Vitrines fracassées, commerces pillés, barricades incendiées, affrontements avec les forces de l’ordre… Ce samedi 17 octobre 2026, Rennes a vécu un après-midi de violences. Après une manifestation qui avait rassemblé 12 000 personnes selon la préfecture, plusieurs centaines d’individus ont semé le chaos dans le centre-ville. À 20 h, les affrontements se poursuivaient encore. Quarante personnes avaient été interpellées.
Il n’y a parfois pas assez de mots pour décrire le chaos. Ce samedi 17 octobre, en marge de « l’appel du 17 octobre », la capitale bretonne a vécu une journée de violences et de destructions. Après un début de manifestation relativement calme, Rennes est devenue une ville KO debout. Autour de la place de la République, les scènes de pillage, les incendies et les affrontements se sont multipliés, ternissant une nouvelle fois l’image de la capitale bretonne.
Vers 16 h, la situation était confuse, très confuse. Rue du Maréchal-Joffre, pont Pasteur, des groupes d’individus masqués harcelaient les forces de l’ordre. En riposte, gendarmes et CRS tentaient de disperser les groupes à coups de grenades lacrymogènes, notamment rue Vasselot où les détonations résonnaient entre les façades et la fumée envahissait les rues. «C’est la guerre,», commentait un vieux monsieur.
Un quart d’heure plus tard, les premières vitrines cédaient dans le quartier. Et ce n’était que le début. Les commerces étaient pris pour cibles les uns après les autres. Chez Orange, chez des opticiens, dans des magasins de chaussures, les pillages étaient commis par des hommes habillés en noir et encagoulés. Beaucoup d’entre eux repartaient avec des lunettes, des vêtements de marque et diverses marchandises.
Ici où là, les vitrines éventrées laissaient apparaître des boutiques sens dessus dessous. Le centre-ville prenait des allures de champ de ruines. Non loin de là, l’agence immobilière Giboire était dévastée, sous les vivats de certains individus présents. Dans un café, une jeune femme observait les événements avec une forme de résignation. « C’est un bordel organisé », lâchait-elle. Avant d’ajouter : « C’était le but de la journée. Disperser les forces pour rendre folle la police. »
Mais pas le temps de palabrer ! Derrière la place de la République, un nouveau feu était allumé. Des individus s’acharnaient sur des Abribus, brisant les vitres et arrachant du mobilier urbain. À quelques mètres, un manifestant, une barre de fer à la main, criait en direction des policiers, devant un magasin de farces et attrapes dont la vitrine venait d’être fracassée. Partout, le même spectacle de désolation et de destruction.
Après une nouvelle charge policière, retour rue de Nemours. La boutique Orange commençait à prendre feu. Au loin, les détonations continuaient de retentir, mêlées aux cris des manifestants et aux sirènes des véhicules de secours. Des rues étaient dépavées pendant que les sapeurs-pompiers tentaient d’éteindre plusieurs foyers d’incendie, parfois sous les vivats d’une partie de la foule.
Rue Vasselot, des manifestants blessés étaient pris en charge par des « médics », ces secouristes volontaires présents dans certains cortèges. Autour d’eux, des jeunes formaient des cordons de protection. À quelques dizaines de mètres, les forces de l’ordre poursuivaient leurs interventions, notamment place du Parlement où elles interpellaient un jeune homme. Un manifestant lançait alors cette formule : « On brûle les ordures parce qu’on ne peut pas s’en prendre aux ordures qui nous gouvernent. »
Vers 18 h, devant les Galeries Lafayette, de nouveaux groupes s’attaquaient aux vitrines. Sous les coups répétés, les devantures finissaient par céder. Les scènes de casse se succédaient, tandis que les forces de l’ordre tentaient de reprendre le contrôle des différents secteurs. À chaque dispersion, les groupes semblaient se reformer quelques rues plus loin. Le centre-ville était devenu le théâtre d’un incessant jeu du chat et de la souris. À 20 h, la place de la République demeurait l’un des principaux points de tension où les affrontements se poursuivaient au milieu des lacrymogènes et des tirs de mortiers..
12 000 manifestants, 40 interpellations et plus de 20 incendies
Dans un communiqué diffusé dans la soirée, la préfecture d’Ille-et-Vilaine dressait un premier bilan de cette journée. Selon les services de l’État, la manifestation non déclarée a débuté à 14 h et rassemblé 12 000 personnes. Mais dès 14 h 30, plusieurs centaines d’individus « particulièrement hostiles », masqués et vêtus de noir, ont commencé à s’en prendre aux forces de sécurité. La préfecture évoquait des tirs de mortiers d’artifice, des jets de pavés et de matériels de chantier. Des barrières municipales ont également été utilisées pour dresser des barricades et organiser des attaques contre les policiers. « Ces mêmes groupes à risque ont attaqué et dégradé plusieurs commerces autour de la place de la République et dans le centre-ville », précisait-elle.
Face à ces violences, les policiers ont fait usage d’un engin lanceur d’eau et de moyens de défense intermédiaires. Selon la préfecture, ces interventions visaient à protéger les autres manifestants et les riverains, ainsi qu’à mettre fin aux dégradations. À 20 h, 40 personnes avaient été interpellées depuis le début de la journée, notamment pour violences, dégradations et port d’arme. Les sapeurs-pompiers étaient intervenus sur plus de 20 feux de poubelles et de barricades.
Dans le même temps, la maire de Rennes, Nathalie Appéré, sortait de son silence. Dans une déclaration particulièrement ferme, elle distinguait les milliers de manifestants venus exprimer pacifiquement leurs revendications des groupes responsables des destructions. « L’immense majorité d’entre elles ont défilé dans le calme pour porter leurs revendications, dans une ambiance le plus souvent familiale, festive et respectueuse des personnes et des biens. » Mais l’élue socialiste ne cachait pas sa colère devant les scènes de violences qui se poursuivaient dans sa ville. « Le déferlement de violence orchestré par plusieurs centaines de casseurs et de pillards, qui font régner le chaos depuis le milieu de l’après-midi, est totalement sidérant. Les dégâts sont considérables. »
La maire condamnait « très fermement les dégradations, les pillages et les violences commis par ces groupes de casseurs, qui s’en prennent sans discontinuer aux forces de l’ordre ». Elle apportait également son soutien « aux habitants, commerçants et acteurs économiques qui en sont les victimes » et demandait à l’État « de tout mettre en œuvre pour protéger notre ville ». Face à une situation encore incontrôlée, Nathalie Appéré appelait les Rennais à la plus grande prudence. « Nous suivons l’évolution en permanence dans une cellule de crise et les services municipaux sont prêts à intervenir pour réparer les dégâts dès que le calme sera revenu. » Ce samedi soir, le calme n’était toujours pas revenu dans les rues de Rennes. Une nouvelle fois, Rennes s’est retrouvée KO debout. Et au lendemain des violences, il restera aux commerçants, aux habitants et aux services municipaux à mesurer l’étendue des dégâts.
Dernier point par la préfecture (21 h 30): Des violences urbaines sont en cours en centre-ville de Rennes, à la suite de la manifestation de cet après-midi. Des individus jeunes, très mobiles, toujours aussi nombreux et masqués, tirent des mortiers contre les forces de l’ordre, dégradent les commerces et mettent le feu à des barricades. Les policiers et gendarmes mobiles restent toujours extrêmement mobilisés pour mettre fin à ces faits de violence majeure. Vingt policiers et gendarmes mobiles ont été blessés dont 3 évacués à l’hôpital. 51 individus ont été interpellés.


