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dimanche 18 octobre 2026
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Au lendemain des violences urbaines, la gueule de bois ne pourra se cacher derrière des panneaux… de bois

Spectacle de désolation dans la capitale bretonne ! Vers 23 h, hier soir, après une journée de manifestation contre la vie chère, le centre-ville de Rennes était jonché de détritus, de débris, de vitrines brisées et de matériaux provenant de chantiers dévastés. Sous les yeux de passants incrédules, la ville donnait à voir les traces d’une véritable tornade de colère. Quelques cris « ACAB » résonnaient encore entre les murs des maisons à colombages. Mais partout dans Rennes, le même constat : des commerces saccagés, des chantiers dévastés, des poubelles incendiées. Ne cachons pas les choses : par endroits, Rennes avait des allures de ville en insurrection. Ce dimanche 18 octobre, la gueule de bois ne pourra pas être dissimulée derrière quelques panneaux… de bois.

Partout, la ville portait les stigmates de la violence. En enjambant la passerelle incendiée de la Vilaine, on avait le sentiment d’entrer dans un autre univers. Place du Parlement, une agente de sécurité surveillait le magasin Lacoste, dont la porte avait été brisée. « Vous n’avez pas peur ? », lui demande un passant. « J’ai mon chien : il a fait fuir les casseurs », répond-elle. Derrière elle, le propriétaire des lieux ne pouvait que constater les dégâts, consterné, au milieu d’amis.

Plus loin, rue Le Bastard, les policiers procédaient à des contrôles d’identité. Derrière eux, un homme surveillait l’entrée de Sephora. Devant lui, la porte du magasin gisait au sol, brisée en mille morceaux au milieu des boites vidées de leur parfum. En face, le magasin Decathlon avait eu un peu plus de chance. Sa vitrine, pourtant fracassée, avait résisté aux coups de butoir. Plus haut, des ouvriers installaient à la hâte des panneaux de bois devant le magasin Kaki Crazy, dont le groupe sort d’une période de redressement judiciaire.

Place Sainte-Anne, le calme semblait revenu au moment où les gendarmes, suivis comme leur ombre par un camion lanceur d’eau, faisaient leur apparition. Un peu plus haut, en bas de la rue d’Antrain, c’était une autre ambiance. Le bureau de tabac était dévasté. À ses pieds, des magazines étaient éparpillés à même le sol. Juste à côté, deux échoppes étaient vandalisées et une poubelle brûlait encore. Le contraste était saisissant entre le calme apparent de la nuit et les traces des violences qui venaient de secouer la ville.

En redescendant vers les quais, le spectacle de désolation se poursuivait encore et encore. Ici ou là, des vitrines avaient cédé sous les coups. Mais ce sont surtout les Galeries Lafayette qui présentaient les stigmates les plus impressionnants de la journée, tandis que des voitures de la BAC passaient en trombe devant quelques manifestants encore présents. Là encore, des ouvriers posaient des panneaux de bois pour sécuriser les devantures du grand magasin. Un agent de sécurité semblait toujours sous le choc. « Ils ont dérobé des parfums et surtout de nombreux bijoux. Impossible de chiffrer le montant du préjudice », confiait-il.

Place de Bretagne, le spectacle n’était guère plus réjouissant. Le mobilier urbain avait été saccagé. Les équipements publics, pourtant recouverts avant la manifestation de plastiques de protection, portaient les stigmates des violences de la journée. Le magasin d’alimentation avait lui aussi été pris pour cible et dévasté entièrement. D’un bout à l’autre du centre-ville, les mêmes images de destruction se répétaient, laissant les rares passants face à un paysage de désolation.

Plus loin, la place de la République n’était plus qu’un amas d’immondices et de gravats. Tout autour, les commerces portaient eux aussi les marques des destructions. La furie violente avait laissé des traces visibles chez le Burger King, où un agent tentait d’empêcher les intrusions, mais aussi chez Orange, Trouvé, Ducasse, Giboire, au centre Colombia et chez plusieurs opticiens. Derrière le Colombier, les policiers étaient encore à pied d’œuvre pour retrouver certains individus impliqués dans les violences. Ces scènes faisaient écho aux affrontements et aux pillages, comme nous le racontions dans notre précédent article : « Le chaos pour une capitale bretonne KO ».

53 interpellations et des policiers blessés

Il était une heure du matin lorsque la préfecture d’Ille-et-Vilaine publiait un communiqué dressant un premier bilan de cette journée de violences. Selon les services de l’État, moins de trente minutes après le début du rassemblement, plusieurs centaines d’individus masqués et vêtus de noir, présents dans le cortège, avaient commencé à tirer des mortiers d’artifice et à lancer des pavés ainsi que des matériaux de chantier contre les forces de l’ordre. La préfecture mettait notamment en cause des individus appartenant à des mouvances radicales d’ultragauche, accusés d’avoir guidé ces groupes.  Toujours selon les autorités, les violences avaient atteint un niveau inédit dans l’après-midi, avec des dégradations et des pillages de plusieurs commerces autour de la place de la République et dans le centre-ville.

À cette heure de la nuit, la préfecture annonçait l’interpellation de 53 personnes à Rennes, notamment pour violences, dégradations et port d’arme. Elle condamnait avec la plus grande fermeté ces « actes de violences intolérables ». Elle exprimait aussi son soutien aux forces de l’ordre blessées ainsi qu’aux commerçants victimes des pillages, tout en remerciant les policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers encore mobilisés au cœur de la nuit.  À deux heures du matin, elle  publiait un nouveau message, annonçant à Rennes pour ce dimanche 18 octobre de nouveaux rassemblements, à la suite d’appels diffusés sur les réseaux sociaux.

Les pompiers ont secouru trente deux personnes, dont quatre représentants de l’ordre.

Les violences commises en marge de la manifestation contre la vie chère risquent, paradoxalement, de coûter très cher aux commerçants touchés, à la collectivité et, plus largement, à la ville. Il faudra réparer les vitrines, remplacer les équipements, nettoyer les rues, sécuriser les commerces et évaluer les pertes. Mais au-delà de la facture matérielle, cette journée du 17 octobre restera sans doute longtemps gravée dans la mémoire des Rennais. Ce dimanche matin, les panneaux de contreplaqué masqueront peut-être les devantures éventrées. Ils ne feront pas disparaître les images de la veille. À Rennes, la gueule de bois ne se cache décidément pas derrière des panneaux… de bois.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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