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mardi 27 octobre 2026
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Cybersécurité, IA, réseaux : pourquoi Rennes reste stratégique pour Orange

Avec quelque 7 300 salariés en Bretagne, dont près de 5 000 concentrés autour de ses principaux sites rennais, Orange revendique un ancrage exceptionnel dans la région. Cybersécurité, intelligence artificielle, réseaux de télécommunications, recherche quantique et adaptation au changement climatique : l’opérateur entend faire de Rennes l’un de ses pôles stratégiques pour les années à venir. Avec, en ligne de mire, la fermeture du réseau cuivre dans la métropole en janvier 2027 et une ambition nouvelle à l’horizon 2030 : commercialiser son expertise dans la résistance des réseaux aux aléas climatiques.

La Bretagne n’est pas seulement une terre historique des télécommunications. Elle demeure l’un des principaux centres de compétences et d’innovation du groupe Orange. Lequel compte environ 7 300 salariés dans la région, dont près de 5 000 dans un périmètre d’un kilomètre autour de ses principaux sites rennais. « On est le cerveau opérationnel d’Orange, non seulement en France, mais au niveau international », affirme Yves Martin, directeur régional. Cette concentration s’accompagne surtout d’une proportion particulièrement élevée de cadres, estimée entre 75 et 80 % sur les principaux sites de la métropole.

Au total, environ 1 600 personnes se consacrent à la recherche et à l’innovation entre Rennes et Lannion.

Cette implantation se traduit notamment par une forte spécialisation dans la cybersécurité, avec près de 600 experts. À Rennes, Orange dispose de centres opérationnels chargés de surveiller les systèmes informatiques et les réseaux de ses clients. À proximité travaillent également une cinquantaine de chercheurs et de développeurs spécialisés dans des projets avancés, parfois conduits dans des espaces hautement sécurisés. Leur mission devient d’autant plus importante que les outils de piratage se démocratisent sur le dark web, où des kits, permettant de lancer des campagnes frauduleuses; peuvent désormais s’acheter pour quelques dizaines ou centaines d’euros.

Mais contre ces pirates, Orange montre ses muscles ! Grâce à l’intelligence artificielle et à l’analyse des infrastructures Internet, le groupe affirme pouvoir détecter certaines adresses frauduleuses en cinq minutes, contre deux heures avec des méthodes de surveillance plus classiques. « C’est cette technologie qui nous donne un avantage en tant qu’opérateur », explique Yves Martin. Cette expertise a notamment contribué au développement d’Orange Cybersecure, un service permettant aux utilisateurs de vérifier des liens suspects. « Quand vous avez désormais un doute sur un lien, vous le glissez dans Orange Secure et on vous répond en live », précise le dirigeant. 

L’intelligence artificielle et le quantique parmi les priorités

L’intelligence artificielle constitue un autre axe majeur de développement. Orange met notamment en avant Live Intelligence, une solution d’IA générative dont une grande partie du développement a été réalisée à Rennes. Initialement conçue pour les salariés du groupe, elle a ensuite été commercialisée auprès des entreprises et des organisations publiques. « Cette solution permet notamment de choisir entre plusieurs modèles d’intelligence artificielle, tout en maîtrisant la confidentialité des données, les coûts et la consommation de ressources. Elle est un pur produit breton, qui, aujourd’hui, est utilisée dans le monde entier», se réjouit le directeur.

À Rennes et à Lannion, les chercheurs d’Orange se préparent aussi à une nouvelle menace informatique. Dans les prochaines années, des ordinateurs quantiques, beaucoup plus puissants que les machines actuelles pour certains calculs, pourraient parvenir à déchiffrer des données aujourd’hui considérées comme bien protégées. Messages confidentiels, informations bancaires ou secrets industriels pourraient alors être menacés. «Certains pirates ou États pourraient même prendre les devants en conservant dès maintenant des données chiffrées, dans l’espoir de pouvoir les lire plus tard. Cette pratique porte un nom : Harvest Now, Decrypt Later, autrement dit « récolter aujourd’hui, déchiffrer demain ». Pour éviter ce scénario, Orange travaille déjà sur de nouvelles méthodes de protection capables de résister aux futurs ordinateurs quantiques. Reste toutefois une inconnue : personne ne sait précisément quand ces machines seront suffisamment puissantes pour représenter une telle menace.

