Le tribunal correctionnel a rendu son délibéré ce 18 septembre : Clara Debray, la conductrice responsable de la mort d’Yllann, 18 ans, a été condamnée à cinq ans de prison, dont trois ans avec sursis. Le mandat de dépôt est différé au 30 septembre, à 10h. La prévenue, reconnue coupable d’homicide et blessures involontaires sous l’emprise d’un état alcoolique, se voit également frappée d’une annulation de permis de conduire pour cinq ans, avec interdiction de conduite de tout véhicule terrestre à moteur pour la même durée. Toutes ces peines sont assorties de l’exécution provisoire.
Plus de 95 000 euros de dommages et intérêts ont été alloués aux parties civiles, dont près de 50 000 euros à titre d’avances sur les préjudices. « Toutes les peines prononcées sont supérieures aux réquisitions », a précisé Me Olivier Pacheu, l’un des avocats des proches d’Yllann, qui avait longuement plaidé pour une reconnaissance claire de la responsabilité de la prévenue. Le jour du drame, dans la nuit du 20 octobre 2024, la jeune femme, âgée de 27 ans à l’époque, sort d’une soirée en discothèque, Le Tremplin, à Montauban-de-Bretagne. Elle monte au volant d’une Peugeot 3008, accompagnée de quatre jeunes passagers. Elle a bu — 1,17 g d’alcool par litre de sang — mais refuse de laisser quelqu’un d’autre conduire. « Je m’en fous, je n’ai rien à perdre », répète-t-elle. Elle fonce sur la départementale, roule vite, insensible aux avertissements de ses passagers. Dans un virage à Saint-Onen-la-Chapelle, elle perd le contrôle. Cent mètres plus loin, Yllann est projeté hors du véhicule. Il meurt sur la chaussée.
Lors de l’audience, qui s’était tenue il y a quelques jours, la prévenue était restée très en retrait. Elle avait évoqué la perte récente de son compagnon, la consommation de six Vodka-Red Bull bues dans la soirée. Mais ni excuses, ni regret audible. « La première fois, le procès avait été reporté, elle n’avait rien dit. Là, c’était pareil. Pas d’excuses, pas un mot », avait confié le père d’Yllann. A l’audience, Me Thomas Koukezian, avocat d’une des jeunes passagères blessées, avait dénoncé une attitude « insultante, méprisante à tous les stades de la procédure ».
Me Olivier Pacheu, représentant des parties civiles, avait lui livré une plaidoirie profondément marquée par l’émotion. « La mort ne touche pas que les proches. Elle frappe les amis, les collègues, les grands-parents… et dans ce dossier, deux arrière-grands-mères. » Il avait aussi rappelé l’évidence. « Cela fait 30 ans que la prévention routière alerte sur les dangers de l’alcool au volant. Ce soir-là, elle avait des choix. Elle pouvait ne pas boire. Elle pouvait appeler un taxi. Elle pouvait prendre une navette. Elle ne l’a pas fait. »
Du côté du parquet, le procureur Tanguy Courroye avait lui aussi insisté sur le caractère évitable du drame. « Tout l’accable. L’alcool, la vitesse, le refus d’écouter. Il aurait été si simple de dire non. » Il avait requis cinq ans de prison, dont quatre avec sursis, ainsi que deux ans de retrait de permis et l’obligation de soins. Avocat de la prévenue, Me Yves Honhon avait reconnu la gravité des faits et la douleur des proches. Il avait toutefois insisté sur le contexte psychologique de sa cliente. « Elle ne se cherche aucune excuse. Elle dit elle-même que tout l’accable. Mais il y a aussi des éléments qui relèvent de son psychisme. » Il avait demandé un aménagement de peine. Le tribunal ne l’a pas suivi.


