Agence PressPepper. Près de deux ans et demi après la spectaculaire fusillade de la place du Banat, à Rennes, la justice poursuit son travail. Ce vendredi 26 juin 2026, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes a confirmé le maintien en détention provisoire de Faïdini X, 32 ans, mis en examen dans ce dossier. Blessé par balle au cours de la fusillade du 10 mars 2024, il continue de soutenir son statut de victime collatérale. Une version contredite par les enquêteurs. lesquels estiment qu’il faisait partie du groupe armé venu de la région parisienne pour prendre le contrôle du point de deal.
Dans la nuit du 9 au 10 mars 2024, peu avant 2 heures, de multiples détonations retentissent dans le quartier du Blosne. Alertés par le service de sécurité de l’hôpital Sud, les policiers découvrent une scène d’une rare violence. Selon l’information judiciaire, deux groupes rivaux, l’un composé de trafiquants rennais, l’autre d’hommes originaires ou domiciliés en région parisienne, s’affrontent pendant plus d’une heure à l’aide d’armes de guerre. Les rafales atteignent la chambre d’un enfant et la fenêtre d’un riverain. Les investigations feront également état de tirs de riposte qui auraient été effectués depuis les étages d’un immeuble.
Quelques minutes plus tard, Faïdini X arrive seul aux urgences de l’hôpital Sud, avec une balle dans le thorax. Il explique aux enquêteurs qu’il était simplement sorti acheter des stupéfiants lorsqu’il a été atteint par les tirs. « Je n’ai rien à voir avec un quelconque trafic. Je suis un simple consommateur qui a pris une balle perdue », affirme-t-il. Mais cette explication ne convainc pas les policiers. Les traces de sang laissées sur son parcours leur permettent de remonter jusqu’à la place du Banat.
L’enquête prend rapidement une autre dimension avec une Peugeot 208 grise. Quelques minutes après l’arrivée de Faïdini X à l’hôpital, un second blessé, Adel X, est pris en charge par les pompiers à proximité de ce véhicule criblé de balles, stationné route de Lorient. Touché au biceps droit, il déclare avoir croisé quatre hommes armés d’une kalachnikov ou d’un AK-47 près de la station de métro Le Blosne. Au passage, les policiers découvrent une balise de géolocalisation dans la voiture, installée quelques jours auparavant, dans un contexte de tensions croissantes autour du point de deal.
huit à dix hommes particlièrement organsiés
Au fil des investigations, cette Peugeot devient l’un des éléments centraux du dossier. Des recherches menées auprès de commerces de la métropole permettent d’établir que plusieurs personnes, arrivées à bord de ce véhicule, avaient acheté pour près de 360 euros de vêtements sombres dans un magasin Decathlon de Chantepie, quelques jours avant la fusillade. Or plusieurs témoins décrivent les assaillants comme vêtus de noir, certains portant des brassards et des équipements rappelant ceux des forces de l’ordre.
De même, les investigations téléphoniques confortent les soupçons des enquêteurs. Adel X, qui s’est opposé à l’exploitation de son téléphone portable avant de quitter l’hôpital malgré une incapacité totale de travail de douze jours, est présenté comme l’un des hommes chargés de sécuriser le point de deal. Dans un message vocal intercepté, il déclare même : « J’ai fait la guerre tout seul contre un commando. Ils étaient une vingtaine. La voiture a fini criblée de balles. J’en ai laissé un par terre. »
Selon l’information judiciaire, les trafiquants rennais auraient tenté de reprendre par la force un point de vente de stupéfiants passé sous le contrôle d’un groupe venu de la région parisienne. Plusieurs protagonistes ont depuis été interpellés. D’autres auraient quitté la France, notamment pour le Maroc. Contre Faïdini X, les magistrats relèvent plusieurs éléments matériels. Son téléphone était coupé au moment des faits, sans explication jugée convaincante. Des résidus de tir ont été retrouvés sur ses vêtements. Un étui de munition a été découvert sur le trajet qu’il a emprunté pour rejoindre l’hôpital et sa tenue correspondait à celle décrite par plusieurs témoins. Son casier judiciaire comporte par ailleurs douze condamnations.
À l’audience, le mis en examen a rejeté l’ensemble des accusations. « Je suis en prison parce que j’ai pris une balle », s’est-il défendu. « On me parle de résidus de tirs, mais où voulez-vous qu’ils soient ? Je me suis fait tirer dessus. » Au passage, il a accusé un policier rennais et le juge d’instruction d’être « corrompus », estimant que son passé jouait désormais contre lui. « Les policiers veulent me mettre dedans parce que j’étais un petit con avant. Oui, j’ai fait des conneries », a-t-il poursuivi.
Mais lorsque le président de la chambre de l’instruction a indiqué que les échanges « tournaient en rond », le trentenaire s’est emporté. « « J’entends », ça veut dire « j’en ai rien à foutre » », a-t-il lancé avant de quitter le box en criant. Estimant qu’il existait toujours un risque de renouvellement des faits, l’avocat général Bernard Simier avait requis le maintien en détention provisoire. La chambre de l’instruction a suivi ces réquisitions et confirmé l’incarcération de Faïdini X. L’information judiciaire se poursuit afin de déterminer les responsabilités de chacun dans cette fusillade, l’une des plus marquantes survenues ces dernières années dans la métropole rennaise.


