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mercredi 27 mai 2026
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Pierre Haski, témoin du monde

« A l’époque, ils étaient les sous-traitants de Peugeot-Citroën et aujourd’hui, c’est eux qui récupèrent les sites ». Pierre Haski évoque ici une anecdote qui ferait blêmir beaucoup de Rennais. On est en 2023 lors d’une réunion entre le PDG français du groupe PSA et un PDG chinois d’un groupe automobile alors peu développé. Interrogé par un journaliste chinois, ce dernier déclare rêver de construire des voitures se vendant dans le monde entier. Aujourd’hui, c’est son groupe qui récupère l’usine Stellantis de Rennes… Fait anecdotique mais illustrateur de la vitesse des mutations géopolitiques de notre monde.

Pierre Haski est un journaliste français, ancien correspondant en Afrique du Sud, au Moyen-Orient et en Chine pour l’Agence France-Presse puis pour le journal Libération, cofondateur du site d’information Rue 89 puis président de l’association Reporters sans frontières. Depuis août 2018, il assure la chronique Géopolitique de l’émission matinale de France Inter. Le parcours journalistique de Pierre Haski illustre son engagement inébranlable pour une presse globale, sérieuse et active. Invité au festival Étonnants Voyageurs, il a relaté ses différentes expériences lors d’un grand entretien consacré à son nouvel ouvrage : La fin d’un monde, paru aux éditions Stock en 2026.

A Zanzibar, la naissance d’une vocation 

Pierre Haski commence par retracer les origines de sa vocation : un voyage à Zanzibar en 1972. Parti rejoindre sa mère, il se laisse porter par le pays, y découvre son histoire, son mélange de cultures. Suite à un coup d’état et à l’assassinat d’un despote local, les langues se délient et Pierre Haski découvre un pays divisé : chaque peuple racontant sa propre version de l’histoire. De là, naît sa passion pour l’enquête, le reportage et le journalisme, avec « L’idée de recueillir des idées contradictoires auxquelles on essaie de donner un sens pour un public qui est à des milliers de kilomètres« .

Le journalisme, une « petite histoire permettant d’ouvrir sur la grande »

Pour donner du sens à ces histoires, Pierre Haski souligne l’importance d’étudier la grande Histoire pour comprendre tout sujet. « Je n’ai regretté qu’une chose dans ma vie, déclare-t-il, c’est de ne pas avoir fait d’études d’Histoire ». Il explique que l’Histoire amène une profondeur et une objectivité indispensables à tout travail journalistique. Déclaration qu’il illustre par des anecdotes personnelles. Lors d’un voyage en Chine, il a pu observer le long d’un lac, de nombreux panneaux commémorant les destructions réalisées par les armées françaises et britanniques qui ont envahi le pays au XIXème siècle. Citant Victor Hugo, il montre que cet événement, occulté en Europe, explique l’envie de revanche de la Chine qui guide son développement exponentiel actuel.

Le journaliste, témoin de l’Histoire

Pour Pierre Haski, être journaliste, c’est être témoin du monde, toujours à l’affût d’un événement qui pourrait rester gravé dans l’Histoire. Mais, comment savoir, sur l’instant, quelle est l’importance réelle de ce que l’on observe ? En 1993, il était à Jérusalem lorsque les accords d’Oslo ont été signés. A l’époque, cette décision est vécue comme un véritable jalon de la résolution du conflit israélo-palestinien. Alors qu’aujourd’hui, « Il ne s’agit malheureusement que d’une note de bas de page… » 

Relater ou s’engager ?

« En tant que journaliste, on se dit : j’ai mis le projecteur sur une injustice, un scandale. Maintenant j’ai fait ma part du boulot ». Cette affirmation, Pierre Haski la nuance grandement. « Moi j’étais placé dans une situation où je pouvais faire quelque chose » déclare-t-il concernant son intervention solidaire dans un petit village chinois. Lors d’un voyage en 2001, une femme lui donne discrètement des carnets rédigés par sa fille. Dès son retour, il les fait traduire et découvre l’histoire touchante d’une jeune fille ne pouvant pas aller à l’école par manque de moyens. Publiant un article dans Libération avec des extraits du journal, il déclenche une véritable ferveur solidaire. Un livre reprenant les lettres est publié et Pierre Haski est invité au 20h de la télévision chinoise. Une association est créée pour donner des bourses d’études aux enfants. Dans La fin d’un monde, Pierre Haski raconte son retour dans ce village qui lui a permis d’échanger avec une jeune femme ayant bénéficié d’une bourse. 

Au-delà de ces considérations et récits personnels, La fin d’un monde se veut être un livre éclairant sur le déclin du modèle institutionnel, géopolitique, économique et social de l’après Seconde Guerre mondiale.

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