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dimanche 18 octobre 2026
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Après le chaos, l’heure des condamnations et des règlements de comptes politiques

Au lendemain des violences urbaines qui ont ravagé une partie du centre-ville de Rennes, samedi 17 octobre 2026, les réactions politiques se multiplient. La maire Nathalie Appéré réclame des mesures de sécurité renforcées et promet son soutien aux commerçants sinistrés. À droite, les oppositions dénoncent les responsabilités de la municipalité, de La France insoumise et du gouvernement. De son côté, le syndicat SUD-PTT défend la mobilisation sociale et met en cause la stratégie policière. Si les pillages suscitent une large condamnation, les interprétations des événements divergent profondément.

Pour la maire de Rennes, Nathalie Appéré, le retour apparent à la normale ne doit pas masquer l’ampleur du traumatisme. « Après un samedi de très fortes tensions, aux conséquences humaines et matérielles considérables, la vie semblait presque avoir repris son cours normal à Rennes aujourd’hui. Pourtant, ce n’est pas le cas et les stigmates des violences sont nombreux », explique l’élue socialiste. Elle tient à saluer les agents municipaux et métropolitains mobilisés depuis deux jours pour remettre la ville en état. « Je veux remercier très sincèrement l’ensemble des services municipaux et métropolitains pour leur mobilisation exemplaire et leur action indispensable depuis 48h », ajoute-t-elle.

La maire insiste particulièrement sur la situation des commerçants, rencontrés au cours de la journée avec plusieurs élus. « Des dizaines de locaux ont été la cible de pillages et de saccages méthodiques », déplore-t-elle. Certains professionnels auraient tout perdu, d’autres auraient subi des menaces. « La sidération est partagée », constate Nathalie Appéré. Laquelle promet de poursuivre l’accompagnement des entreprises sinistrées, en rappelant que ces commerces participent pleinement à la vitalité économique d’une ville déjà confrontée à un contexte national difficile.

Sur le terrain de la sécurité, la première magistrate réclame également des réponses. « La casse gratuite et massive perpétrée par des délinquants ne peut pas se reproduire », affirme-t-elle. Elle demande des dispositifs permettant « une fermeté totale vis-à-vis des pilleurs et des casseurs ». Mais Nathalie Appéré entend aussi distinguer les violences des revendications portées par les manifestants. « Ces violences inadmissibles, que rien n’explique et ne justifie, ne doivent pas occulter la légitimité des revendications sociales du mouvement syndical et lycéen », souligne-t-elle. 

Thomas Rousseau met en cause LFI et la municipalité

Du côté de l’opposition, le ton est nettement plus offensif. Thomas Rousseau, représentant des Républicains à Rennes, apporte son soutien aux commerçants et remercie les forces de l’ordre, dont il dénonce le manque de moyens et d’effectifs. « Nos commerçants sont déjà pénalisés par la mauvaise gestion de la municipalité en matière économique et commerciale », affirme-t-il, avant de rappeler qu’ils ont dû subir « d’insupportables dégradations ».

Le responsable de droite désigne surtout La France insoumise comme l’un des responsables politiques du climat actuel. « LFI qui ne cesse d’appeler à l’insurrection depuis plusieurs semaines porte une lourde responsabilité », accuse Thomas Rousseau. Il va jusqu’à reprendre la question soulevée par Bruno Retailleau sur une éventuelle interdiction du mouvement politique. Une prise de position particulièrement radicale, qui dépasse la seule condamnation des violences rennaises. Thomas Rousseau demande enfin à Nathalie Appéré et à la préfecture de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les habitants, sécuriser le centre-ville et soutenir les commerçants. « Les émeutiers doivent être enfin sanctionnés avec la plus grande fermeté », insiste-t-il.

Charles Compagnon : « La liberté de manifester n’a jamais été la liberté de détruire »

Charles Compagnon, leader de l’opposition municipale, ne cache pas non plus sa colère. Dans une réaction particulièrement ferme, il condamne les pillages et les destructions qui ont frappé le centre-ville. « Ils ne sont pas venus manifester. Ils sont venus détruire », lance-t-il. L’élu apporte son soutien aux commerçants, aux riverains, aux forces de l’ordre, aux sapeurs-pompiers et aux agents municipaux chargés de nettoyer les rues. Mais il refuse surtout toute justification politique des violences. « Aucune revendication, aussi légitime puisse-t-elle être, aucune conviction, aucune colère ne peut justifier que l’on détruise, que l’on saccage ou que l’on pille une ville », affirme Charles Compagnon.

Dans une formule qui résume sa position, il rappelle que « la liberté de manifester n’a jamais été la liberté de détruire. Le droit de contester n’a jamais été le droit de piller. Rennes n’appartient ni aux casseurs, ni aux Black Blocs, ni à ceux qui voudraient imposer leurs idées par la violence », poursuit l’élu. Il réclame l’identification des responsables et leur traduction devant la justice. « Rennes mérite le respect. Les Rennais méritent la sécurité », conclut-il.

