Trois étoiles pour son intérêt patrimonial, mais pas de quoi échapper aux pelleteuses ! Au 43, rue Jean-Guéhenno, à Rennes, une maison du XVIIe siècle est promise à la démolition. Vieille de près de quatre siècles, cette ancienne auberge du Bois de Vincennes est un des derniers témoins du faubourg Saint-Laurent. Sa disparition annoncée provoque l’indignation des Amis du patrimoine rennais, qui dénoncent « 350 ans d’histoire à la benne ! ».
À Rennes, les étoiles ne protègent pas toujours des démolitions. La preuve au 43, rue Jean-Guéhenno, où une demeure plusieurs fois centenaire va prochainement disparaître. À première vue, l’immeuble n’a rien d’un château ni d’un hôtel particulier. Sa façade enduite dissimule pourtant une histoire qui remonte à la première moitié du XVIIe siècle. À l’époque, Rennes se concentrait encore largement derrière ses remparts. Au-delà, les chemins menant vers les campagnes et les villes voisines étaient bordés de petites habitations, d’ateliers et d’auberges. La maison du Bois de Vincennes appartenait à cet univers aujourd’hui presque effacé.
Située sur l’ancien itinéraire reliant Rennes à Fougères, elle aurait accueilli des voyageurs dans le faubourg Saint-Laurent. Son nom a d’ailleurs traversé les siècles puisqu’il a été donné à une ruelle voisine, devenue la rue de Vincennes. Avec sa structure en pan de bois et ses matériaux traditionnels, notamment le schiste, elle conserve les traces d’une architecture populaire antérieure aux grandes transformations urbaines du XIXe siècle. Un morceau du vieux Rennes, en somme, loin des façades prestigieuses du centre historique.
La maison n’était pourtant pas passée inaperçue auprès des spécialistes du patrimoine. Dans le Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi), elle bénéficie d’une identification à trois étoiles, réservée aux constructions présentant un intérêt patrimonial particulièrement élevé. Cette reconnaissance semblait lui promettre une certaine tranquillité. Mais voilà : la protection urbanistique n’est pas une assurance-vie pour les vieilles pierres.
Depuis 2016, l’immeuble est vide de ses occupants. Cette année-là, son état avait nécessité un étaiement d’urgence afin de prévenir un effondrement. Dix ans plus tard, sa situation ne s’est manifestement pas améliorée. La municipalité a finalement autorisé sa démolition, estimant que le bâtiment présente un danger pour la sécurité. Le règlement d’urbanisme permet en effet certaines dérogations aux mesures de préservation lorsque l’état d’un édifice menace la sécurité ou la salubrité.
Cette décision fait bondir les Amis du patrimoine rennais. Dans leur communiqué du 15 octobre 2026, ils lancent un véritable cri d’alarme : « 350 ans d’histoire à la benne ! » Pour l’association, la disparition d’une demeure aussi ancienne, officiellement reconnue pour sa valeur architecturale, soulève une interrogation essentielle. À quoi bon inventorier les richesses patrimoniales de la ville si celles-ci peuvent finalement être sacrifiées ?
À la place de l’ancienne auberge, un projet de résidence d’habitat partagé pour seniors doit être réalisé par Ressources urbaines et Sembreizh (en témoigne le permis de démolir). Il ne devrait pas en revanche ignorer totalement le passé du site. Des dispositions architecturales y sont prévues pour évoquer la mémoire de l’ancienne demeure, sous l’égide des services compétents en matière d’urbanisme et de patrimoine, comme l’architecte des Bâtiments de France.
Reste à savoir ce que signifie réellement conserver la mémoire d’un bâtiment lorsque celui-ci n’existe plus. Une façade contemporaine, quelques matériaux rappelant l’ancienne construction ou une référence historique pourront-ils remplacer une maison qui avait traversé près de quatre siècles ? À Rennes, la question dépasse largement le seul numéro 43 de la rue Jean-Guéhenno. Dans une ville où les maisons à pans de bois constituent une part importante de l’identité architecturale, la conservation du patrimoine ne concerne pas uniquement les monuments emblématiques. Elle touche aussi ces bâtisses discrètes, parfois fatiguées, qui racontent la vie quotidienne des générations précédentes. Dans le passé, en mars 2017, un précédent avait déjà eu lieu. Une demeure classée d’intérêt patrimonial, avait été elle aussi détruite. Voir notre article.


