Une AESH de l’académie de Rennes avait été licenciée pour abandon de poste après une reprise de travail qui n’avait duré que quelques heures. Mais entre son départ de l’école, ses échanges avec le rectorat et un nouvel arrêt maladie, le tribunal administratif estime que l’abandon de poste est loin d’être évident.
Tout commence le 5 février 2026, à l’école Lucie-Aubrac de Pont-Péan. Ce matin-là, une accompagnante d’élèves en situation de handicap (AESH) reprend son travail après une longue absence pour raisons de santé. Elle a été déclarée apte à reprendre ses fonctions par les instances médicales et le rectorat lui a fixé rendez-vous à 8 heures. L’AESH se présente bien à l’école. Mais sa reprise ne dure que quelques heures.
Selon ses explications devant la justice, son état inquiète la directrice de l’établissement. La responsable de l’établissement lui demande de rentrer chez elle, accompagnée par un tiers ou par le SAMU. Elle lui aurait également indiqué que le rectorat reprendrait contact avec elle. Un récit que l’administration n’a pas véritablement contesté devant le tribunal.
Une semaine plus tard, le 12 février, le rectorat appelle la requérante. L’administration lui lui impose de reprendre son travail le 2 mars, à 8 heures. L’AESH prévient alors qu’elle ne pourra pas être présente à cette date, notamment en raison d’une cure thermale programmée de longue date. La lettre recommandée arrive à son domicile le 16 février. Mais elle n’est pas récupérée et repartira avec la mention « pli avisé et non réclamé ».
Trois jours plus tard, le 19 février, l’AESH adresse au rectorat un nouvel arrêt de travail, établi par son médecin pour la période du 18 février au 19 mars. Elle est donc en arrêt maladie le 2 mars, jour où elle était censée reprendre son poste. Huit jours plus tard, la rectrice de l’académie de Rennes prononce son licenciement pour abandon de poste. La salariée conteste par un recours gracieux rejeté le 29 juin. Elle saisit alors le tribunal administratif de Rennes et demande en urgence la suspension de son licenciement.
Pour rendre son jugement, le tribunal regarde surtout l’enchaînement des faits. Il se penche sur l’arrêt de travail le 19 février, avant la date du 2 mars à laquelle elle devait reprendre ses fonctions. C’est là que l’analyse juridique devient déterminante. Le juge rappelle la règle suivante : un agent déclaré apte à reprendre son travail peut néanmoins produire un nouvel arrêt maladie. Dans ce cas, l’administration doit examiner si ce certificat apporte des éléments nouveaux par rapport à ceux sur lesquels les instances médicales avaient fondé leur avis.
Pour le tribunal, l’ensemble des circonstances fait donc naître un « doute sérieux » sur la légalité du licenciement. Le rectorat pourrait avoir commis une « erreur d’appréciation » en considérant que l’AESH avait rompu tout lien avec son service. Le juge retient également l’urgence. Même si l’intéressée ne percevait plus de traitement depuis septembre 2025, son licenciement mettait fin à son CDI à 62 % d’un temps plein et la privait de la possibilité de percevoir à nouveau le salaire correspondant.
Dans son ordonnance du 15 septembre, le tribunal administratif de Rennes suspend donc le licenciement. Il ordonne au rectorat de réintégrer provisoirement l’AESH dans un délai d’un mois et condamne l’État à lui verser 1 000 euros au titre de ses frais de procédure. L’affaire n’est toutefois pas terminée. Le juge des référés n’a pas annulé définitivement le licenciement. Il appartiendra au tribunal, lorsqu’il examinera le dossier au fond, de déterminer si le rectorat pouvait réellement considérer que cette AESH avait abandonné son poste.


