Après plusieurs semaines de manifestations, de violences et de perturbations dans le centre-ville de Rennes, les commerçants tirent la sonnette d’alarme. Une pétition en ligne, lancée par le Collectif des commerçants, artisans et travailleurs indépendants de Rennes, réclame un plan d’urgence pour soutenir les professionnels fragilisés. Le texte, qui comptabilise déjà 2 229 partages au moment de sa consultation, interpelle directement les pouvoirs publics.
Les manifestations successives commencent à peser lourdement sur l’activité économique du centre-ville rennais. Restrictions de circulation, transports perturbés, stationnements supprimés, rendez-vous annulés et fermetures anticipées : pour de nombreux professionnels, les conséquences financières s’accumulent. Dans une pétition publiée sur Change.org, le Collectif des commerçants, artisans et travailleurs indépendants de Rennes demande une réaction rapide des autorités. « Notre démarche n’est dirigée ni contre les syndicats, ni contre les organisations à l’origine de ces mobilisations, ni contre le droit de manifester auquel nous demeurons profondément attachés », précise-t-il.
Mais les signataires dénoncent une situation dans laquelle les acteurs économiques supporteraient seuls les conséquences des troubles. Le dernier rassemblement du samedi 24 octobre 2026, pourtant interdit par la préfecture et dont l’interdiction avait été confirmée par le tribunal administratif, a renforcé leur inquiétude. Pour le collectif, cet épisode illustre les difficultés rencontrées par les entreprises, indépendamment de leur responsabilité dans les événements. « Il apparaît difficilement concevable que des entreprises déjà fragilisées puissent continuer à assumer seules les conséquences financières de rassemblements organisés malgré une mesure d’interdiction préalable. »
Nos pertes interviennent dans un contexte déjà marqué par la hausse des charges sociales, des coûts énergétiques et des loyers commerciaux.
Pour sortir de cette situation, les pétitionnaires réclament d’abord la reconnaissance officielle du préjudice économique subi par les professionnels. Ils demandent notamment des exonérations totales ou partielles de cotisation foncière des entreprises (CFE), des allègements de taxe locale sur la publicité extérieure (TLPE), ainsi que des réductions ou remboursements des redevances d’occupation du domaine public. Ils souhaitent également une mobilisation exceptionnelle de l’Urssaf et du Conseil de la protection sociale des travailleurs indépendants (CPSTI), avec des reports de cotisations sans pénalités et des aides adaptées aux entreprises les plus touchées. La création d’un fonds exceptionnel de compensation, destiné aux établissements capables de justifier une baisse significative de chiffre d’affaires, figure également parmi les principales revendications.
Le collectif entend aussi redonner envie aux consommateurs de fréquenter le centre-ville à l’approche des fêtes de fin d’année. Parmi ses propositions figurent la gratuité du réseau STAR et des parkings publics de Rennes Métropole jusqu’au 31 décembre, ainsi que leur gratuité automatique les jours de manifestations déclarées. Une campagne de communication en faveur des achats locaux, des animations commerciales et des opérations destinées à renforcer l’attractivité du cœur de ville sont également souhaitées. Les pétitionnaires demandent enfin l’organisation rapide d’une table ronde réunissant la préfecture, la Ville de Rennes, Rennes Métropole, les parlementaires, les chambres consulaires et les organismes sociaux.
Dans les commentaires accompagnant la pétition, plusieurs commerçants expriment leur désarroi. « Les aides annoncées visent les commerces pillés ou dégradés. Les établissements qui n’ont subi aucun dégât mais perdent une part importante de leur chiffre d’affaires depuis plusieurs jours, en sont écartés de fait », témoigne Hubert. Lequel rappelle les précédentes périodes de tensions, notamment en 2016 et au printemps 2023. Emmanuel redoute, lui, de voir les vitrines illuminées céder la place à « des rideaux de fer baissés, des vitrines vides, sombres, des rues désertes ». D’autres contributeurs évoquent les difficultés de trésorerie, la peur des dégradations et la nécessité de maintenir un centre-ville accessible.
Au-delà des mesures financières, cette mobilisation traduit une inquiétude plus profonde sur l’avenir commercial de Rennes. « Nous ne demandons pas de privilèges, mais de pouvoir travailler en sécurité et de continuer à faire vivre notre ville », résume un commerçant dans les commentaires. La pétition s’adresse notamment à la préfète d’Ille-et-Vilaine, à la maire de Rennes, aux parlementaires et aux représentants du monde économique. Elle appelle à une solidarité institutionnelle pour préserver l’emploi, les commerces de proximité et l’attractivité du centre-ville. Avec une formule qui résume l’état d’esprit de ses auteurs : « Manifester est un droit. Travailler en est un aussi. » Pour rappel, la préfète avait réuni les commerçants au lendemain de la première manifestation (voir notre article). Lors de cette réunion, elle avait notamment interdit les attroupements nocturnes.


