En 1887, Ferdinand Birotheau (Les Clouzeaux, 8 juillet 1819 – Rennes, 20 octobre 1892) présente deux tableaux à l’exposition régionale de Rennes, mais il ne s’agit pas d’un simple accrochage parmi d’autres. À travers ses deux œuvres, le peintre fixe durablement les figures centrales de la vie culturelle rennaise de la fin du XIXᵉ siècle, au premier rang desquelles son ami, Jules Jan, alors directeur du musée de Peinture. Daté de 1883, le Portrait de Jules Jan représente la célébrité locale avec une sobriété assumée dans un costume sombre, une pose stable, un regard franc. Tout concourt, ici, à affirmer une autorité fondée sur le sérieux de l’engagement.
Le livret de l’exposition de 1887 mentionne également, sous le numéro 436, un Portrait de Mme J, aujourd’hui disparu. La femme n’est autre que Perrine Jan, épouse du conservateur. Les deux peintures apparaissent côte à côte sur des photographies anciennes de l’accrochage, témoignant de la proximité personnelle et intellectuelle entre le peintre et ses modèles. Après la mort de Jules Jan, c’est Perrine Jan elle-même qui lègue le portrait de son mari au musée des Beaux-Arts en 1905. L’œuvre connaîtra toutefois une histoire mouvementée. « Fortement détérioré en 1944, puis par un séjour prolongé dans les caves du musée, le tableau a bénéficié, à l’occasion de la présente exposition, d’une importante restauration », rappelle Guillaume Kazerouni, responsable des collections d’art ancien du Musée des Beaux-arts.
L’artiste compose au fil du XIXe siècle une œuvre de mémoire.
À côté de ce portrait emblématique, Ferdinand Birotheau réalise en 1881 celui du chanoine Duver. Jean Évangéliste Duver, prêtre de l’Oratoire de saint Philippe Neri, est alors curé de l’église Saint-Germain et chanoine honoraire de l’Église métropolitaine. Là encore, le peintre privilégie la retenue à la solennité. Il peint le visage du religieux dont le regard est calme, presque intérieur. Ces portraits, réalisés à quelques années d’intervalle, dessinent le projet profond de Ferdinand : montrer les figures de la cité rennaise, qu’elles appartiennent au monde de la culture ou à celui de l’Église. À travers Jules Jan, Perrine Jan et le chanoine Duver, c’est un pan entier de la société rennaise qui se donne aujourd’hui à voir dans l’exposition La Jeunesse des Beaux-Arts, Rennes et ses artistes, 1794-1881.
Longtemps resté en marge de l’histoire de l’art, Ferdinand Birotheau apparaît comme un témoin précieux de son temps. Ses œuvres sont de nos jours conservées dans les collections publiques de Rennes et de La Roche-sur-Yon. Après des études artistiques à La Roche-sur-Yon, l’artiste bénéficie très tôt du soutien des institutions locales. Il obtient une bourse, permettant de rejoindre Paris afin de perfectionner sa formation. Il entre dans l’atelier de Michel Martin Drolling, peintre néoclassique reconnu et professeur influent, auprès duquel il acquiert une solide maîtrise du dessin et de la composition. À Paris, il croise également Paul Baudry, autre figure marquante de la peinture académique du XIXᵉ siècle.
En 1845, il reçoit une commande importante de l’administration yonnaise : la copie du Portrait en pied de Napoléon Ier, d’après François Gérard.
Ferdinand Birotheau expose pour la première fois au Salon des artistes français en 1842, où il présente Jésus et la Samaritaine. Il renouvelle l’expérience en 1847 avec Renaud et Armide. Bien que ces œuvres relèvent de la peinture d’histoire, genre alors dominant, sa carrière montre qu’il s’oriente rapidement vers le portrait. Après avoir enseigné quelque temps à Fontenay-le-Comte, il s’installe durablement en Bretagne. À Rennes, Ferdinand Birotheau devient l’un des portraitistes privilégiés des élites locales. Il peint des architectes, conservateurs, notables et ecclésiastiques, composant une véritable galerie des figures rennaises du XIXᵉ siècle. Le Musée des beaux-arts de Rennes conserve actuellement quatre portraits de sa main dont celui de Jean-Baptiste Martenot, architecte emblématique de la ville, et de Rallier du Baty.
Artiste sans tape-à-l’oeil, sans recherche d’effet spectaculaire, Ferdinand Birotheau apparaît dorénavant comme un chroniqueur pictural de la société du XIXᵉ siècle, dont l’œuvre forme une archive visuelle précieuse de la Vendée et de la Bretagne. Son autoportrait a quitté temporairement les cimaises du Musée de la Roche-sur-Yon pour l’exposition La Jeunesse des Beaux-Arts, Rennes et ses artistes, 1794-1881 , présentée au Musée des Beaux-Arts de Rennes jusqu’au 29 mars 2026.


