Il avait réussi le concours de sous-officier de gendarmerie. Mais une nuit en discothèque, suivie d’une prise de service manquée en raison de son alcoolisation, a compromis ses ambitions. Affecté dans une brigade des Côtes-d’Armor, un jeune gendarme adjoint volontaire s’est vu refuser son recrutement malgré sa réussite aux épreuves. Il a contesté cette décision devant la justice. Le 13 octobre 2026, le tribunal administratif de Rennes a donné raison à sa hiérarchie.
Tout commence le 21 mai 2023. Le jeune militaire, arrivé dans la gendarmerie costarmoricaine en novembre 2021, doit prendre son service à 9 heures pour accueillir le public. Depuis la veille à 19 heures, il est également d’astreinte. Autrement dit, il doit rester joignable et disponible en cas de besoin. Mais ce dimanche matin, impossible de le contacter. Entre 8 heures et 9 heures, son supérieur tente de le joindre à plusieurs reprises sur son téléphone professionnel. Sans succès. Le gendarme rappelle finalement à 9 h 23. Il présente ses excuses et explique ne pas pouvoir assurer son service « en raison de son état d’imprégnation alcoolique ». La veille, il avait passé la soirée en discothèque avec des amis et consommé de l’alcool.
L’affaire ne reste pas sans conséquences. Le 19 juillet 2023, le commandant de la région de gendarmerie de Bretagne lui inflige trente jours d’arrêts, une sanction disciplinaire militaire, avec dispense d’exécution. Mais le jeune homme avait entre-temps réussi le concours externe de sous-officier de gendarmerie. Le 7 juillet, son nom figurait sur la liste des candidats admis. Une belle perspective de carrière, brutalement contrariée. Le 25 juillet, le ministère de l’Intérieur refuse de l’autoriser à signer son contrat d’engagement. Le militaire conteste alors sa sanction et ce refus de recrutement devant la justice administrative.
Devant les magistrats, le jeune gendarme tente de défendre sa position. Il rappelle notamment que l’accueil de la brigade n’ouvrait qu’à 9 heures et non à 8 heures. Il estime également que son astreinte ne lui interdisait pas de fréquenter une discothèque située à proximité de son lieu de service. Mais le tribunal fait une distinction importante : ce n’est pas sa sortie nocturne, en elle-même, qui lui est reprochée. C’est son absence à 9 heures, son incapacité à travailler en raison de son alcoolisation et son silence face aux appels de sa hiérarchie. Les magistrats sont catégoriques : « Ce faisant, il a méconnu son obligation de service et son obligation de dignité ». Ils ajoutent : « Il a également porté atteinte au bon fonctionnement et à la continuité opérationnelle de sa brigade. »
Le tribunal reconnaît pourtant que le jeune militaire avait jusque-là donné satisfaction. Mais ses bonnes appréciations ne suffisent pas à effacer cet épisode. Les juges valident les trente jours d’arrêts avec dispense d’exécution. Ils confirment également le refus de recrutement comme sous-officier. Selon le jugement, le ministère pouvait considérer que le candidat ne présentait pas les aptitudes exigées pour cette fonction, compte tenu des « exigences d’exemplarité attendues d’un sous-officier de gendarmerie » et du caractère récent des faits. Le recours est donc rejeté. Pour ce jeune gendarme, une seule nuit aura suffi à lui fermer les portes de la carrière de sous-officier qu’il espérait embrasser.


