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Après les pillages, les commerçants appellent à la solidarité pour relever la tête

Trois jours après les scènes de pillage et de saccage qui ont frappé le centre-ville de Rennes, samedi 17 octobre 2026, les commerçants tentent de reprendre leurs activités. Certains ont déjà rouvert, d’autres restent portes closes. Entre colère, découragement et solidarité, une soixantaine d’établissements doivent aujourd’hui surmonter les conséquences d’une journée de violences qui a profondément marqué la capitale bretonne.

Ici et là, des artisans s’affairent pour effacer les stigmates des dégradations. Ils posent des panneaux de bois. Après les scènes de chaos, il y a surtout des hommes et des femmes qui cherchent à se relever tant bien que mal. Au Carrefour City de la rue de l’Alma, l’un des premiers commerces pris pour cible, les portes sont de nouveau ouvertes. Derrière le comptoir, le vendeur peine encore à réaliser ce qui s’est passé. « Quand je revois la vidéo de l’attaque, je suis encore choqué », confie-t-il. « Ils étaient une centaine », ajoute-t-il. À la caisse, une cliente lui adresse quelques mots simples : « Bon courage. »

Ailleurs, la reprise s’annonce plus compliquée. Dans le centre-ville, la boutique Orange n’a pas encore rouvert ses portes. D’autres enseignes tentent de maintenir un minimum d’activité grâce à leurs sites internet. C’est notamment le cas de Macadam Basket, victime d’un pillage et d’importantes dégradations. « Face à cette situation, nous sommes contraints de fermer temporairement nos portes », explique l’équipe sur ses réseaux sociaux. « Nous faisons au plus vite le nécessaire pour revenir vers vous . » En attendant, les commandes restent possibles en ligne. « Plus que jamais, merci pour vos messages, votre force et votre fidélité. On revient vite. »

« Derrière chaque vitrine, il y a une vie »

Sur la toile, la colère reste vive chez les commerçants, y compris chez ceux qui ont été épargnés. Le coiffeur Saint-Hélier a ainsi publié un long message de soutien à ses confrères. « Ce soir, j’ai le cœur lourd… et franchement, je suis en colère. » Pour lui, les conséquences dépassent largement la question matérielle. « Derrière chaque vitrine, il y a bien plus qu’un commerce. Il y a des heures de travail, des sacrifices, des projets, une famille, une vie. » Il poursuit : « Une vitrine brisée, ce n’est pas juste du verre à remplacer. C’est parfois des années de travail, des inquiétudes en plus et beaucoup de découragement. » Avant de rappeler : « On peut être en colère, on peut ne pas être d’accord, on peut défendre ses idées… mais détruire le travail des autres ne fera jamais avancer les choses. »

Chez Sobhi Sport, dont les deux boutiques ont subi des dégradations, le ton est davantage à la reconnaissance. L’enseigne remercie les amis, clients, voisins et anonymes qui se sont mobilisés pour protéger les magasins. « Si les dégâts se limitent aujourd’hui à des vitrines brisées, c’est avant tout grâce à celles et ceux qui se sont mobilisés spontanément à nos côtés, parfois au péril de leur propre sécurité. » Malgré la fatigue et l’émotion, l’équipe avait tenu à être présente dès le lendemain matin pour encourager les coureurs du Marathon Vert.

Des commerçants confrontés aux démarches administratives

Pour les professionnels touchés, une autre bataille commence désormais : celle des assurances et des réparations. Lundi 19 octobre, une réunion s’est tenue à la préfecture d’Ille-et-Vilaine, à la demande de Laurence Taillandier, présidente du Carré Rennais, en présence de représentants des commerçants et de plusieurs interlocuteurs institutionnels (voir notre article). « Je pense que ça doit être difficile de chiffrer les dégâts », explique Laurence Taillandier à Rennes Infos Autrement. Les professionnels doivent d’abord dresser l’inventaire des marchandises volées, établir les devis de réparation et effectuer leurs déclarations. «Il faudra probablement attendre plusieurs jours avant de disposer d’une première estimation financière sérieuse.»

« Un délégué de la police viendra dans les magasins pour faire les déclarations de perte, de vol. »

Mais au-delà des mesures de sécurité, les commerçants veulent surtout revoir du monde dans leurs boutiques. Sur les réseaux sociaux, les appels à la solidarité se multiplient. Marie Quinet, propriétaire d’un magasin, invite ainsi les Rennais à ne pas abandonner leur centre-ville. « Que fait-on maintenant en tant que citoyen ? » s’interroge-t-elle, avant d’appeler chacun à « aller dès la semaine prochaine prendre des nouvelles de vos commerçants et faire vos achats chez eux plutôt que sur internet ». Même tonalité du côté de l’Union des entreprises de proximité (U2P), dont les représentants dénoncent une nouvelle épreuve pour des professionnels déjà fragilisés par la conjoncture économique. « Encore une fois les commerçants du centre-ville de Rennes ont payé un prix lourd ! », déplore Mickaël Morvan.

Laurence Taillandier insiste, elle aussi, sur la nécessité d’un retour des consommateurs. Elle évoque un message affiché sur la vitrine du commerce Bessec : « Vous avez besoin de nous, on a besoin de vous. » Une formule qui lui paraît particulièrement juste. « On a besoin de tout le monde. On a besoin de clients, on a besoin pour exister. » Mais encore faut-il que les clients puissent revenir dans le centre-ville ?  Lors de la réunion de lundi, Laurence Taillandier a plaidé pour une modification des parcours des prochaines manifestations afin de mieux protéger les rues commerçantes. Selon elle, la préfète s’est montrée ouverte à cette possibilité, sous réserve d’un accord avec la municipalité. « Je ne veux pas travailler toute seule, il faut qu’on soit ensemble », aurait-elle expliqué. La balle est désormais dans le camp de la municipalité et Nathalie Appéré, représentée lundi soir par son adjoint, Sébastien Séméril.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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