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mardi 22 septembre 2026
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Rennes : l’armée veut conserver ses emprises sur fond de montée en puissance de la défense

Pendant près de dix ans, dans le centre-ville, les sept hectares du quartier Foch ont été promis à la vente. Ce temps semble révolu. L’armée entend désormais consolider et densifier ses emprises rennaises pour accompagner ses nouveaux besoins. Réservistes, service national, cyberdéfense et futur centre d’excellence consacré à l’intelligence artificielle : à Rennes, le foncier militaire redevient stratégique.

À Rennes, l’armée a besoin de place. Au début des années 2010, la tendance était pourtant inverse : rationaliser les implantations, regrouper les services et envisager la vente d’emprises militaires particulièrement convoitées par les aménageurs. Le quartier Foch, avec ses sept hectares en pleine ville et quelque 50 000 m² de bâtiments, en était l’exemple emblématique. Sa cession avait été envisagée pendant près d’une décennie. Mais dès 2022, le général Laurent Michon, alors nouveau chef militaire de l’Ouest, avait annoncé un changement de doctrine. « Rennes est très attractive. J’ai besoin de densifier et d’héberger », expliquait-il alors à Ouest-France.

Quatre ans plus tard, son successeur, le général Emmanuel Charpy, confirme cette orientation au grand dam sans doute de la promotion immobilière et de la municipalité. « Sur tout ce qui est projet immobilier, on est bien plus dans une phase de consolidation, de densification », explique-t-il. Mais le changement dépasse Foch. « Le deuxième effort sera de conserver d’abord et de valoriser des emprises qui, pour l’instant, ne sont pas utilisées », précise Emmanuel Charpy. Car les besoins repartent à la hausse. À Rennes, la montée en puissance de la cyberdéfense et des systèmes d’information militaires a déjà changé la donne. S’y ajoutent désormais le développement de la réserve opérationnelle et le nouveau service national : 600 jeunes volontaires sont attendus progressivement dans les armées de la zone Ouest. Autant de personnels qu’il faudra accueillir, former et équiper au plus vite.

Un centre d’excellence de l’OTAN consacré à l’IA en préparation

Rennes pourrait bientôt devoir faire de la place à une nouvelle activité stratégique : l’intelligence artificielle de défense. Un centre d’excellence de l’OTAN consacré à l’IA est en préparation dans la métropole rennaise, avec un objectif de mise en service à l’été 2027. Sa création n’a toutefois pas encore été formellement actée par les instances de l’Alliance. Interrogé sur le sujet, le général Emmanuel Charpy se montre prudent. Il ne confirme ni son aboutissement définitif, ni le site sur lequel cette nouvelle structure pourrait prendre place. Mais sa préparation est déjà engagée. L’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (Amiad) a lancé depuis Bruz un premier recrutement. Il s’agit de trouver un pilote chargé de préfigurer le projet, d’en définir les grandes lignes, de contribuer à son Program of Work, de préparer le mémorandum d’entente opérationnel et de recruter l’équipe française.

À terme, le centre devrait réunir une quarantaine de personnes, militaires ou civils détachés par les pays de l’Alliance souhaitant participer au projet. La France en serait le « pays cadre ». Les autres États volontaires, devenus pays « parrains », participeraient à son financement et mettraient des personnels à disposition. Le centre pourrait notamment proposer des formations, organiser des challenges, effectuer des retours d’expérience et des comparaisons, mais aussi nourrir plus largement la réflexion autour des usages militaires de l’intelligence artificielle.

Le choix de Rennes n’aurait rien d’un hasard. Bastion historique des télécommunications et de la cyberdéfense, la métropole accueille depuis 2024 l’Amiad, dont le pôle technique est installé à Bruz. Selon l’agence, elle comptait environ 200 personnes au printemps et doit atteindre 300 agents d’ici à la fin de l’année 2026, avec un pôle technique à Bruz et un pôle recherche à Palaiseau. Les équipes travaillent déjà sur des applications militaires concrètes de l’IA, parmi lesquelles la coordination de drones aériens et de robots terrestres.

Des mètres carrés redevenus stratégiques

Du quartier Foch au développement de l’intelligence artificielle, ces évolutions donnent une tout autre valeur au patrimoine immobilier militaire. Ce qui pouvait encore apparaître, il y a quelques années, comme une réserve foncière susceptible d’être rendue à la ville constitue aujourd’hui une capacité que les armées préfèrent préserver sur le long terme. Derrière cette volonté se dessine aussi la priorité affichée par Emmanuel Charpy : l’opérationnel. Le général veut préparer les forces à l’hypothèse d’un engagement majeur de haute intensité, mais aussi aux menaces hybrides susceptibles d’avoir des répercussions directes sur le territoire national, notamment dans le domaine cyber. Les unités doivent parallèlement continuer à s’entraîner, avec de nouveaux exercices prévus dans l’Ouest, notamment du côté de Vannes. Réserves, service national, cyberdéfense ou intelligence artificielle : les casernes et terrains que l’on regardait hier comme de possibles futurs quartiers urbains redeviennent des outils de défense.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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