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vendredi 21 août 2026
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Après l’inversion de PSG-Rennes, vers une meilleure représentation des supporters ?

ÉDITO. L’inversion de PSG-Rennes est désormais actée par la Ligue professionnelle de football. Ce dimanche soir, le Roazhon Park accueillera donc le Paris Saint-Germain à la place du Parc des Princes. Le Stade Rennais pourra se réjouir de jouer à guichets fermés et de profiter d’une affiche de gala avancée de quelques mois. Mais, derrière cette opération menée dans l’urgence, une question demeure : quelle place a-t-on réellement laissée aux supporters ?

La décision de la LFP avait ses raisons. La pelouse parisienne ne permettait pas d’assurer la sécurité des joueurs et le PSG n’avait trouvé aucun stade de repli, notamment au stade Jean Bouin. Sportivement et techniquement, difficile de contester le choix. Mais une décision peut être légitime sans être indolore et incomprise. Beaucoup de supporters rennais avaient déjà organisé leur dimanche à Paris. Trains réservés, hôtels retenus, billets achetés, week-end familial ficelé depuis plusieurs semaines. Pour eux, l’inversion n’a pas simplement déplacé un match sur un calendrier. Elle a bouleversé des projets et souvent occasionné des frais.

Une famille avait ainsi imaginé cette soirée au Parc des Princes comme un dernier moment partagé avant le départ de son fils en Chine pour une année d’études. Thierry, lui, abonné au Stade Rennais depuis cette année se trouve actuellement à l’étranger. Avec cette inversion, il perd l’un des matchs de gala compris dans son abonnement. Rien de dramatique, bien sûr. Mais des histoires comme celles-là, il y en a beaucoup trop! 

Dans le football moderne, le supporter est volontiers célébré comme le « douzième homme ». Les clubs aiment ses chants, ses tifos, ses couleurs et leurs tribunes pleines. Le supporter est indispensable lorsqu’il chante, précieux lorsqu’il paie et photogénique lorsqu’il brandit son écharpe. Pourtant, lorsqu’il s’agit de décider, le douzième homme reste souvent sur le banc, voire reste sur le flanc. Tout juste bon à être un tiroir-caisse. 

À Rennes, plusieurs associations accomplissent un travail précieux. Elles animent les tribunes, organisent les déplacements et entretiennent le dialogue avec le club. Mais tous les supporters ne vivent pas derrière une bâche de kop. Il y a les abonnés discrets, les familles, ceux qui viennent quelques fois dans l’année, les Bretons installés loin de Rennes ou ceux qui économisent pour emmener leurs enfants au stade. Qui parle pour eux ? Le paradoxe rennais mérite d’être souligné. Le Stade Rennais a su, depuis longtemps, organiser autour de lui des cercles réunissant les forces économiques et institutionnelles du territoire. L’Assemblée des deux Hermines en est un exemple. Entrepreneurs, partenaires et personnalités locales peuvent se retrouver, échanger et participer aux réflexions autour du club. Pourquoi pas, finalement. Un club professionnel a besoin de ses partenaires et de ses réseaux.

Mais les décideurs savent très bien se réunir et faire entendre leurs préoccupations. Le peuple des tribunes, lui, demeure beaucoup plus diffus, plus fragmenté. Il n’a pas le droit aux petits fours, encore moins au chapitre ! Pourtant,  pour lui les questions dépassent largement cette seule inversion. Elles touchent au prix des places (parfois prohibitifs), aux horaires annoncés tardivement, aux rencontres du dimanche soir, aux déplacements interdits, aux modifications de calendrier ou encore aux remboursements lorsqu’un cas de force majeure vient bouleverser une organisation.

Le football est devenu une industrie. Les clubs ont leurs actionnaires, les diffuseurs leurs impératifs financiers, les sponsors leurs exigences et les instances leurs calendriers. Il ne serait donc pas extravagant que les supporters disposent eux aussi d’une représentation forte, capable de défendre leur intérêt général, leurs propres intérêts face aux ogres footballistiques. 

La France n’est pourtant pas totalement dépourvue d’outils. Il existe une Association nationale des supporters, une Instance nationale du supportérisme et des référents supporters dans les clubs professionnels. Le dialogue existe donc, au moins sur le papier. Mais dialoguer ne devrait pas seulement consister à évoquer les fumigènes, les déplacements sensibles ou les animations de tribunes. Cela devrait aussi signifier écouter ceux dont une décision bouleverse directement les plans, le portefeuille ou la vie familiale. Pourquoi, dès lors, ne pas imaginer à Rennes (et ailleurs) un véritable conseil des supporters ?

En revanche, ce conseil ne doit rien à voir avec une nouvelle assemblée de notables. Pas davantage avec un super-kop. Mais il serait une instance réunissant les associations, des abonnés, des familles, des jeunes, des supporters éloignés, des personnes handicapées ou de simples spectateurs occasionnels.

Une sorte de parlement des tribunes.

Ce parlement ne choisirait évidemment ni l’entraîneur ni le prochain avant-centre. Il ne faudrait tout de même pas pousser mémé dans les orties…Mais il pourrait être consulté sur la billetterie, les tarifs, les horaires, les déplacements ou les conséquences d’un changement exceptionnel de calendrier. Il pourrait surtout poser au bon moment cette question toute simple : et les supporters dans tout ça ?

Car le fan n’est pas une quantité négligeable. Il n’est pas un écervelé juste capable de beugler : qui ne saute pas n’est pas Rennais! Il est un client comme les autres. Il ne change pas de club parce que le voisin propose 20 % de réduction. Fidèle parmi les fidèles, il revient après les défaites, peste contre son équipe et renouvelle son abonnement. Il transmet même souvent cette étrange maladie à ses enfants. Rien que pour cela, il mérite le respect. Dimanche, le Roazhon Park sera plein, et c’est tant mieux. Mais cette belle image ne devra pas faire oublier ceux qui avaient imaginé un autre dimanche, réservé un autre train ou préparé un autre moment. Ce n’est que du foot, dira-t-on. Justement. Il ne devrait pas être si compliqué d’y écouter un peu mieux ceux qui le font vivre, en dehors de la pelouse. 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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