Pendant des mois, ces bandits de grands chemins ont écumé les routes du Grand Ouest, fracturant les utilitaires des artisans pour dérober leur matériel professionnel. Près de 400 vols leur étaient reprochés, dont 160 en Ille-et-Vilaine. Après trois jours d’audience, le tribunal correctionnel de Rennes a rendu son jugement, ce jeudi 15 octobre 2026. Six hommes ont été condamnés, dont deux à de la prison ferme avec maintien en détention.
Pour de nombreux artisans bretons, ces vols avaient tourné au cauchemar. Au petit matin, certains découvraient leur fourgon fracturé, les portes forcées et leurs précieux outils envolés. Perceuses, scies, ponceuses, meuleuses, compresseurs… Tout ce qui pouvait être facilement transporté et revendu intéressait les malfaiteurs. Au-delà du préjudice financier, souvent de plusieurs milliers d’euros, ces disparitions pouvaient mettre en péril l’activité des professionnels, privés du matériel indispensable à leurs chantiers.
Dès décembre 2024, Rennes Infos Autrement avait relayé l’alerte de la gendarmerie d’Ille-et-Vilaine face à la multiplication de ces vols. Le phénomène touchait aussi bien les véhicules stationnés devant les domiciles que ceux garés sur la voie publique ou à proximité des chantiers. Mais derrière ces effractions à répétition se dessinait une organisation bien plus vaste.
Des expéditions nocturnes depuis la région parisienne
Entre octobre 2024 et juin 2025, les auteurs de ces vols avaient multiplié les déplacements depuis la région parisienne vers les départements de l’Ouest. Leur méthode était bien rodée : repérer les véhicules utilitaires, forcer leurs systèmes de fermeture et emporter le maximum d’outillage électroportatif. Certaines nuits, jusqu’à treize fourgons auraient été visités au cours d’une seule expédition.
En Ille-et-Vilaine, environ cinquante communes ont été concernées, notamment Vitré, Châteaubourg, Châteaugiron, Saint-Méen-le-Grand, Mélesse, Montfort-sur-Meu et Combourg. Le 12 janvier 2025, plusieurs communes du pays de Vitré et des environs de Châteaugiron avaient ainsi été frappées en quelques heures. Au total, 143 artisans ou entreprises du département figurent parmi les victimes identifiées, sur 175 dans le Grand Ouest.
Les investigations ont conduit les enquêteurs jusqu’en Île-de-France, notamment en Seine-Saint-Denis et dans plusieurs communes de la périphérie parisienne. Les outils volés étaient acheminés vers la région parisienne, où ils pouvaient être stockés puis revendus, notamment sur des plateformes en ligne. Les enquêteurs se sont également intéressés aux circuits de recel et aux personnes susceptibles d’avoir participé à l’écoulement du matériel.
Deux condamnés maintenus en détention
Depuis mardi 13 octobre, six hommes comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Rennes. Quatre étaient poursuivis pour des vols aggravés et leur participation à une association de malfaiteurs, tandis que deux autres devaient répondre de recel. Le jugement est tombé ce jeudi 15 octobre. Les deux prévenus considérés comme les plus impliqués ont écopé des sanctions les plus lourdes. Satchi Ayivi, 20 ans, a été condamné à trente mois de prison, dont douze avec sursis. Youssef Elbaz, également âgé de 20 ans, a été condamné à trois ans d’emprisonnement, dont un avec sursis. Tous deux, déjà incarcérés, ont été maintenus en détention.
Pour leurs complices qui comparaissaient libres, la partie ferme des peines pourra être aménagée sous bracelet électronique. Les six condamnés se voient également interdire de séjourner en Ille-et-Vilaine pendant trois ans. Cette affaire avait déjà donné lieu à plusieurs procédures devant d’autres juridictions, notamment à Brest et à Angers. À Rennes, un mineur avait également été condamné en juillet 2026 à dix-huit mois de prison, dont neuf ferme. Face à ce phénomène, la gendarmerie avait rappelé plusieurs précautions : éviter de laisser du matériel coûteux dans les utilitaires pendant la nuit, privilégier les garages fermés, stationner si possible les portes arrière contre un mur et conserver les numéros de série des équipements. En cas de vol, les enquêteurs recommandent également de préserver les traces d’effraction. Photos d’illustration.


