Des cartons, quelques feutres et beaucoup de formules. La manifestation organisée ce mardi 6 octobre dans la capitale bretonne a rassemblé 9 500 personnes selon la préfecture et plus de 10 000 selon la police. À l’échelle nationale, quelque 450 000 personnes auraient manifesté dans plusieurs grandes villes, dont 100 000 à Paris. Dans le cortège rennais, les pancartes ont fleuri par dizaines. Conditions d’études, avenir de la jeunesse, manque de moyens et violences policières ont largement alimenté les slogans tout au long du parcours traditionnel dans le centre-ville.
« Jeunesse en pétard », « Gen Z en colère », « Sois jeune et révolte-toi ». Ce mardi midi, la contestation s’est beaucoup écrite en grand et en gras sur des petits panonceaux. Certaines pancartes étaient soigneusement peintes, d’autres griffonnées à la hâte. Derrière les jeux de mots et les formules choc, plusieurs préoccupations revenaient avec insistance chez les lycéens et leurs soutiens.
La première revendication concernait l’avenir et les conditions d’études. « Désolé·e·s du dérangement, on sauve notre avenir », annonçait une manifestante. Une autre pancarte interrogeait le passant : « Le savoir coûte cher ? Essayez l’ignorance ! ». Plus loin, les messages faisaient référence à Parcoursup, aux moyens de l’Éducation nationale ou à la situation dans les établissements.
« On demande des profs, pas des CRS »
« Sous les cahiers, la rage », résumait un autre carton faisant référence à un slogan de mai 68. Des enseignants accompagnaient également les plus jeunes. L’un d’eux portait sur son dos : « Lycéens en colère, profs solidaires ». Parfois, les demandes se faisaient très concrètes. « On demande des profs, pas des CRS », pouvait-on lire en grandes lettres roses et orange. Ailleurs, une pancarte réclamait « du fric pour les services publics ». Une autre lançait : « On veut des droits, pas des droites ».
Au-delà des revendications scolaires, beaucoup de messages traduisaient une inquiétude plus générale face à l’avenir. « Pas de futur sans culture » : les slogans mélangeaient préoccupations éducatives et contestation politique. L’humour n’était jamais très loin. « Tu nous la mets à l’envers, on te la Mai 68 », prévenait une pancarte. Un autre manifestant réclamait de « supprimer la BAC (et le bac…) ». Autant de détournements qui côtoyaient des revendications beaucoup plus classiques.
La police particulièrement visée
Les interventions des forces de l’ordre constituaient également l’un des thèmes les plus présents. Après plusieurs journées tendues aux abords des lycées rennais, de nombreuses pancartes dénonçaient les violences policières. « La police nous protège, ça crève les yeux », indiquait l’une d’elles, accompagnée de dessins de pansements et de traces rouges. Une autre demandait : « On appelle qui quand la police torture, viole & mutile ? ». Ailleurs, on pouvait lire : « C’est le système qui est violent, pas nous ! » ou encore « Condamner les violences sauf celles de l’État ».
Ces accusations relèvent des manifestants qui les brandissaient. Elles témoignaient néanmoins de la défiance d’une partie du cortège envers les forces de l’ordre, après les interventions policières qui ont marqué les derniers jours de mobilisation à Rennes. Fait à noter, la députée LFI Marie Mesmeur était elle aussi présente parmi les manifestants (tout comme l’adjoint au maire PS, Marc Hervé en témoin). Déjà venue soutenir la mobilisation lycéenne ces derniers jours, l’élue a marché dans le cortège rennais.
Pour Fabrice Lerestif, secrétaire départemental de Force ouvrière, cette affluence constitue « une belle mobilisation unitaire et intergénérationnelle ». Le responsable syndical veut désormais prolonger le mouvement : « Reste à construire la grève généralisée qui fera plier le Premier ministre Lecornu et son budget d’austérité. » Tout au long du parcours, les pancartes auront finalement constitué le fil rouge de cette manifestation.


