, un texte fondateur qu’elle portait avec une conviction sans faille.
Geneviève de Gaulle-Anthonioz s’éteint le 14 février 2002 à Paris, à l’âge de 81 ans. Treize ans plus tard, en mai 2015, elle fait son entrée symbolique au Panthéon, aux côtés de Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay — quatre figures de la Résistance. À Rennes, la mémoire de Geneviève de Gaulle reste vivante. Le 27 mai 2015, une plaque commémorative a été inaugurée au 10 rue de Robien, en présence du préfet et de la maire Nathalie Appéré, et une gerbe a été déposée rue Geneviève-de-Gaulle-Anthonioz.