Le Rassemblement national accuse la gauche et les macronistes

Le Rassemblement national entre lui aussi dans la polémique. Dans un communiqué publié ce dimanche 18 octobre, Julien Masson, porte-parole du RN à Rennes, souhaite une clarification des responsabilités politiques. « À Rennes, des comptes doivent être rendus », affirme-t-il. Le responsable politique s’en prend directement à La France insoumise et à la députée Marie Mesmeur. « La France Incendiaire est directement responsable », accuse-t-il. Au passage, il reproche à Nathalie Appéré sa complaisance envers certains groupes d’extrême gauche. Le porte-parole du RN évoque notamment les dégradations commises à l’université Rennes 2. « La maire de Rennes, elle, ne peut condamner les violences sans s’expliquer sur sa complaisance envers les miliciens d’extrême gauche », affirme-t-il.

Mais le RN ne réserve pas ses critiques à la gauche. Charles Compagnon est également pris pour cible en raison de son positionnement politique. Julien Masson dénonce « un pouvoir macroniste aux abois » qu’il juge incapable, depuis dix ans, de rétablir l’ordre. Il reproche au passage au camp présidentiel ses consignes électorales lors des législatives de 2024. « Les dix ans de macronisme se terminent dans un chaos absolu », écrit Julien Masson, avant d’appeler à un « sursaut » autour de Marine Le Pen.

SUD-PTT dénonce une « doctrine policière très dangereuse »

À rebours des réactions de la droite, le syndicat SUD-PTT d’Ille-et-Vilaine propose une tout autre lecture des événements. Dans un communiqué diffusé ce dimanche, il salue l’ampleur de la mobilisation du 17 octobre, qu’il évalue à 30 000 manifestants, un chiffre nettement supérieur aux 12 000 personnes recensées par la préfecture. Pour le syndicat, cette journée traduit une colère sociale profonde, qui dépasse largement les revendications des lycéens. « Réduire le mouvement des lycéens et aujourd’hui celui de couches très larges de la population à des revendications « matérielles » (…) c’est ne rien comprendre aux inégalités sociales qui se creusent », explique SUD-PTT.

Le syndicat met surtout en cause la stratégie policière. Sous le titre « Une doctrine policière très dangereuse ! », il dénonce l’emploi des gaz lacrymogènes, des grenades et des canons à eau face aux manifestants. Selon son communiqué, les premières interventions seraient survenues dès 14 h 30, avant même que le cortège ne commence à avancer. « Faire cela dans une foule compacte, c’est risquer de graves conséquences », estime SUD-PTT.

L’organisation avance un bilan de près de 50 blessés depuis le début du mouvement, dont 29 pour la seule journée du 17 octobre. Elle évoque également au moins une centaine d’interpellations à Rennes depuis le début de la contestation, dont 65 samedi. Des chiffres syndicaux qui ne recoupent pas nécessairement les bilans communiqués par les autorités. SUD-PTT affirme par ailleurs qu’un retraité aurait été gravement blessé à la jambe par une grenade GL 304.  « Croire qu’un tel mouvement puisse s’arrêter du jour au lendemain est bien illusoire », prévient l’organisation. Elle apporte son soutien à la poursuite de la mobilisation et appelle les forces syndicales à s’engager dans un mouvement durable, plutôt que dans des journées d’action isolées. 

De son côté, le syndicat Alliance Police nationale d’Ille-et-Vilaine ne mâche pas ses mots. Dans un communiqué publié ce dimanche 18 octobre, il revient sur les violences de la veille avec un titre particulièrement fort : « Rennes : une journée de guerre civile, la République sauvée ! » Pour l’organisation syndicale, les forces de l’ordre ont été confrontées à une situation d’une extrême gravité. « Dès 7 heures du matin, la rocade était envahie et la circulation totalement interrompue », rappelle Alliance. Le syndicat assure que plusieurs bâtiments institutionnels figuraient parmi les objectifs des groupes violents. « Face à la gravité des événements, les forces de l’ordre ont défendu les lieux de pouvoir, notamment la mairie, le Parlement de Bretagne et la préfecture », précise-t-il.

Alliance salue particulièrement la mobilisation des policiers, dont certains seraient venus spontanément renforcer leurs collègues. « La République a tenu grâce à l’abnégation, au courage et au professionnalisme des forces de l’ordre », affirme le syndicat, qui situe la fin des affrontements vers 2 heures du matin. Dans son communiqué, l’organisation répond également aux accusations visant les policiers. « À ceux qui affirmaient que la police provoquait les violences, les événements rappellent une réalité essentielle : sans l’engagement des forces de l’ordre, nos institutions auraient été gravement menacées », estime-t-elle.

Le syndicat adresse une pensée aux commerçants et aux Rennais victimes des dégradations, ainsi qu’aux policiers blessés. Il remercie également « la majorité silencieuse » pour ses messages de soutien et ses gestes amicaux sur le terrain. Mais Alliance ne considère pas l’épisode comme clos. « Malheureusement, cet épisode de violences n’est pas terminé », prévient-il. Le syndicat réclame désormais à l’État « un soutien indéfectible » aux forces de l’ordre ainsi qu’« une réponse judiciaire ferme » à l’encontre des personnes interpellées. Derrière les condamnations, une question demeure : comment permettre aux Rennais de manifester librement, tout en évitant que leur centre-ville ne soit une nouvelle fois livré aux pillages et aux destructions ?

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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