La Bretagne, un territoire particulièrement exposé aux tempêtes

Mais l’innovation ne se limite pas aux logiciels. Orange doit également faire face aux contraintes particulières du territoire breton. Avec ses nombreuses communes rurales, son habitat dispersé, ses kilomètres de littoral et ses îles, la région présente des difficultés importantes pour le déploiement et l’entretien des réseaux. Selon les chiffres avancés par l’opérateur, la Bretagne compterait environ deux millions de poteaux utilisés pour les infrastructures de télécommunications. « Cette dispersion des équipements ne serait pas sans conséquence. Elle rend les interventions plus complexes, notamment en cas d’intempéries. »

Heuresement, la tempête Ciarán a constitué un tournant dans la manière dont Orange appréhende les risques climatiques. « On a beaucoup appris de cette expérience traumatique en tant qu’opérateurs », reconnaît Yves Martin. Depuis, l’entreprise a renforcé ses procédures de gestion de crise et développé des forces d’intervention rapide, capables de se déployer avec leur matériel sur les zones sinistrées. Orange expérimente de nouveaux outils pour repérer plus rapidement les pannes après une tempête. Grâce aux signaux envoyés par les box Internet, ses techniciens peuvent identifier les endroits où le réseau est coupé, sans avoir à inspecter des kilomètres de câbles. Les chercheurs travaillent aussi sur une autre innovation, baptisée Fibre Sensing, qui permet de transformer les câbles de fibre optique en véritables oreilles capables de détecter et de localiser des bruits ou des vibrations, comme le passage d’un véhicule ou l’ouverture d’une trappe.

Orange veut aussi mieux se préparer aux conséquences du changement climatique. Grâce à l’intelligence artificielle, l’opérateur espère notamment repérer à l’avance les endroits où ses lignes téléphoniques, ses câbles et ses installations risquent d’être endommagés par une tempête ou une vague de chaleur. Pour cela, il travaille avec AXA Climate, une entreprise spécialisée dans l’étude des risques climatiques. Fort de cette expérience, Orange souhaite désormais faire profiter d’autres acteurs de son savoir-faire. « Notre ambition aujourd’hui, c’est non seulement le faire pour nous, mais aussi accompagner des collectivités locales, d’autres opérateurs et d’en faire un produit », explique Yves Martin. Concrètement, l’entreprise pourrait, par exemple, aider une commune à repérer les installations les plus fragiles avant une tempête, à préparer un plan d’urgence ou à rétablir plus rapidement les communications après une catastrophe. Elle envisage également de conseiller d’autres opérateurs sur la manière de protéger leurs réseaux contre les intempéries. À l’horizon 2030, Orange aimerait commercialiser ce type de prestations, comme elle le fait déjà pour d’autres services destinés aux entreprises. Mais le projet n’en est encore qu’au stade des intentions.

Janvier 2027 : une échéance majeure pour Rennes Métropole

Après la fermeture technique du réseau cuivre dans le centre de Rennes en janvier 2026, Orange prévoit de franchir une nouvelle étape en janvier 2027, avec son extinction dans tout Rennes Métropole ainsi qu’à Brest. Cette opération représentera un chantier considérable, puisqu’elle nécessite d’accompagner des milliers de clients vers de nouvelles solutions de connexion. « C’est du travail de fourmis », résume Yves Martin. «Les entreprises et les collectivités figurent parmi les utilisateurs les plus délicats à faire migrer, en raison de leurs installations parfois complexes. »

À travers ces projets, Orange rappelle  son poids dans l’économie bretonne. Chaque année, l’entreprise affirme recruter environ 200 personnes dans la région, dans les métiers du réseau, de la vente, du service client, mais aussi de l’ingénierie et de la cybersécurité. Ces embauches accompagnent le développement de certaines activités tout en permettant le renouvellement d’une partie des effectifs. Le groupe s’appuie notamment sur les établissements de formation du territoire, qui constituent un vivier de compétences. « On a vraiment des gens qui ont envie de rester ici, de faire toute une carrière, d’évoluer en Bretagne», observe Yves Martin.

Dans les années à venir, Orange entend faire de la Bretagne un territoire d’expérimentation pour les technologies de demain. Le groupe travaille notamment sur des solutions de communication et de collaboration reposant davantage sur des technologies françaises ou européennes, afin de limiter certaines dépendances aux grandes plateformes internationales. Parmi elles figure Live Collaboration, une solution destinée aux entreprises et aux collectivités, présentée comme une alternative aux outils de collaboration des grands groupes technologiques américains. « Chez Orange, il y a la volonté de rester un cerveau actif et productif de solutions, en partenariat avec des entreprises de l’écosystème local », insiste Yves Martin.

Cette stratégie s’accompagne d’investissements immobiliers et techniques, dont le projet New Lion, à Lannion, représentant un engagement de 52 millions d’euros. Pour Orange, l’enjeu est de préserver sur le territoire breton une capacité de recherche, de développement et de production de solutions technologiques. Le groupe entend également renforcer son rôle dans l’accompagnement des collectivités et des entreprises face aux transformations numériques. « Ce qui va différencier un opérateur d’un autre, c’est son savoir-faire. C’est son expertise », résume Yves Martin. À l’heure où les télécommunications se transforment profondément, Orange entend ainsi conserver à Rennes et en Bretagne une place de premier plan.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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