C’est une candidature qui tranche avec les habitudes politiques locales. Pour la première fois peut-être à Rennes, un parti se revendiquant ouvertement révolutionnaire sera présent aux élections municipales en mars 2026. Révolution Permanente a déposé en préfecture sa liste baptisée « Reprendre Rennes aux politiciens professionnels » et se lance officiellement dans la campagne des 15 et 22 mars 2026 .
Un choix revendiqué
À la tête de cette liste, Erell Duclos. Assistante d’éducation, étudiante en master et élue au conseil d’administration de Rennes 2, la jeune candidate assume un profil éloigné des parcours politiques classiques. Autour d’elle, on retrouve des employés de la santé, de l’éducation, du social, de la logistique, de la restauration, ainsi que des étudiants. « Nous voulons porter la voix de celles et ceux qui font tourner la société et être les yeux et les oreilles des habitants au sein du conseil municipal», ajoute-t-elle.
« Nous ne sommes pas des professionnels de la politique », affirme Erell Duclos.
Comme pour la candidate Lutte ouvrière, Révolution permanente veut sans doute profiter de cette campagne municipale pour faire connaître ses idées. Sa représentante promet en tout cas de dénoncer « chaque attaque, chaque compromission » et d’alerter la population sur les plans antisociaux adoptés, selon elle, dans l’opacité.
Cette liste s’inscrit en opposition frontale à la majorité socialiste qui dirige la ville depuis 1977. Erell Duclos accuse l’exécutif municipal de mener une politique de gentrification et de répression, au bénéfice des promoteurs immobiliers et des plus aisés. « Derrière le vernis social, la ville se transforme au service des plus riches », estime-t-elle. Elle évoque notamment la flambée des loyers, la saturation des services d’urgence et les difficultés croissantes rencontrées par les étudiants pour se loger, se nourrir et se déplacer dans la capitale bretonne.
Révolution Permanente défend une ligne clairement anticapitaliste. La candidate réclame la réquisition immédiate des milliers de logements laissés vacants dans la ville et la baisse des loyers afin d’aligner le prix du parc privé sur celui du logement social. Elle plaide également pour des moyens massifs en faveur de la santé, de l’éducation et des services publics, qui seraient placés sous le contrôle direct des travailleurs et des usagers.
Sur les questions sécuritaires, la liste se prononce contre la vidéosurveillance et pour la dissolution des corps spéciaux, tout en demandant la régularisation de tous les sans-papiers. Elle souhaite aussi rompre les partenariats municipaux avec les entreprises liées au complexe militaro-industriel. Au-delà des mesures programmatiques, c’est une autre conception du mandat local que défend la candidate. « Nous voulons en finir avec la politique comme carrière », explique Erell Duclos. « Les élus doivent être révocables et payés comme des infirmières. »
Reste à savoir si cette candidature révolutionnaire parviendra à s’imposer dans un paysage politique rennais marqué par une longue tradition socialiste (depuis plus de cinquante ans). En se présentant sous ses propres couleurs, Révolution Permanente entend aujourd’hui inscrire dans le débat municipal des revendications rarement portées à ce niveau. La campagne s’annonce comme un test pour cette jeune formation, qui espère transformer une présence symbolique en véritable dynamique révolutionnaire.


