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lundi 17 août 2026
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Mars 1903 : Mais qui a tué la vieille madame Coulange ?

SÉRIE D’ÉTÉ : Dans les archives des fait-divers rennais

Vision d’horreur pour la femme de ménage, venue faire son travail comme chaque vendredi chez sa patronne, au premier étage du 13 rue de la Monnaie. Ce 28 mars 1903, étonnée de trouver porte close chez la Rennaise de 60 ans, elle prévient le propriétaire de ce magnifique appartement à huit fenêtres donnant sur la rue.

Le propriétaire, un pharmacien respecté officiant à quelques mètres de là, prévient la police qui dépêche un serrurier. Le professionnel n’arrivera d’ailleurs pas à forcer la porte. L’inspecteur de police donne alors l’ordre de briser un carreau et entre.

Aussitôt, tous constatent une habitation en désordre. Ce qui n’est pas habituel chez cette Madame Coulange, d’ordinaire calme et ordonnée. Lorsqu’ils arrivent au salon, les témoins se retrouvent nez à nez avec le cadavre de la locataire, dans une mare de sang. Planté dans son cou, un hachoir de boucher. L’hémoglobine a giclé sur les murs et sur la cheminée.

Sans vie, la « vieille Madame Coulange » git, les vêtements retroussés et le corset défait à la hâte, presque arraché. À ses côtés, un petit canif ensanglanté. La femme de ménage se souvient alors : elle confie à la police que son employeuse attendait une visite, le mardi soir précédent. Comme elle n’avait pas pour habitude d’ouvrir la porte à n’importe qui, et se servait du judas pour identifier ses visiteurs, on en déduit qu’elle a ouvert volontairement à celui venu la tuer. Le crime sexuel est balayé. On mise sur le côté crapuleux de l’acte, bien que les biens de la victime ne semblent pas avoir été dérobés. Au contraire, elle laisse derrière elle une jolie petite fortune à ses cousins éloignés, uniques héritiers connus.

Les rotatives tournent sans cesse

Pendant plusieurs jours, le journal local publie plusieurs éditions quotidiennes, surfant sur le fait divers. Il faut dire qu’à l’époque, ce genre d’assassinat n’est pas commun dans la capitale bretonne. Les journalistes de l’époque vont même jusqu’à déterrer une vieille affaire de strangulation d’une vieille demoiselle par son neveu place des Lices… remontant à 1878. La presse publie les informations plus vite qu’elles ne parviennent aux enquêteurs : les reporters du Ouest-Éclair sont de fins limiers et ont des contacts partout. On apprend ainsi qu’outre deux blessures mortelles au cou, le corps a été criblé de coups de hachoir et de couteau de cuisine. Alors que le médecin légiste se refuse à tout commentaire, le journal parvient à trouver l’heure de la mort : entre 17h et 18h.

Les Rennais s’enferment à double tour

Tant de gros titres sordides et de détails sanglants font peur aux Rennais. Le soir, on s’enferme à double tour. On a peur d’un « homme en noir » que des ragots disent avoir vu rôder peu de temps avant les faits place de Bretagne, où vivait auparavant Madame Coulange. D’autres légendes urbaines apparaissent : un camelot suspect, un mendiant anarchiste ou encore des assassins travestis en religieuses. L’affaire s’essouffle peu à peu, allant d’affabulations en fausses pistes.

Une semaine, un mois, un an… Faute de rebondissement, on oublie la pauvre Madame Coulange. Pire, quelques années plus tard, le fait divers est passé dans le langage courant, et lorsque l’on cherche un objet introuvable, on plaisante : « Tu l’as trouvé ? Quoi donc ?… La carte de visite de l’assassin de Madame Coulange ? »

Julien Moreau
Julien Moreau
Julien Moreau est journaliste de presse locale et chroniqueur judiciaire. Diplômé d'école de journalisme en 2008, il a depuis été reporter pour les rédactions du Parisien-Aujourd'hui en France, Ouest France et le Télégramme. Il a également collaboré avec la presse nationale (Le Canard Enchaîné, Le Nouvel Obs, 60 millions de consommateurs et Canal+) comme correspondant justice et politique.

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